‹ Le duc de Saint-Simon, son cabinet et l'historique de ses manuscrits d'après des documents authentiques et entièrement inédits (volume 2)Chapitre 145 sur 156 · M. ERNEST GALLIEN · texte numérisé non relu

M. ERNEST GALLIEN

Nous avons annoncé, dans la dernière partie de notre Préface, cette intéressante lettre de M. le Bibliothécaire de la Cour de cassation, et nous avons expliqué dans quelles circonstances il a bien voulu répondre à Tappel

que nous lui avions fiiit. A. B.

:;hMrvfr}iill TJfi /

'ii .Il Hi-iiitiijc. y, .. .,r .., <jrrl

■al. iii-i .vttii'iiti li t»t'iHhi Vf. .'l'I. «Il iiti». ^lVl^i'!i)

,tl-M<9ii'.>y nidiiiu

AAt, !■■ ..I lllt.l jlt.VIItlII il ■.<!> (Il.'IlIKtt'l 1II-I)

K'tîil' '"• K'i .■■■•i''i';i.«Mrn4wi.«'>..^i\*-iwm

-illl) tj; ,1, .[.». ^jf !■. -rt-i'/HW ijj ■■<!*», .*Milf*-

.^>lviM.. /,! ^, ..> t >t'.j w> iii.<'hi jr'|iiit-v-jl) ;t-tu«

->i Jj 'h i- •><. . ".■•((^•'I <J>I<..ij. riul ,«irfViU

.!*«. * Ml jp.it.t. Muli ,■*! ri ,,»tK( îrt-)f.l

IfftllOi.ii' ' .*. •-' ■■ I. 'I ■-*.>'Mj>.^i-iv, yxf.!, .^y

llÀ'jlJ.^ .|.*Jltll|..' r- (II^i^jI, I / flùlllV/l'I *l«

lUK (•■itr.i'yi'i rcM 3111 11) ... ..---'f.i > -i ..,.r., dlisii "^' il î * yl. '

hMl>'\^> 1 *.',,. .111. .-oll., . , . ^: ...

Paris, 20 juin iSyS.

Monsieur,

Vous m'avez prié de vous donner un exposé de mes divers travaux sur le duc de Saint-Simon, le célèbre auteur des Mémoires, Je m'empresse de satisfaire votre désir.

J'ai rendu compte, en i856 et en i858, dans la Galette des Tribunaux (dont j'étais alors rédacteur principal), de la nouvelle édition des Mémoires de Saint-Simon, publiée au courant de ces années, avec le concours et les soins de M. Chérucl. Ce compte rendu se compose de six articles, insérés, les quatre premiers en septembre et octobre i856, et les deux derniers en octobre i858. Ces dates correspondent à celles de l'apparition des premiers et des derniers volumes de cette édition.

Dans cette étude , j'ai placé une courte biographie de Saint-Simon. Je me suis préoccupé surtout de rechercher et de réunir les documents inédits jx)uvant servir à compléter certains passages de ses Mémoires, C'est ainsi que j'ai publié le texte authentique de l'acte de son baptême,

signé du roi Louis XIV, son parrain, et de la reine Marie-Thérèse, sa marraine. J'ai démontré, en même temps (ce que Ton ne savait pas), qu'il est né à Paris, dans l'hôtel appartenant à son père, le duc Claude de Saint-Simon, et situé rue des Saints- Pères , en face de la rue Taranne, au numéro 48 actuel. J'ai donné aussi le texte inédit de Vacte de son mariage avec la fille du maréchal de Lorges et le procès-verbal de sa réception au Parlement comme Duc et Pair.

En i%56, M. le général duc de Saint-Simon, sénateur, possesseur du manuscrit des Mémoires sur le siècle de Louis XIV et la Régence, et publicateur de cette œuvre posthume, avait intenté un procès au libraire Barba qui en avait £ait imprimer une édition. Je suivis au palais ce procès intéressant dpnt la Ga\ette des Tribunaux rendit compte, et j'eus occasion de voir plusieurs fois le général de Saint-Simon. Nous causâmes de TafiEEiire, et je lui demandai s'il lui serait possible de me laisser examiner le manuscrit des Mémoires, Il me dit que le Tribunal avait désiré le voir et que ce manuscrit avait été déposé dans le cabinet du président ; mais qu'après le jugement il prierait son avocat de me le montrer, chez lui. J'allai un jour chez mon honorable et aimable confrère M* Thureau, qui me le communiqua pour quelques instants seulement. Je le parcourus, et je pris çà et là quelques notes.

Le tribunal civil de la Seine avait rendu, le 3 juin i856, un jugement qui rejetait la demande du général de Saint-Simon contre Barba. (Voyez

la Ga:{ette des Tribunaux des 22, 28 mai, 4 et 6 juin i856.) — Le 7 octobre suivant, rendant compte dans ce journal de la nouvelle édition des Mémoires de Saint-Simon, à l'occasion de laquelle ce jugement était intervenu , voici ce que je disais :

« Le manuscrit n*est guère connu du public. Le rapide examen qu'il m'a été possible d'en faire me permet de donner à ce sujet des détails qu'on ne trouvera peut-être pas dépourvus d'intérêt. Le manuscrit définitif des Mémoires a été écrit par son auteur, de 1 740 à 1 75 1 . Voici comment a procédé Saint- Simon : de 1694 à 1723, il a chaque jour jeté sur le papier ses notes, ses impressions, ses pensées sur les événements et les hommes. Quand il quitta la cour, en 1723, cette masse considérable de notes constituait un ensemble de véritables Mémoires, comprenant le récit de plus de trente années. Mais une rédaction forcément si rapide et faite au jour le jour exigeait une révision , un remaniement. C'est ce travail que le duc de Saint-Simon a laborieusement accompli, d'abord avec des intervalles , de 1723 à 1740, et ensuite d'une manière plus assidue et tout à fait suivie, de 1740 à ijSi. Une fois la rédaction dernière et définitive de ses Mémoires complètement arrêtée, il les a patiemment recopiés tout entiers de sa main. Ces Mémoires sont écrits sur de grands cahiers in-folio d'une dizaine de feuilles. Chaque page in-folio contient près de quatre-vingts lignes d'une écriture fine et serrée. Chacun des onze volumes du manuscrit n'est autre chose qu'un portefeuille, relié en veau écaille , portant les armes du Duc timbrées en or sur les plats , et dans l'intérieur duquel sont retenus par

464 ' APPÈktiick.' "

des cor49nnets Verts plusieurs de ces cahîiérs Sri-folio.

Il )f a/ppur tous ces cahiers fiépartls ' dans' ceà onze

portefe^uiilès, ,uné pagination 'qiiî Va de i/^'jiiis^u'ù

près de trois mîïle. tè âuc 'àè èaint-Sîrfion i 'ëèrit ' *

ses Mémoires, depuis la première page jùSqii à là'der- '

nière, sans division de vôliimés ni de chaj^itres. Il '

n*a Indidue auciinê întérru'ptîbn,' àùciin repos ni sèc- '

tion dans, son énorme récit. Il a disposé sa matière d une *^'''"-' "•*'" "••«^- -- — -•* ^,— .^^ f--*»!.,. ^. «

dit "

Les ipterruptiops, les yepos^ les sections, né devinaient êtrç ij^'usaçe^q^ue quand on traite des su'jeti' dîïTérents^..j»jAin5i avait procédé Bbssueten écrivarit^ort Discours sur l*tiisto%re i/Wiyer^è/fe.' La prémifefé édîtion d# ce discours, publiée en i68i , ,ne contient pas de chapitre; tout marche dun seul courant, sans suspension ni division. C est dans les éditions postérieures ou on a imagjne de couper ce discours ert chapitres , a laide des indications marginales qu on a fait passer dans le texte. Saint-Simon a faif com'rtifc' Bossuet. Ses Mémoires sont un vaste discours sur le siècle de i4QiiistXI,Y^t„la Régei;^cfi, et le sujet fp7 mense'sé idérofule de 1 691 à I7a3y sanst.qpe ce d4;ir -. \ couf^ j de prè^ de 'trois mille filages, soit à auounciir* 1

dro^' çpu;p^.in;fusp^ii4v.; \ \ 'i ;.:v;, \ : .: ' , : .

c Son^owAvriÇ ^Cj^cppjiposp. 4qncpas en reiji/ité dçf onxt'v'olufhe^' manusctits, maisde près de-troisi mille pa|éà ééHtfes de sa main et réparties dans onze porte»*' fcuiyc|s.. Çiç, sônij les éditeur^ jde' 18^$' qui, pour 'k • commodité des lecteurs, ont fait des ctîapitres, des ' vomm^sf de» somoiâireSi Saint-iStmon s'était borné à irf<iiqiîfer*sur IcB ttîâi^gfes les dates, le* étéûcments.^' Dans redïtion îiachette, on a corô^së les ^ommairei^ des chapitres avec ces indications marginales, et on

les a répétées en haut de chaque page pour faciliter les recherches. Cette édition porte, comme celle de 1825, ^^ ^^^^^ *i^si conçu : Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle de Louis XIV et la Régence. — Ce titre a été imaginé par les éditeurs en 1829, et il était nécessaire pour indiquer au public quelle époque historique comprennent ces Mémoires. Le duc de Saint-Simon n*a rien mis de pareil en tête de son œuvre ; il a simplement écrit en lettres majuscules, sur la première page de son manuscrit, les mots que voici : MÉMOIRES DE SAINCT SIMON (i).

« L'écriture du manuscrit est fine et serrée, les abréviations y sont nombreuses, les ratures fort rares. Saint-Simon a lui-même très-exactement défini, dans un passage de ses Mémoires, le caractère de son écriture. Parlant du duc d'Orléans, auquel il avait soumis un travail manuscrit , il dit : • Ses yeux t ne pouvoient lire ma petite écriture courante et • pleine d'abréviations, quoique fort peu sujette aux « ratures et aux renvois (2). »

(i) Depuis que cet article a été inséré dans la Gafe//e des Tribunaux, la librairie Hachette a commencé la publication d'une nouvelle édition du livre de Saint-Simon. L4B premier volume a paru en iSyB. On a tenu compte de mon observation. En effet, le titre ne porte plus que cette indication : Mémoires du duc de Saint-Simon, et en tête du chapitre premier on lit ces mots : Mémoires de Saint-Simon, avec cette note au bas de la page : « SaintrSimon a écrit lui-même ce titre en tête de son manuscrit. » ~ C'est précisément ce que j'avais dit et imprimé dès le mois d'octobre i856.

(2) Le duc de Saint-Simon avait rédigé les tables de ses Mémoires en trois volumes. Ces tables, qui sont aux Aa- CHivES DES Affaires Etrangères, doivent contenir une foule de détails très- intéressants.

466 AF^PENDICE.

Dans un autre passage du nlêrae article, j'ajoutais ce qui suit ;

« En terminant ce que je voulais dire sur Tceuvre de Saint-Simon , j'arrive à cette conclusion, c'est que la rédaction de ces Mémoires est quelque chose d*étrang(é. Saint-Simon a noté jour par jour, de 1694 à ^723, tout ce qui s'est passé sous ses yeux pendant jî)rès de trente ans. II a consacré cinquante-sept ans à la composition et à la révision de ces vastes annales. Il s'est imposé ainsi lé travail le plus long, le plus minutieux, le plus fatigant, et cela sans résultat immédiat. Il rie voulait; ou pour mieui^dire, il ne pouvait rien publier de son vivant. Il destihait ce manuscrit à la postérité , mais il ne savait pas si son oeuvre par^ viendrait jusqu'à elle. L'oubli, la négligence, un accident, un incendie, pouvaient, après sa mort, faire à jamais disparaître ce monument de son esprit. Quefl pouvait être le stimulant qui poussait un tel homme à contiriuer si persévérariiment un ouvrage dont la divulgation était si profondément incertaine? Lui qui doutait si Visiblement de la publièàtiôn de iseà Mémoires, comment a-t-il eu la patience de les écrire? C'est qu'il les écrivait principalement pour lui , ix)ur se soulager, pour se satisfaire. C'était comme un exutoire où se dégorgeaient chaque jour la raillerie^ Tindignation , la colère qu*excitaît dans son âme le spectaclp des choses humaines. îl y trouvait encore un autre attrait. Écrire l'histoire des jours qu*on a vécus, c'est presque lés revivre. Saint-Simon devait goûter un singulier plaisir à rédiger, de 1723 à i75ï ; dan's là retraite et dans là solitude, l'histoire de ses années evariouiei. Il devait se complaire à retracer tant de scènes dans lesquelles sa personnalité joue Un rôle si

APP.ENDICE, 467

actif. Si la Jectu^e de ses Mémoires nous transporte en plein règne de Louis XIV et nous fait assister à tout ce qui s'y passe, cela devait, à bien plus Torté raison, lui produire le même effet. Ce travail l'arrachait évidemment au sentiment de son abandon, à la conscience des tristes temps au milieu desquels il achevait de vivre, pour le placçr de nouveau dans l'époque animée et brillante où s'était écoulée la prer mière partie de sa vie. Voilà ce qui donne du charme à la composition des Mémoires, dussent-ils même n'être jamais publiés. Celui qui les écrit y voit renaître ses anciens jours et recommence son existence écoulée. Saint-Simon a donc cherché, dans la rédaction de ses vastes Mémoires, une distraction, une occupation, un soulagement. De ce côté, il a trouvé ce qu'il cherchait. En même temps, et cela est certain, il voulait éclairer la postérité , lui faire connaître, dans leur vérité, les hommes et les choses de son tçmps. De ce côté encore, il a touché le bu,t. Sans doute, lui qui nous instruit et nous charme, il n'a pas reçu de son vivant la récompense de son.admi- Table travail. La gloire rejaillit sur son npm; lui ,i>c r^pas connue. On peut lui appliquer ce vers d'un grand poëte :

« Et son laurier tardif n* ombrage que sa tombe!

« Mais, à vrai dire, la renommée littéraire n'était pas celle qu'il ambitionnait. 11 se jugeait homme d'État et ne se croyait pas homme dp lettres. Il se considérait plutôt comme un personnage politique , en situation de transmettre les renseignements les plus précieux sur les affaires de son temps ^ que comme un écrivain doué de talent et d'éloquence. II est le premier à signaler toutes les imperfections de

son style, ,Pn, réalité ».:ce granii gtigncnr ^ été.«n graïul écrfvaifn, sinpn ^nslç vouloir, 4u mpins^sans le savoir èt.sî^ns que, personne jui ait jamais révjélé son génie! Çhosç singulière! Il y.si des hommes qui se croient des écrivains de premier onïre.àquî beaucoup de gens rafnrment., et' qui pourtant ne le sont I^s. D'iautres, ail contraire, possèdent Ib génie sans itfrême s*^eh douter. Lès pfetniefs mànquèni k ^oire après ravoir cherchée toute leur vie; lés secô^sYa renicontreiit sans pofaître' y songer.' Le duc de Saint- Simon< Tâf conquise sans avioir pieut*être jamais, cru qu'il, pût 1^ m^Wr. * i; , /., ...^ . . v,

: Voilà ce. quâ j'écrivais^eir: octobre .i8S6> au a)urs die I&publicatiDn d^ Ttéflitioô.Hftchiette et lorsque; le procès »u:;lairproprlétéi des Mémoires était encore pendant,. Le > général 4e SaiafnSimoo ayant, interjeté appel ida jagenpent ; rendu contre lui, l'araire vint devant la premiéi^ i:hambre:de la Cour,, préaidée. par M. le: premier président Delangle y à. {audience du 2:1, janvier iS57..LjeSt débats de ce procès se prolongèrent pendant .plilr sieurs jours, et à Faudience du 3 février iSSy, M. Salle, substitut du procureur général à la Cour impériale de Paris , donna des conclusions conformément autquelles la Cour impériale réforma la décision' deâ premiers juges et <:onsacra le droit exclusif dû général.

Cet arrêt fut Tobjet d'un ppurvoi de la jpart de M. Barba. Mais, à l'audience du 3i mars i858, la Cour de cassation (ch^ambre des Requêtes) rejeta ce pourvoi, sur les conclusions de M. l'avocat général de Raynal. Vous trouverez dans Dalloz

APPBN^^DrCEy. 469

{Recueil périodique' 4e - Jurîèprudèàc&\ fenftéé t858; ï" partie, p/ ^S et stilV.) Je firéci^'dë tous lés ftiîts'de cette Cause irtiporkilté; T'éipbs'é des ihoyens <;Iévelôp^' pî^r Nï* Pàiiï Fabre ,"aV<^ cat (ie M. Barba , ïe raobort ie M. Bayle-Moùillard ,^ cpnseif l^r à , la , Ç^uç ^çle. .ç^?s^t^on , ,ç J; ,lç ,text,^ ^i>frê;n4?5,rçk^^?P4}i.Msp,U(5 J4„p^0§i^ni;q.'(^ M-'Niçias,Qaillard,;j ,| .j,., .; ,:,,;y, ,h-. :i...'î-'i ^vf-r; ' Au iâoisd'oatobre.i85&,.je.pi^bliâi, siirilostdeîrT niers volumes de Fjédition'nouveBei<Ae&3fè'inof>ès de Saint-Simon, deux articles' ^ht je »vou^ ai déjà signalé quelques fragments. Dans celui du 20 octobre ^> je ^m'attachai ^à* établtv;' comtni[(> deriniercMtaiiibvo^riEipHiqèeV'leis^dKMu^ilids dlvepsidc fiaint^Slfaionl' Elvgériértilsl tout ee qu'il dit^siir kk «différents i hôtells ! qu^ii;^ ^ ^udaeskive|nen^rhabtfté6 e^ vague et •p^U' précis. i4ub>'diUivleœ/ûv désirerait ^ur ce >p0i<nt desi #eiisrej^riemcntif^pôfeitifsl Ml lecbmtei dr M(mtaleMben,4lins'U{neimniatïiqiiabld étude publiéei par lui danâ^te<Cfdrréri)}Oftirfan^; • disait â te sujet- J'-iq -^^ ^'."i-j .-., -jL ..i/.fi

' j- M f.I !'. . y' j,. 1:1 ^ 1. 1 .(»'-; ni/ Ifiît I. '!u^. ,'j\\\.< . f/

, f II est ua auxre ^;>rQ 4fi i>pte?.qqe j;on,rt^rfl|îp .«i ein.lLsai^i; Saii^t^gi^Ppn p .cC) sp}n.t ,\^^f\mi SH^rÂWr .«.Relierai topc)^apl?ique^.,,^'d bç^oià jl^^c^p^np^ij^i^e « l'emplacement des lieux où se passent .les scènes « qu il fait Revivre devant moi. Je, vois* bien eixqpre « sur lie quai dé là ' 1* turHelle l'h'ôtel 'de WeiVnohd. . .

♦ Mais' quand il 'tibus pat'Vè di Ph6tè/<le ' Aiayiml^

• de rhôtel de Diiras, dé llrôtéJdé Ltfrgés ét'de^attt i d*autrej^'j6'nesats plus dû j>èn>suisl<i'aifnep'aisiarfi tb«t qufûn voulût bitn-nAe.idire^xftù'^idekxifiurîiit

« Saint-Simon lui-même. Je vois bien que c'était à « deux pas de SainuGermain des PréS; mais dans t quelle rue, et, si c'est possible, dans quelle mai- « son? M. Cousin ne me le dira pas, quoique per- « sonne ne connaisse mieux que lui le Paris du dix- « septième siècle; mais il dédaignerait d'être au « courant des affaires du grand règne. Je le demande « donc à M. Chéruel, et il faut qu'il me le dise avant « d'achever son édition. »

L'édition donnée par M. Chéruel a été terminée en i858, et Ton y chercherait vainement les renseignements que demandait M. de Montalembert. Bien avant que Tillustre écrivain eût publié son article, j'avais moi-même fait des recherches et trouvé des indications sur les différents domiciles de Saint-Simon. J'étais parvenu à les constater tous, depuis Thôtel où il est né, rue des Saints-Pères, jusqu'à celui où il est mort, rue de Grenelle-Saint-Germain, près de l'église Penthemont. J'ai publié tous ces renseignements dans la Galette des Tribunaux du 20 octobre i858, et j'y ai inséré aussi le texte de l'acte de décès du duc de Saint-Simon.

Je disais dans le même numéro de ce journal :

« Il est souvent question de pièces justificatives dans le corps des Mémoires sur le règne de Louis XIV et la Régence. L'auteur y renvoie souvent et cite les pages de ce recueil... Saint-Simon a donc laissé, outre ses Mémoires publiés, un travail qui en est le complément, auquel il a donné le nom de Pièces et qui

est rédigé et paginé. Ce travail se trouve probablement au Ministère des Affaires Étrangères (i).

« Dans le dernier volume de la nouvelle édition Ton a imprimé un passage du manuscrit qui avait été supprimé par les anciens éditeurs, et duquel il résulte que le duc de Saint-Simon avait l'intention de rédiger une suite à ses Mémoires. A-t-il eu le temps et la force de réaliser cette intention ? Le doute à cet égard ne pourrait être éclairci que s'il était permis d'étudier les papiers du Duc conservés au Ministère des Affaires Étrangères. M. Chéruel déclare qu'il Ta vainement tenté , et ne peut que recommander cette recherche à d'autres plus heureux que lui.

« Quoi qu'il en soit, avec ou sans Pièces justificatives , avec ou sans additions à ses Mémoires, Saint- Simon n'en reste pas moins un écrivain incomparable. La publication des manuscrits qu'il a pu laisser ajouterait sans doute à nos plaisirs, elle n'ajouterait rien à sa renommée. Il demeure à jamais le peintre par excellence du siècle de Louis XIV.

« Quand on contemple ce Versailles si somptueux, si splendide , et en même temps si vide et si désert , on est saisi tout à la fois d'admiration et de tristesse. Eln présence de ce palais magnifique et de cette solitude profonde, on a, malgré soi, le sentiment du néant et de la mort. Où est ce monde étincelant, toute cette élite de beauté, de grandeur et de génie qui animait, sous le grand Roi, ces salles, ces appartements, ces galeries? Hélas! il n'en reste plus rien.

(1) Dans rédition du Journal de Dangeau avec les additions inédites de Saint-Simon publiées par M. Feuillet de G>nchcs en 1834, ^^ li^ une note ainsi conçue : u Tous les papiers et toutes les notes de toute espèce du duc de Saint- Simon sont conservés aux Archives du Ministère des Af- £aires Etrangères; il y en a une quantité extraordinaire. »

47» APPE^IDICK.

lUri laomme^cepeiKiaaty^a fait revirre ce;te foule? év4- 4X0vii^> ^^nqhap^tjef^H: qui repeuple yer3aUles,,q4i ^it passer sous nos yeux tous les personnage^ de la cour n^erveillçuse^ de .Lquîs^^IV, ce magicien qui nous éblouit ,, noi^s charme et nous entraîne, c'est' le duc de'Saiht-Simoh. Lui seul a su res^usici ter le siècle le jsïùà brîttàrit dé notre Wktbire.' Vbilâ qui' suffit pôAr dohhèk-àsori'noni'la^loftré et IHmfmOrtdîté. » ^ >

'[ 7é i\^6us^ âî aît;"(ïkri^' Une cdfï^ér^tidfi |)r(fc^dehteV 4uè')Waik crû 'déviir bomrrtuhiijuër mes à'ei^x'ârticifes d^bct6bre'i858 aux t^is^ membres de l^Adaciémié française cjûi, àj^^ant toujours? xiiontré la' j)lus grande iàcliiifàtîbn Jxiur Saînt-Sîmon , iTie seniblaielit devoir' leis lire avec le plus dlnt^ rêt. C^étaient M. Villemain M. Sainte-Beiivë et Kl, 'de ^piitàlénlbert! Vous aVe^lri'sUté auprès de moi pôiîr ir^e d^çterniitiér à Votis donner quelt[ùés détails sur mes relations âVet ces trois htïmnies célèWes' — Bien qÏÏll, nie i'épugne de memfettlre

' eh'écfèrtè et de dter dés écrits et dès paroles qbe ma modestie me conseillerait dé 'ne pai reprôdliî'rfe, je vais essayer de vous satisfaîrç.

M. Villemain et M. Sainte-Beuve firent à mon

.tr^vaij un accueil extrêmement favprable, et je

. rf5.çi|5 , ^t^ Je$ , ;leît;res ,l^s plus flatteuses ( i ) . Saiote-nBeuve. sne^ielicita vivement d'avoir ajouté deâ particularités inconnues à la biographie de

'Saint^imon.iQuantà M; le comte de Montalem-

^ (i)'Malheureuseinnentpôur moi, ces lettres ont ét^ brûlées pendant la Commune. .. .

bert, il m'écrivit dans des termes et au milieii de circonstances que je vous demande la jpermissîon de rappeler.

Je lui avais adressé mes articles le 21 octobre i858, puis j'étais parti pour la Bretagne. Peu de jours après, un numéro du Correspond dant, contenant une étude de lui , intitulée : « Un débat sur l'Inde au Parlement anglais » , fut ;5ai^i p^r ordre du procureur iqipérial prés le tribunal delà Seine. L'éditeur de la Iley.ue et M- le comte de . Mpntalembert étaient inculpjés d'attaque cont;*e le principe du suffrage uniyersel, 4*attaque contre le respect dû ajux lois, d'excitation à la haine et au mépris du gouverne- , ment, etc. . ; , . / , • , A, mon retour à Patrisy vers les premiers ioyirs djÇ novembre, je trouvai chez moi une lettre dans laquelle M. le comte de Mpptalembert, iri'écrîvanjtdespn.châteai} de la Roçhe-en^Brénil (Cotejd'Ôr), me remerciait chaleui:eusement de l'envoi de me3 articles. Il, me disait ;

« J'ai pris le plus grand plaisir à les lire. Vqu$ ^vez « répondu à mes questions sur Saint-Simon avec au- « tant de t)récision qùé dé détail. Je Vou's en ai une « ettrême obligation. Vous m'avez remhi un service V que je rt'dublierdi jamais. Recevez la sihcèV'e *ex- •« pression de toute ma gratitude. — Je vais êtrç bien- < tôt cojàdamné à plusieurs mois de prison. Ne vien- « drez-vous pas me visiter dans la nouvelle résidence -« qui doit m'être prochainement assignée? Je serais « bien heureux de vous voir et de causer avec « vous... » . .

Notez qu*au moment oîi M. de Montalembert rtï'aiinonçait sa future condamnation, l'instruction commencée contre lui venait à peine de s'ouirir. — Je lui répondis pour le remercier et lui promettre ma visite, puis j'attendis les événements.

Le 14 novembre i858, les débats de ce procès, qui faisait très-grand bruit, s'engagèrent devant le- tribunal de police correctionnelle, au milieu d'une énorme affluence de curieux. M. le procureur impérial Cordoën soutint la prévention; M» Berryer présenta la défense de M. de Montalembert,'M* Dufeure plaida pour M. Douniol, gérant àxx Correspondant. La sixième chambré rendit Un jugement ^ui reconnut M. de Montalembert coupable dès délits relevés contre lui et le condamna à six mois de prison et 3, 000 frîancs d'amende. — La prédiction contenue darts la lettre qu'il m'avait écrite se trouvait ainsi réalisée.

Huit jours s'écoulèrent et Tafiaire semblait terminée, lorsque, le 2 décembre i858', le Moniteur publia dans sa partie non officielle Tentrefilet suivant : :

M L'Empereur, à l'occasion de l'anniversaire a. du 2 décembre; a {siit grâce à M. te comte de « Montalembert de la peine prononcée contre

<C'luî;''» '■ ^ -■' ' '- '• ' • ' • ' ■ ■• ■

Cettei courte phrase pîxxiiiisit dans le public une vive sensation. -^ Je me trouvais au Palais de jijstice ce jour-là. Toute la salle des Pas-Perdus' était en ébuUition. Les avocats, formés en pelotons (comine Saint-Simon aurait dit) , se livraient

à des discussions passionnées sur i'entreiilet du Moniteur. Je fus abordé par un de mes confrères du Barreau, qui me dit : « M. de Montalembcrt est ici , il vous cherche partout et voudrait vous, parler. » — Je m'approchai d'un groupe au milieu duquel j'aperçus M. Berryer, M. Dufaure et M. de Montalembert. Je fus présenté à ce dernier par mon confrère, et la conversation s'engagea immédiatement entre l'illustre orateur catholique et moi. — Après quelques mots sur l'incident du jour, il me dit : <c Je tenais à vous remercier iper*^ sonnellement de vos articles. Ils m'ont fait, jç vous le répète, un plaisir. extrême. Tous ces renseignements si nouveaux, si précieux, qmevous donnez sur Saint-Simon, méritent de nç pas res-r ter dans les colonnes d'un journal. Il faut feire dq cela une publication à part. — Dans tous les cas^, et en attendant, ayez la bonté de me remettre deux autres exemplaires de vos articles : je tians beaucoup à les conserver. Soyez assez aimable pour me les apporter demain. Je vous attendra) chez moi vers une heure. » — Je lui répondis tjue je m'empresserais de lui faire la visite qu'U voulait bien solliciter de moi , et je pris respectueusement congé. '

Le lendemain, 3 décembre i858, le Moniteur publiait une lettre de M. de Montalembert, dans laquelle il déclarait qu'il avait interjeté appel du jugement du 24 novembre^ et qu'il n'acceptait pas de grâce. ;

Ce jour-là même, vers une heure, )e me présentai chez lui. 11 demeurait rue du Bac, n*4o;

son appartement était situé au premier étage. lïJh domestique m'introduisit dans un petit salon d'entrée. Je fis passer ma carte et j'atteridîs. Dans la pièce où je me trouvais, j'aperçus deis statues de saints et de saintes, en plâtre colorié et doré^ corhme on en voit dans certaines chapelles. Au bout d'un montent, une porte à'ouvrit; C'était celle de là salle à manger; le couvert était encore mis et les réchauds d'aiigent brillaient sur la table. Bientôt lé dôinestique revint et me pria dé le Suivre. Il mé conduisit dand lé cabinet dû Comte, grande pièce sirtiplemeht meublée, dont les murs, depuis le plan<*her jusqu'au plafond,' étaient garnïâ de rayons de bois de chêne, entièrement remplis de volunies reliés. Près de la feriétre, en fatë de moi, M. de Montalembert était

assis devant son bureau. Il se leva en m'àpercé-^ viint , s*avanca vers moi, me teiidit la main , me rtniercia d'afvoir pris la peine de Venir, et me pria dé m'aSséoir. Lorsque hoils fûmes installés près de sa cheminée^ llli dàiîs sch' fauteuil de vfelours et moi sur àrie chaise, vis-à-vis de lui, il'hiè dit vivement : Èh bien! que penàe-t-on de ma lettre , au Palais? -^ Je lut rendis compté en quelques iHots dé l'impression qu'elle avait produite, puis la conversation s'engagea sur Saint^Simbti. Pen-^ dknt que M. de Mdntafembert parlait, je lé fejgar-' dais attentivement. 11 était vêtu d'une grande i-obe de chambre qtii me parut être de cachemire violet. Elle serrait la taille et fefrmait sur la poitrine: Ses longs cheveux- séjjarés par une raie, encadraient son front et Venaient s'enrouler sur ses

tempes et sur soja cou» AvcicçeUe çjpiffi^rç pt,çe vêtement d',«pparence épUçppale , . il jni^ , /a^sf^it) l'effet d'un prélat romaip, ^e qiuelque prince. 4^\ l'Église, donnant audi^nçet à . u^,l§*;que, iNpMfl causâmes longtemps, a 4veî-^o^ ^u, mp, di^rjUi. la bonté de m'apporter hs.numérQ^de.laG^^ette, des Tribunaux que Je ',vq^s, ai, d^mqr^^és'i -^ Certainement, Monsieur le\ Comte., > lesi . voiçi,^ — Je vous en suis tràsrokHgé, \m^ j-i^ponditr, il, je vais les joindre à mQ,n e^empii^ir^ 4e^\ Mémoires. lime sera., ainsi, plus [facile , de , ies., consulter aussitôt que fçn flurai \ besoin . . : v, , .m Je lui présentaji a^r&di?ç. copias. (.fa.ijes p^ ^101,1 sur les registres dfi, la parQisse,.3^int;-iI^pcl>,ppjLi,r, 1695) de Vficte d^.m^riftfge (Jy 4M.(?,4e .Çaii^t-i Simon avec mademoisçUe , M^rie-Gajjfielle; 4^ Durfort de..Lprges.et;ide,4W^ rfie n^riage.^d^]^ fameux.duçide l^ua^uîi ayç<î ia.seçgpdç, ftUe^.çlH Maréchal de l^rgQ^^m^de^Qi^U^.Q^i^Qyj^yç^^^^ Durjfort, .Il,lçs,ç:^amiw .avjÇCt b^p^pcqwp 41^^^t,

SiMQN^, reproduite ,p^r/mpi,eq /^^^(m^/^,, ^e, frappa l?eaut:oup^ Rpn^afq^a^t, , ^a^, l?aum^ , ^<)ç5 lettres , il ipe dit ; Op jçfpiç^it, yoyr une^ljgftç^d'ijfl modèle, d'fcrituçe. A iprpjpp^.des^ sigfli^ture^,,dp deuxi jeunes mariées ; m<^ri^ gabti^^^^ 4)'^jf(ort^^ G* de Z)M;/ori,( il ajouta ; C^la T^s^pm\:j|LQ,p^y,J^^ç^^ ractôres tracés par de p^ti^ps écoljères^.. j[l fjÇgajçdft ensuit^ les noqns des grands , pexspfioagçjs ,qv^^ avaient signé ces actes, p^i^ i\ çn^,repdjt pi^içic^ pies^ennie disant : ^J^suis très-§ati^ai^,d'ay>(xif\ vu c€^ pièÇies,retJevomrep}e^çi^ ^nftni^ffft,\4e

me les avoir apportées. Tout ce que vous ave:f réuni et publié sur Saint-Simon est très-intéressant. La connaissance des précieux détails que vous avej( donnés le premier est indispensable à tous ceux qui aiment à lire ses Mémoires, et le nombre en est grand. Il ne faut pas laisser de telles choses se perdre. Réimprime:^ vos articles, forme\-en un petit volume, et publie:['le dans une des bonnes librairies de Paris, Faites cela, croyezmoi. -^ Je ne demanderais pas mieux. Monsieur le Comte, mais ce qui m* arrête, c'est le désir de compléter mes recherches. Je suis sur la trace de documents inédits; je voudrais surtout pouvoir étudier les papiers de Saint-Simon qui sont aux Affaires Étrangères, ces Pièces , partie intégrante de son œuvre et auxquelles il renvoie sans cesse, la suite de ses Mémoires jusqu'à la mort du cardinal de Fleury, ses lettres,,, — Vous ave\ raison, me dit M. de Montalembert, c'est là une très-bonne pensée. Je voudrais, comme vous, connaître tout ce qu'a écrit Saint-Simon, Il faudra bien qu'un jour ou Vautre cet admirable historien soit donné tout entier au public. On n'a pas le droit de confisquer ni de mutiler un si grand écrivain. Continue^ vos recherches, mais hâte\vous, N'oublie\ pas ce précepte , cette excellente règle de conduite que je recommande à votre attention : Il ne faut jamais remettre au lendemain ce qu'on peut faire le jour même. »

Nous nous entretînmes encore de différentes choses. M. de Montalembert se leva, me montra plusieurs de ses livres^ me parla de diverses publi-

cations, notamment d'un volume intitulé, je crois : Saint-Simon catholique, et me donna des conseils pour le classement d'une bibliothèque, tout cela ^vec une bonté et une affabilité charmantes. Puis, lorsque, craignant d'être indiscret, je lui demandai la permission de me retirer, il me serra cordialement la main et me dit : « Je suis très-content de vous avoir vu, d'avoir causé avec vous ; je vous renouvelle l'expression de toute ma reconnaissance pour vos communications. Lorsque vous pourre:{ disposer de quelques moments, vene\ che\ moi, je serai toujours heureux de vous recevoir, » — Je le remerciai de son accueil si aimable, de ses paroles si obligeantes; j'échangeai avec lui une dernière poignée de main et je le quittai.

L'année suivante, au mois de mars iSSg, me trouvant un soir à une grande réception chez M. le procureur général Dupin, j'entendis un des huissiers annoncer M. Sainte-Beuve. Je vis entrer, dans le magnifique salon où je causais avec quelques personnes, un petit homme un peu replet, d'une mise correcte et même élégante, ayant un vaste front, un crâne presque entièrement dénudé, des sourcils épais ombrageant de petits yeux vifs, un nez fort et aquilin, une bouche arquée et malicieuse, des joues pleines, un visage entièrement rasé. Je n'avais jamais vu l'illustre critique. Je demandai à l'un de mes voisins si le personnage qu'on venait d'annoncer était M. Sainte-Beuve, de l'Académie française. Sur la réponse affirmative qui me fut faite , je m'approchai d'un de mes

48o APPENDICE.

atms et je le priaî de me mettre en relation avec le célèbre auteur de Joseph Delorme et des Cau^ certes du lundi. J'attendis un moment opportun, et lorsque M. Sainte-Beuve se leva du canapé où il était allé s'asseoir à côté d'un de ses collègues de rfnistitut et ^e trouva seul au milieu du saloil, je me Bs présenter à lui. Il m'accueillit de la fiaçon Ja plus gracieuse. Nous nous approchâmes d'une des dheminées et nous causâmes debout. Je le re-

' merciai de la lettre si bienveillante qu'il m'avait écrite. ((J'ai lu, me dit-il, vos articles avec un

' grand intérêt. Je les ai mis de côté et je les conserve. Vous nousàvé:( appris sur le duc de Saint- Stnion beaucoup de choses très^curieuses. C'est à vous que nous devons de savoir exactement le iteu de sa naissance. Depuis que je vous ai lu, chaque fois que je passe rue Taranne,je regarde cette maison de la rue des Saints-Pères dont voMy ave\ indiqué remplacement, et je me dis : C'est là qu'est né Saint-Simon. — M. le comte de Montalembert est enchanté de vos articles, il en 'paHê souvent et toujours avec éloge. — Il me

• àonseillê, lui dîs-je, rfe les faire réimprimer et ■^delè^ publier en volume. Mais je voudrais ^

' joindre ijuélques nouveaux documents que je re-

''tnërthe , je désirerais surtout examiner les papiers de Saint-Simon qui sont au Ministère des Affaires Étrangères. — C'est une entreprise difficile, me répondit M. Sainte-Beuve, vousfere\ bien néanmoins de la tenter. Il est très-désirable que tous les écrits inédits de Saint-Simon soient

" connus et puissent être librement consultés. —

APPÇNDIGÇ. 481

Dans le couraiit dç la.cQnverçatioa je; rappelai les repuocbes faitsàrauteur des Mémoires au sujet de ses erreurs et de ses inexactitudes, n- (iSans doute, . me dit Sainte-Beuve, le duc de Sait^t-Simon s'est Jrompé quelquefois ; il ne pouvait pas tput. versifier par. lui-mérn^. AffCiis en général il est exoft, , il^ est ■ vrai. Lorsqu'il juge les hommes de son temps il 4^scend jyisqu'au fond de leur âme., Il pénètre dans les replis les plus secrets de leur conscience. Il 0 un Jlair et tm instinct qui lui font découvrir y sous les dehors de la probité et de la vjertUyJe vice et la malhonnêteté. Il est ,çomm0 cesxçkicns qui, (dans un appartement ,, d^- , vinent et sig^nalf^t, ^ans le voir, un voleur çaçhé .;sous un meuble. >^

. Nous coatiauâmes ^ causer pendant quelques moments. En terminant cet entretien, M. Sainte- Beuve mVngagea vivement à poursuivre mes recherches sur Saint-Simon et à faire porter mes •investigations sur les papiers conservés au Ministère des Affaires Étrangères. . ;/

Depuis, dans un article sur le livre de M. Cbéruel, il. a manifesté de nouveau le désir que ces ; papiers soient publiés, ou du moins communiqviés à tous ceux qui ont besoin dç les connaître. Y^ici en effet ce qu'il a écrit dans le Constitutionnel du lundi 2 octobre i865 :

« Il reste à Saint-Simon une dernière épreuve à traverser, une dernière confrontation à subir : cesi lorsque on publiera ses lettres. Elles e;xistent, cljes étaient recueillies à la suite de ses Mémoires, )Lo,rs-

qu'en vertu d'un don obtenu du roi Charles X par le marquis, depuis duc de Sainte-Simon, les Mémoires furent, pour ainsi dire, arrachés volume par volume du Dépôt des Affaires Étrangères où ils étaient jalousement conservés ; les Lettres et Pièces attenant aux Mémoires, mais qui n'étaient pas formellement comprises dans le don royal , furent rete-. lïùes. Espérons que communication au moins en pourra être faite un jour aux travailleurs dans l'inté: rêt dcfhistoire. M. Chéruel, à l'aide du peu qu'il a eu^ a fort bien indiqué de quelle utilité seraient les lettres pour contrôler 'les Mémoires. »

M. Villemain^ dans un entretien que j*eus un jour av^c lui, me rappela en termes des plus obli^ géants mes articles sur Saint-Simon et m'exprima la pensée que les papiers inédits du célèbre Duc et Pair, complément nécessaire de ses Mémoires, ne pouvaient demeurer plus longtemps ignorés du i public.

Quant au général duc de Saint-Simon, je le rencontrais quelquefois à TOpéhi ,' au Théâtre- Italien ou, dans le monde, portant toujours les plaques d^ ses ordres et le grand cordon de la Légion d'honneur. C'était un .homme de taille moyenne, dont les cheveux tiraient sur le rouge. • Avec sa, barbe d'un ton ardent, taillée en éventail, et ses. Moustaches retroussées , il ressemblait un peu' aux portraits de Henri IV. Nous causions. Ancien gouverneur général des possessions françaises'dans les Indes, il me racontait de curreiise!^ anecdotes feur'ce pays. fïoUs parlions laUssî dés • Mémoire^it Sâînt-Sirhôn et de leurs anneies.'ll' '

me disait : « Tous les manuscrits inédits, laissés par le duc de Saint-^Simon et déposés après sa mort au Ministère des Affaires Étrangères, auraient dû m' être remis; je les aurais publiés. Je démanderai une audience à l'Empereur pour obtenir de lui qu'il me fasse mettre en possession dé ces papiers. Vous connaisse^ très-bien les Mémoires et tout ce qui concerne leur auteur; je serai heureux d'avoir recours à vous pour la publication de ses œuvres inédites si je parviens à me les faire restituer. »

, L'audience, dont me parlait le général, AneUç demandée par lui à l'Empereur? Je l'ignore. Ce. qu'il y a de certain, c'est que les papiers., dç Saint-Simon sont encore au Ministère des^ Affaires JÉtrangères. J'ai fait des démarclies.> ppiar arriver à les étudier, mais sans pouvoir y réussir.

lapiais je n'ai cessé de rassembler des documents sur iç dup de Saint-Simon. Eji &isant des recheiv che^ ^ur unei question de majorât, j'avais étél amené à découvrir un testament de lui qui est ça-^ coire inconnu et qui porte la date de 1 751. Ce' testament , fort intéressant dans sa teneur, donna lieu en 1776 et en 1777 à un important procès,/ examiné successivement par le Châtelet et par le . Parlement de Paris. Ce procès fut jugé définitive- ; ment le jeudi i5 mai 1777, dans une audience/ sqleifnelle du Parlement à laquelle assista TEm-; ; pereur Joseph II , fi-ère de la reine Marier-Aqtoi-! r nette. J'avais pris copie du mémoire rédigé paf / Hardom, avocat d'une des parties en cause, mé-

moire qui renfermait Tanalyse du testament du duc de Saint-Simon.

Il y a quelques années, un de mes amis m*avait donné communication de VAnntiaire JCEure^U Loir pour i85i, contenant une notice sur le château de La Ferté-Vidame oîi Saint-Simon résida si longtemps et oti il rédigea ses Mémoires. Dans ce volume, qui renfermait des vues lithographiées de Tancien château et de Téglise de La Ferté, je trouvai la preuve d'un fait bien triste. Les cercueils du duc et de la duchesse de Saint- Simon, placés l'un à côté de l'autre depuis ijSS, dans un caveau de l'église de La Ferté-Vidame, en furent extraits par la populace en 1 794. Ces deux cercueils, devenus l'objet d'une profanation odieuse, furent violemment ouverts, et, comme le disait plus tard un témoin oculaire , « on vit le corps du vieux Duc et celui de la Duchesse qui nageaient dans la saumure, » Une grande fosse avait été creusée d'avance dans le cimetière. Les restes illustres et vénérés du duc Louis de Saint- Simon et de sa femme (ces deux bienfaiteurs des indigents, ces deux fondateurs et donateurs de rhospice destiné aux pauvres du pays) furent jetés dans ce trou , péle-méle avec les cadavres de plusieurs membres de la femille de la Borde. Ainsi le fier Duc et Pair, si préoccupé de son rang, de sa haute dignité, de sa noblesse, et qui s'était réservé une sépulture seigneuriale au milieu de la crypte de l'église de son château , fut précipité dans la fosse commune! Il y est probablement encore.

J'avais réuni beaucoup de particularités inconnues sur la famille de Frémont^ sur le Maréchal de Lorges, sur un premier fils du duc Claude de Saint-Simon (né en 1 65o, mort en décembre 1 65,i , enterré dans l'église cathédrale de Senlis, au tombeau de ses ancêtres) ; sur la duchesse de Brissa^c, sur une belle-sœur de Saint-Simon, supérieure du couvent des Dames de Sainte-Marie de Chaillot. En un mot, je possédais un dossier des plus intéressants sur le duc de Saint-Simon. J'y avais ppté qu'aux Archives des Affaires Étrangères devaient se trouver les preuves généalogiques rassemblées par lui pour établir l'ancienneté de sa npbles^e , les écrits de sa main faisant suite à ses Mémoirfss, et entre autres, celui auquel il a donné ce titre singulier : Cendres que fat vues à plusieurs depuis 1723 ou qui le seront bientôt à leur tour. — J'attendais, pour publier, qu'on m'eût donné certaines lettres inédites qui m'avaient été promises. Surpes entrefaites éclata dans Paris la formidable insurrection du 18 mars. En ma qualité de conservateur-adjoint de la bibliothèque de la Cour de cassation, j'étais logé au Palais de Justice. Le p2^rq|uet du procureur de la Commune s'y était instaJll^.^Le i3 mai, au moment oti j'allais être aiîrét^.par les insurgés, je parvins ^ m'échapper et, un peu glus tard, à sortir de Paris. Le 24 nfiai iSjif, \& iP§|ais fut incendié par les hommes de la Co^ipaupp ; ipon appartement fut entièrement détruit jet .to,u§'^mes meubles, tous mes effets personi^els, mes papjers de famille, mes livres, mes tal;>leau:i^,, mes^e^^^mpes, mes lettres; mes documents, mes npt^s^i-^es

manuscrits, résultat de vingt ans de recherches, de travaux et d*études, furent réduits en cendres î

Plus heureux que moi, vous avez en main les éléments nécessaires pour entreprendre les investigations que Ta vais Ip prcnetj de. ^^rç,iipo^p[i^|De et q'ui m avaient été conseillées par ces trois grands amis de Saint-Simon : Villemain , Sainte-Beuve et Montalembert. Quelle perte, Monsieur, que celle de ces trois fervents admirateurs du célèbre historien ! Il me semble qu'ils vous auraient aidé dans votre campagne pour la publication de ces papiers. Par leur situation dans le mondé et dans les lettres, ils auraient pu vous prêter un concours iriapprécia;ble. Dans tous les cas, leur souvenir vous soutient et vous protège. En invoquant leurs écfrïts'et leufç paroles, Içiir passion si vive et si profonde pour celui qu'ils considéraient comme Tunique rival de Tacite et de Bossuet, vous serez certainement bien fort. On vous écoutera nécessairement quand vous demanderez en leur nom qu'on ne retienne pas plus longtemps dans Tombre les Oeuvres inédites d'un des génies les plus origina'ux de notre littérature!

Je souhaite, Monsieur, que lés renseignements coni^ignés par moi dans cette lettre puissent vous être de quelque utilité, et je vous prie d'agréer l'expression de mes sentiments les plus distingués.

Ernest Gallien.

Page 1