‹ Le duc de Saint-Simon, son cabinet et l'historique de ses manuscrits d'après des documents authentiques et entièrement inédits (volume 2)Chapitre 41 sur 156 · LEVÉE DES SCELLÉS · texte numérisé non relu

LEVÉE DES SCELLÉS

trait des opposants auxdits scellés^ afin de les faire assigner à tel jour et heure qu'il lui plairait vaquer pour être présents à ladite reconnaissance et levée. Sur quoi M. le Commissaire au Châtelet délivra aussitôt au Procureur de messire Daguesseau ladite Ordonnance et l'extrait des opposants^ à Tefifet de les faire assigner à comparoir le jeudi suivant ^ i3 dudit mois 3 deux heures de relevée^ en l'hôtel du défunt^ pour être présents^ tant à la reconnaissance et levée qu'à l'inventaire ^ description 3 prisée et estimation de ce qui se trouvera sous iceux et en évidence^ par les officiers que M* Boudot nommerait à cet effet.

Le jeudi i3 mars^ ainsi qu'il avait été dit^ les intéressés^ soit héritiers directs^ soit créanciers unis^ représentés par un Procureur délégué^ l'Exécuteur testamentaire ^ les deux Notaires au Châtelet^ le Commissaire Enquêteur^ l'huissier priseur et les gardiens du scellé^ se réunirent à l'hôtel où était mort le duc de Saint-Simon. Acte ayant été donné aux Parties comparantes de leur comparution par M* Grim-

perel^ il fut à l'instant procédé à la rédaction de l'intitulé de l'Inventaire^ par M* Delaleu^ qui en fit la minute^ et par M* Baron^ son confrère.

Le texte même de cet intitulé j par les détails minutieux qu'il énumère^ par le personnel qu'il représente^ avec tous leâ titres y attachés ^ par la mise en scène (pour ainsi parler) qu'il expose aux yeux du lecteur^ mérite d'être reproduit en sa teneur. Cette reproduction est peut-être un peu longue et diffuse ^ mais^ en tout cas 3 elle nous évitera d'avoir ainsi à revenir^ dans la suite de ces pages ^ sur des énoncés assurément nécessaires dans la rédaction d'actes judiciaires ^ mais^ par contre, fastidieux et intolérables , dans un mémoire dont le but, que s'est proposé l'auteur, est de nature exclusivement historique.

« L'an mil sept cent cinquante- cinq, le jeudy treize mars, deux heures de relevée, à la requête :

« !• De très-haut et puissant seigneur Jean-Baptiste Paulin Daguesseau, chevalier, seigneur de Fresne, Conseiller d'Estat ordinaire, demeurant à Paris en son hôtel rue du Grand-Chantier, paroisse

3o INTITULÉ DE L'INVENTAIRE.

Saint-Jean-en-Grève, Exécuteur du Testament et ordonnance de dernière volonté du très -ha ut et puissant seigneur Monseigneur Louis Duc de S. Simon , Pair de France , Comte de Rasse , Grand d'Espagne de la première classe , chevalier des Ordres du Roy, Gouverneur pour Sa Majesté des Ville, Citadelle et Comté de Blaye, Grand Bailly et Gouverneur de Senlis, Capitaine du Pont Saint- Maxence, Vidame de Chartres, Marquis de Rufifec, Comte de la Ferté- Vidame , Baron des Baronnies d'Aytic, Ampurec, Martreuil et Verrières, Seigneur des Vitrezais, du Marais de S. Simon en Guyenne et autres terres, fait à Paris olographe le 26 juin mil sept cent cinquante -quatre, dos, cacheté et ouvert après son deceds par Monsieur le Lieutenant Civil au Châtelet de Paris, et déposé de son ordonnance à M' Delaleu Tun des Notaires, soubz le deux du présent mois et an, suivant le procez verbal de ladite ouverture , fait en rhôtel de mondit sieur le Lieutenant Civil, controllé à Paris par Blondelet, et vu au Greffe des Insinuations dudit Châtelet par Levacher pour Thierry, le six dudit présent mois et an, ainsi qu'il est apparu par l'expédition dudit Testament représenté à cet effet et à l'instant rendu.

« 2*» De très-haute et très-puissante Dame Madame Charlotte de S. Simon, Veuve de très-haut et puissant seigneur Monseigneur Charles Louis Antoine Dalsace, Comte de Boussu, Prince de Chimay et du S. Empire, Grand d'Espagne de la première classe, chevalier de la Toison d'or, Lieu-

INTITULÉ DE L'INVENTAIRE. 3i

tenant général des armées du Roy et premier Pair du pays et Comté de Haynault , demeurant à Paris, rue de Grenelle, quartier Saint -Germain des Prez, paroisse de Saint- Sulpice. Ladite Dame Princesse de Chimay, de son chef habile à se dire et porter héritière pour moitié dudit feu seigneur Duc de S. Simon son père et créancier de sa succession.

« 3« Et de très-haut, très-puissant et très-illustre Monseigneur Charles Maurice Grimaldi de Mo^ naco, Comte de Valentinois, Sire de Matignon, Comte de Rasse, Grand d'Espagne de la première classe. Comte de la Ferté, Vidame de Chartres, Baron de Saint- Lo, seigneur de Condé-sur-Noireau, Beaucorps, Saint-Cast et autres lieux, mestre de camp de cavalerie, sous- lieutenant des gendarmes de Bourgoigne, chevalier de l'Ordre Royal et militaire de Saint- Louis, Lieutenant général pour le Roy en la province de Normandie, Gouverneur des villes et châteaux de Cherbourg , de Gran ville, de Saint- Lo et des isles de Chausey, au nom et comme mary et maître des droits et actions mobiliaires et possessoires de très-haute et très -puissante Dame Madame Marie Cristine Crestienne de S. Simon de Ruffec, son épouse, avec laquelle il est commun en biens, demeurant à Paris, en son hôtel, quay des Théatins, paroisse Saint-Sulpice. Ladite Dame Comtesse de Valentinois, par représentation de defifunt très-haut et très-puissant seigneur Monseigneur Jacques Louis de S. Sinion son père, Duc de Ruffec, Pair de

France, chevalier de la Toison d*or, fils aîné dudit feu seigneur Duc de S. Simon, habile à se dire et porter héritière pour l'autre moitié dudit feu seigneur Duc de S. Simon son ayeul, et créancière de sa succession, et sauf à elle à prendre par la suite telle autre qualité qu'elle jugera à propos.

« A la conservation des droits des parties et de tous autres qui appartiendra va estre par les Conseillers du Roy, Notaires à Paris, soussignez, fait Inventaire fidel et exact de tous les meubles meublans, ustancils d'hôtel, livres, vaisselles d'argent, deniers comptans, habits, linge, hardes, effets et renseignemens estans et dépendans de la succession dudit feu seigneur Duc de S. Simon , trouvez en un hôtel qu'il occupoit à Paris, siz rue de Grenelle, appartenant à M. l'abbé Desmarets (i), dans lequel il est décédé, le deux du pré-

(i) Nous avons dit que le duc de Saint-Simon habitait cette maison ou plutôt cet hôtel depuis le mois de mai 1750. Il l'habita cinq ans environ. L*acte du bail fut passé pardevant M* Delaleu, le 20 février lySo, dans les termes suivants :

a Bail a loyer: Fut présent Messire Pierre Desmaretz, Prestre du diocèse de Paris et Bachelier de Sorbonne, Abbé commenda taire de l'abbaye de Saint-Bénigne de Dijon et de celle de Saint-Nicolas aux Bois en Picardie, Conseiller nez au Parlement de Dijon , baron et seigneur de Saint-Ange, seigneur et prieur de Thimer, demeurant à Paris, rue du Pot-de-Fer... lequel a par ces présentes donné à loyer pour cinq années un mois et huit jours consécutifs qui commenceront du 23 mai prochain... à très-haut et très-puissant seigneur Monseigneur Louis, duc de Saint- Simon... demeurant à Paris, rue du Cherche-Midi... une grande maison, size à Paris, rue de Grenelle, appartenant audit sieur abbé Desmaretz et qu'il occupoit ci-devant, sans

sent mois et an, sur la représentation qui va estre faite desdits effets par Eustache Raimbault (i), valet de chambre duditdeffunt, et par Joseph Bro-

aucune chose en excepter ny réserver, de plus grande description de laquelle mondit seigneur Duc de Saint-Simon a dit n*estre besoin pour Tavoir veue et visitée et la bien connoître. » Le prix du bail fut de 4,800 livres par an.

L'honorable et savant bibliothécaire de la Cour de cassation, M. Gallien, a]#rs qu*il était rédacteur en chef de la Gcu^ette des tribunaux, a publié dans ce journal, en articles Variétés, une série d*études aussi intéressantes que bien pensées et bien écrites touchant la personne, Tesprit et les œuvres du Duc de Saint-Simon (Voyez les numéros des 19 et 26 septembre, i*', 6, 7 octobre i856, 16 octobre i858). Dans ce dernier article, M. Gallien a pris soin d'indiquer les différentes demeures que Fauteur des Mémoires avait occupées à Paris. Saint-Simon est né le 16 janvier 1675 dans Thôtel de la rue des Saints-Pères qui porte aujourd'hui le n* 48 et est habité en partie par le savant professeur au Colléjge de France, membre de Tlnstitut, M. Eugène de Rozière. 11 s'est marié, le 8 avril 1695, à l'hôtel de Lorges, rue Neuve-Saint- Augustin, en face de la rue Gaillon, hôtel disparu en 1780. A l'époque du Conseil de Régence, il habitait rueTaranne, puis, en 1716, rue Saint- Dominique, près des Jacobins. Ce fut à cette époque qu'il habita une grande maison de cette rue, vis-à-vis le couvent de Bellechasse, maison qu'il vendit en 1739. 11 habita alors la rue du Cherche-Midi, puis, en i75o, l'hôtel de la rue de Grenelle, où il mourut en 1755.

(i) Le duc de Saint-Simon faisait grand cas du S^ Raimbault, son valet de chambre. Il lui légua quatre cents francs par an sa vie durant : u Je lègue à Raimbault, mon valet de chambre, outre ce que je luy ai légué cy dessus, ma garderobe, ma montre d'or, mes tabatières, mes croix d'or du Saint-Esprit et de Saint-Louis, excepté le reste de l'argenterie de ma garde-robe , avertissant qu'il faut rendre mon collier du Saint-Esprit et la croix qui y pend au grand trésorier de l'Ordre, et la croix de Saint-Louis que le Roy m'a donnée, au bureau de la Guerre. »

liet, suisse dudit deffunt, gardiens des scellez cyaprès mentionnez, après serment par eux fait ez mains dudit M* Delaleu, Notaire, son confrère présent, de tout montrer et enseigner sans en rien cacher, séquestrer ny détourner soit avant, soit depuis le deceds dudit feu seigneur Duc de S. Simon , et aussy après serment fait par S' Etienne Laudier, secrétaire dudit deffunt ; Antoine Foucaud, chirurgien; Claude Montfort, cuisinier; Claude Catenot, laquais; Guillaume Laurent, garçon d'office; Jean Claude Richard, frotteur, et Pierre Martinet, garçon de cuisine, tous domestiques du feu seigneur Duc de S. Simon , demeurant audit hôtel, à ce présens, ez mains dudit M* Delaleu, Notaire, son confrère présent, qu'ils n'ont rien caché ny détourné, ny séquestré, vu ny fait cacher, détourner ny séquestrer, soit avant, soit depuis le deceds dudit seigneur de S. Simon, sous les peines de droit à chacun d'eux, expliquez par lesdits Notaires qu'ils ont dit bien entendre. « Les meubles et autres choses sujets à prisée le seront par M* Jacques Paul Poton , huissier. Commissaire priseur, demeurant rue Bouresbourg, paroisse de Saint-Paul, à ce présent, eu égard au cours du temps présent, après que les scellez apposez par M* Michel Martin Grimperel, Conseiller du Roy, Commissaire Enquesteur Examinateur au Châtelet de Paris, auront estez par luy reconnus sains , entiers et levez en conséquence de l'ordonnance de mondit sieur le Lieutenant civil, estant au bas de la requeste à luy présentée à cet effet, le tout demeuré joint à la

minutte du procès-verbal dudit S' Commîssaire; et ont signé aux Réserves, Réclamations et Protestations portez au procès-verbal dudit S' Commissaire , tant en la présente vacation , que lors de l'apposition des scellez et que les Parties réitèrent.

Daguesseau de Fresne, Raimbault.

Le Comte de Valentinois , Brolliet. Ch. de s. Simon, Princesse de Chimay,

Laudier.

foucaud. monfort.

Richard. Laurent. Poton.

Catenoz dit CoNTOis.

Martinet.

Baron. Laleu.

« A rinstant, mondit seigneur Daguesseau de Fresne, Madame la Princesse de Chimay et mondit seigneur le Comte de Valentinois, ont fait et constitué leurs procureurs généraux et spéciaux , sçavoir mondit S' Daguesseau de Fresne , M« Etienne Edme Boudot, Procureur au Châtelet, Madame la Princesse de Chimay, S' Marc Antoire Dathose, ancien Commissaire des Guerres, et mondit seigneur Comte de Valentinois , M* Pierre André Gauzen des Artaux, avocat en Parlement, auxquels ils donnent pouvoir de, pour eux et en leurs noms et dites qualités, assister à la reconnaissance et levée desdits scellés apposés après deceds dudit feu seigneur Duc de S. Simon, sur les biens et effetz par luy délaissez tant à Paris

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