‹ Le duc de Saint-Simon, son cabinet et l'historique de ses manuscrits d'après des documents authentiques et entièrement inéditsChapitre 123 sur 159 · TÉMOIGNAGE DE M. VILLEMAIN · texte numérisé non relu

TÉMOIGNAGE DE M. VILLEMAIN

intérêt propre, et qu'il était utile de rendre publique en même temps que le texte même du Journal de l'excellent courtisan, guide si sûr, informateur si précis.

Or, en août 1840, peu de mois avant qu'il fît partie du nouveau Cabinet, M. Villemain, dans les notes qu'il ajouta à une édition nouvelle de son Cours de Littérature française au dix -huitième siècle, avait exprimé le vœu d'une publicité aussi étendue que possible à tout ce qu'avait écrit le Duc de Saint-Simon.

«Je n'ai pas voulu allonger ici, dit-il, mes anciennes observations sur Saint-Simon , de peur de répéter et d'affaiblir ce qu*a dit cette année un jeune et illustre professeur dans plusieurs de ses spirituelles et piquantes leçons. Je souhaite seulement de voir publier toutes les notes de Saint-Simon sur Dangeau, comme nous avons aujourd'hui tous ses Mémoires, Tout ce qu'a écrit Saint- Simon en fait de peinture de mœurs et d'anecdotes mérite également d'être connu. On peut négliger seulement quelques dissertations et considérations où son génie l'abandonne , où son expression s'embrouille et languit ; car il est bien moins publiciste que peintre de mœurs et grand écrivain (i). »

{\)\ oyez Cours de littérature française. Littérature au dix-huitième siècle, par Villemain. Tome W, page 242.

3 3o PROPOSITION DE M. FEUILLET DE CONCHES.

Devenu Ministre trois mois après avoir exprimé ce sentiment et ce désir, M. Viilemain ne pouvait que bien accueillir la proposition que lui fit, dans des entretiens d'abord, puis dans une correspondance tantôt privée, tantôt oflScielle, M. Feuillet de Conches, qui, déjà à cette époque, avait le protocole aux Affaires Étrangères, et était fort connu dans les lettres, non-seulement par l'extrême curiosité littéraire dont il était doué (voir ses Causeries d'un Curieux, publiées depuis), mais encore par des publications de mérite, qu'il avait faites dans les Revues et les Journaux les plus accrédités de l'époque. M. Feuillet de Conches, par une lettre et un rapport du 5 avril 1 843 , proposa à M. Viilemain, alors ministre, l'impression du Manuscrit du Journal de Dangeau avec les Additions de Saint-Simon, manuscrit qui existait au Ministère des Affaires Étrangères dans la collection reçue en 1760. L'approbation immédiate du Ministre de l'Instruction publique valut celle, non moins empressée, de son illustre collègue aux Affaires Étrangères et Président du Conseil, M. Guizot. Le Di-

HOMMAGE RENDU A M. MIGNET. 33i

recteur des Archives était alors M. Mignet^ et la nature de son esprit^ aussi libérale qu'élevée^ aussi pénétrée du véritable goût de l'histoire que du désir de sa vulgarisation, se fit un honneur de ne pas chercher dans les arcanes des cartons de l'administration quelque article propre à servir au Ministre pour modérer sa bonne grâce ou tempérer la libéralité de son esprit ( i ) .

(i) Cet homme illustre (M. Mignet) a été le seul des Gardes ou Chefs ou Directeurs du Dépôt des Archives des Affaires Étrangères qui ait honoré son poste et ses fonctions par des publications utiles à tous les historiens, et applaudies d'ailleurs par tous les curieux des choses de l'histoire; le seul, en un mot, qui ait bien voulu songer au public, dans la mesure légitime que lui permettait son honorable emploi. Comment, en effet, oublierait-on que c'est à Theureuse résidence de M. Mignet aux Archives du Ministère que nous avons dû cet excellent ouvrage, modèle parfait à suivre pour toute publication de Documents d'État, aNégociations relatives à la Succession d'Espagne » , en quatre volumes grand in-quarto ? Deux autres volumes ont été annoncés pour compléter cette importante publication; c'est dire combien ils sont désirés. En émettant ce sentiment, il va de soi que je ne pense nullement à déprécier le mérite des honorables Premiers Commis, Gardes, Chefs ou Directeurs qui se sont succédé au Dépôt des Archives depuis 1710 jusqu'en 1873, pour les services qu'ils auront certainement rendus et les talents qu'ils auront indubitablement déployés à l'intérieur du Ministère. Je ne parle ici qu'au point de vue du public curieux d'histoire et d'études historiques auquel j'appartiens. Et c'est le désir où je suis de voir cette curiosité soutenue, appuyée, encouragée du côté où je crois qu'elle doit l'être, qui me fait rendre cet hommage. Je ne crains pas de déclarer que si l'honorable M. Mignet fût de-

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