‹ Le duc de Saint-Simon, son cabinet et l'historique de ses manuscrits d'après des documents authentiques et entièrement inéditsChapitre 140 sur 159 · LA PRINCESSE DES URSINS · texte numérisé non relu

LA PRINCESSE DES URSINS

pagne. La princesse des Ursins fomentait de loin la cabale contre M, le duc d'Orléans (i). Elle pressentait ces choses va-

(i) La Princesse des Ursins (Anne-Marie de La Trâmouille), fille de M. de Noirmoutiers, mariée en 1659 à Adrien-Biaise de Talleyrand, prince de Chalais, qui, forcé de quitter la France, en i663, se retira en Espagne puis en Italie, où il mourut subitement, en 1670. Restée à Rome, madame de Chalais épousa le duc de Bracciano, de la maison des Ursins, en février 1675. c< Elle étoit belle, jeune, de beaucoup d'esprit et de beaucoup de monde, de grâces et de langage»; avec cela, il lui fiit facile de mettre le palais des Ursins fort à la mode. Devenue veuve, et sans enfiaints, elle fut désignée, en 1701 , par le cardinal d'Estrées, au choix du Roi de France, pour être la cama" rera mayor de la future reine d'Espagne, princesse de Savoie, fiancée au duc d'Anjou, déclaré roi d'Espagne. De ce jour date l'extraordinaire carrière politique de madame des Ursins. Il lui fallut peu de temps à Madrid pour y devenir la souveraine des af&ires et des grâces. Excessive en domination , elle se porta jusqu'à ne pas craindre de laisser connaître qu'elle ouvrait et lisait les dépêches de l'ambassadeur du Roi de France. Son rappel fut décidé et effectué. Ce fut un coup de foudre. Retirée à Bayonne puis à Toulouse, elle obtint, par l'entremise du maréchal de Tessé, de se rendre à la Cour à Versailles. Elle savait que madame de Maintenon serait femme à la bien entendre. Arrivée à la Cour le 4 janvier 1705, elle obtint du Roi, par quelques entretiens, de retourner en Espagne , après avoir traité à Marly, dans la chambre de madame de Maintenon , des conditions de son retour. Madame des Ursins reparut à Madrid, en août 1705. Depuis lors, jusqu'en 17 14, elle fut, peut-on dire. Souveraine et Ministre. En 17 14, son étoile commença de pâlir. Leduc d'Orléans combattit la dame avec une vigueur acharnée dans l'esprit de Louis XIV. L'excès des combinaisons machiavéliques de la Princesse, à la mort delà jeu ne reine Louise, pourlechoix d'une nouvelle épouse destinée au Roi d'Espagne, la perdit. Elle trouva un maître et un exécuteur dans cette personne, qui fut Elisa-

LA PRINCESSE DES URSINS. SgS

gues et indéfinissables qu'inspirent à la fois le bonheur de posséder le pouvoir et la crainte de le perdre. Ayant vu partir soudainement de la Cour de Madrid M. de Brancas, l'ambassadeur de France, qu'elle n'aimait points sous le prétexte frivole de n'aller passer à la Cour de Versailles que quinze jours , après en avoir reçu la permission du Roi^ sans qu'elle eût su que l'ambassadeur en avait fait la demande^ elle fit partir avec une rapidité surprenante^ et avec ordre de le devancer^ le

BETH Farnèse, princesse de Parme, doublée d*Alberoni. On sait avec quelle violence inouïe celle-ci la fit arrêter, à sa première entrevue, puis conduire aux frontières, sans qu^il lui fût possible d'exprimer autre chose qu'un étonnement où se mêlait la stupeur. Ainsi chassée , elle ne fit que traverser la Cour de France , d'où voyant le Roi tirer vers sa fin , elle se retira à Gènes, puis à Rome, en 1716, « aimant mieux y gouverner la petite Cour d'Angleterre (en exil), que de ne gouverner rien du tout. » Elle mourut en 1722, à quatre-vingt-cinq ans, « la tête et l'esprit comme à cinquante. » Le plus curieux portrait qui ait été fait d'elle est assurément celui que Saint-Simon lui a consacré dans ses Mémoires, Elle y occupe une place telle par le nombre et le fini des détails, qu'on peut dire qu'elle en est l'une des héroïnes. Les ouvrages les plus intéressants à lire et à consulter sur ce personnage extraordinaire sont, l'un de M. F. Combes , La Princesse des Ursins. Essai sur sa vie et sur son caractère politique, d'après de nombreux documents inédits (un volume in-8»; Paris, Didier, i855); l'autre de M. A. Geffroy , Lettres inédites de la Princesse des Ursins, avec une introduction et des notes. (Un volume in-8* avec fac-similé; Paris, Didier, iSSg. )

cardinal del Giudice^ grand inquisiteur et ministre d'État. Il avait pour instructions de prévenir l'arrivée de M. de Brancas à Versailles^ de parler au Roi avant lui^ de disposer Sa Majesté plus fortement que jamais pour elle, et de lui montrer, au besoin, quelles embûches dressait son neveu. Ce prince avait été prévenu. L'occasion était bonne, le cas urgent, pour écrire mystérieusement au Roi. Ce fut une terrible campagne, très-échauflfée, et sans ménagement. Saint-Simon était là, — cela se peut dire, — en tout son élément. Voici comment il tint la plume pour M. le duc d'Orléans, s'adressant à Louis XIV, son oncle :

« Sire,

« Je ne puis cacher plus longtemps à Votre Majesté mes inquiétudes sur le voyage bizarre et inopiné du cardinal del Giudicedans le mesme temps qu'il se peut dire que vostre Ambassadeur est chassé honteusement de Madrid et qu'on vous a refusé d'y recevoir celuy que Votre Majesté avoit résolu d'y envoyer. Il est public dans vostre cour que cette résolution si subite a esté prise sur les avis de la cabale d'icy de madame des Ursins justement allarmée de sa dernière démarche après

tant d'autres si étranges à Tégard de Votre Majesté, à l'égard de la paix et à l'égard des Espagnols, qu'elle achève de désespérer depuis la mort de la Reyne.

Tant de choses mises ensemble ont fait vivement sentir à ses amis d'icy que Votre Majesté cesseroit enfin de laisser écrire aux Espagnols qu'Elle la protège, et que sa ruine suivroit nécessairement de là, qu'il n'y avoit qu'une démarche également prompte, hardie et éclatante qui la peust tirer d'un si grand danger en donnant à Votre Majesté tout l'extérieur du respect par l'envoy d'un personnage dont le caractère le fera escouter et considérer, et une satisfaction apparente en abandonnant Orry, tandis que ce respect mesme est bien aflFoibli, puisqu'ils vous envoyent ce Cardinal sans que vous en sçachiez rien et aussitost après vous avoir refusé M. de Berwick, et qu'en abandonnant Orry, ils vous font un sacrifice également util et nécessaire pour conserver celle à qui des Orris ne manqueront jamais, et qui n'ayant jamais cessé de s'opposer à touttes vos volontées depuis que Votre Majesté l'a affermie dans l'autorité pleine dont elle jouit, ne changera pas, sans douttc, de conduitte dans un temps ou , cecy sauvé , elle en aura moins besoin que jamais.

C'est elle. Sire, qui enseigne au roy d'Espagne l'ingratitude envers Votre Majesté et qui luy oste jusqu'aux mouvements de la nature par la captivité oti elle le retient, c'est elle qui à l'exception de deux dont l'un luy a obéi aveuglément

et l'autre en obtint, en arrivant, la grandesse, s'est brouillée avec tous ceux qu'à quelque titre que ce soit Vous avez envoyez en Espagne , et dont l'art est tellement &tal à vostre gloire, que toutte l'Europe met sur le compte de Votre Majesté tout ce qui se passe en Espagne, comme elle la veu lors de la paix, que l'Espagne en gémit jusqu'à jetter des pierres aux François et s'arreste dès que vostre ambassadeur parle publiquement en vostre nom , ce qui luy devient un crime envers le gouvernement, et que tandis que Votre Majesté porte cette iniquité , Elle éprouve au péril de son État et au manque de respect de sa personne, qui a mis, et plusieurs fois remis la couronne sur la teste de son petit-fils, et toutte puissance en main de Madame des Ursins,Vous éprouvez, dis-je, qu'il n'est souverain ny particulier qui ait moins non pas d'autorité mais de crédit en Espagne, que Vous y en avez en toutte espèce de choses (i).

Après cet intérest si sensible de vostre gloire, il y en a un autre qui me force à vous parler, non comme à mon souverain et à mon oncle, mais, s'il m'est permis de le dire, comme à mon père, qui m'a comblé de biens et de qui les biens ne me sont agréables qu'autant que je

(i) Le duc d'Orléans a quelquefois écrit de sa main audessus de telle ou telle phrase de son rédacteur, et sur la minute même du document, ces mots : a Cecy est un peu obscur ». Il aurait assurément pu faire la même remarque en cet endroit.

les tiens de luy. Et plust à Dieu, Sire, qu'aux dépends de mes jours, vostre personne sacrée fust immortelle comme vostre nom glorieux. Mais Vostre Majesté , ayant pensé à un avenir qui n'a rien de funeste que pour ceux qui le verront, est condescenduë pour le bien et la nécessité de la paix d'accepter le parti des doubles renonciations qui excluent également et respectivement la branche d'Espagne en France et celles de Berry et d'Orléans de la couronne d'Espagne, à quoy le Roy vostre petit-fils s'est porté pendant le voyage de madame des Ursins à Barrége, avec une franchise dont sa lettre à M. le duc de Berry fait foy. Cependant , Sire , ce n'est pas le compte de Madame des Ursins ny de la cabale, qui luy est icy si unie et qui a la hardiesse de débiter que ce n'est pas aussy l'intention de Votre Majesté, avec tant d'art et de succès que chacun craint de paroistre attaché à M. le duc de Berry et à moy, et que cette contagion passe de la Cour dans les provinces et dans le reste de l'Europe. De plus, Sire, si les Espagnols, outrés au point qu'ils sont, et qu'il est peut estre de l'interest et des desseins de Madame des Ursins de continuer de pousser à bout, se portoient dans des temps où ils n'auroient plus rien à craindre à chasser un Roy que leur fidélité si mal reconnue a retenu dans d'autres, Vostre Majesté n'ignore pas qu'un droit acquis quel qu'il soit sur une couronne ne se pardonne jamais, et que par conséquent M. le duc de Berry et moy et nos enfants serions réduits à une condition bien déplorable. C'est assez en dire à

Vostre Majesté pour luy faire envisager tout et toucher un cœur aussy grand et aussy bon que le vostre sur sa plus proche feimille, qui n'avoit jamais imaginé rien d'approchant à l'événement des doubles renonciations, qui n'y est entrée qu'en sujets obéissants et en tout soumis à vos ordres, et qui certainement privés de l'Espagne par l'horreur du païs pour un gouvernement qu'il auroit secoué, se trouveraient exposés icy aux plus redoutables malheurs et aux plus inévitables sans qu'il y eust de leur &ute.

Le remède, Sire, est en vos mains puissantes et conforme a l'équité , à la bonté de vostre naturel , à la gloire de vostre nom et à la justice que Vostre Majesté se doit à elle-mesme , et aux Espagnols opprimés par une femme, qui a persécuté tous ceux qui ont eu part au testament du feu roy d'Espagne, qui n'a souffert dans le conseil que le seul homme qui s'y soit opposé , qui n'a mis dans tous les emplois que des estrangers et nuls François, qui a changé en entier toutes les constitutions du gouvernement d'Espagne, qui tient votre petit-fils dans une captivité également honteuse et périlleuse au milieu d'un très petit nombre d'estrangers à elle, inaccessible à tout autre pour quy que ce puisse estre. Avec elle tombera la haine et le desespoir des Espagnols , qui ravis de posséder leur Roy et de revoir leur gouvernement entre leurs mains, ne se départiront jamais de la fidélité qui l'a deux fois conservé sur le throsne, avec elle tomberont tous les

dangers de deçà et de delà les Pyrénées, et la crainte perpétuelle de ses cabales et d*un mariage dont M. le duc de Berry vous a représenté tous les inconvénients qui sont infinis et que Vostre Majesté a senti à merveille, mais qu'il est plus court de saper par les fondements que de se voir exposé sans cesse à lutter contre. Avec elle tombent touttes les difficultés du dedans et du dehors sur la paix , la honte de TEstat qu'elle se vouloit faire donner et les tracasseries perpétuelles d'affaires de fortune et d'intrigues de Cour. Vostre Majesté se justifie de la seule manière qui puisse luy convenir aux yeux de toutte l'Europe, et se regagnera ainsy le cœur de toutte l'Espagne délivrée par sa générosité, et bientost après le Roy, son petit-fils, rendu à soy-mesme.

(c Les moyens , Sire , sont aisés pour arriver à tant de fins si désirables : il n'y a qu'a estre sourd à la syrene, ne point agir et compter pour rien les souplesses d'un Cardinal italien le plus adroit et le plus rompu aux affaires de Cour qui , soit dans sa nation, dans sa fortune et celle de son fi'ère, sont de bons garants puisqu'ils se sont élevez si tost et si haut d'une naissance plus qu'obscure. L'archevêché de Tolède est le prix de son voyage , et il a icy de puissants soustiens : ainsy au fait de tout et conduit à souhait, ses efforts ne seront pas médiocres. Mais si Votre Majesté tient ferme à délivrer son petit-fils et l'Espagne et à affranchir la France des malheurs qui la menacent, sa supériorité en tout genre déconcertera le Cardi^

nal et toutte la cabale et la délivrera pour jamais

402 UNE LETTRE AU ROi.

d'une fatale importunité, en déclarant que tant que Madame des Ursins et tous les estrangers qui ne tiennent point à la monarchie d'Espagne ne seront pas éloignés, et Madame des Ursins en Italie y Votre Majesté ne se meslera de quoy que ce soit, et laissera &ire les Catalans en rapelant mesme ses sujets qui servent en Espagne. En ËEiisant passer cette resolution à Madrid et s'y tenant entièrement fermée , il &ut que Madame des Ursins quitte la partie ou soit mise en pièces en Espagne , ce qu'elle n'hasardera pas.

c( Si mon interest estoit différent de celuy de la gloire et du repos de Votre Majesté, de l'interest si pressant de ses deux petits-fils , de celuy des deux monarchies, je serois, Sire, plus réservé à vous parler, mais les choses venues au point oti elles sont, je croirois manquera la fidélité, à la reconnoissance et à touttes sortes de devoirs , si après avoir donné une si longue preuve de ma patience à l'égard de madame des Ursins, je ne rompois le silence, quand il s'agit de tout perdre pour la conserver, après une si ample expérience qu'il ne sert de rien de la laisser entièrement la maistresse, sinon pour gaster entièrement tout comme sans contradiction elle a fait, depuis qu'elle n'a plus eu de contradicteurs.

« Au nom de Dieu , Sire, que votre sang, que votre autorité, que votre gloire, que les monarchies qui vous sont commises vous soyent plus considérables que Madame des Ursins ; il ne s'agit point de la perdre ny de la châtier selon ses mérites , il n'est question que de délivrer le monde

de ses enchantements et de l'envoyer jouïr à Rome des trésors qu'elle a amassés et lempescher par une plus longue administration de devenir le fléau de votre plus proche famille et la destruction de la France et de l'Espagne.

(c Pardonnez, Sire, à mon zèle encore plus qu'à mon interest quelque pressantqu'il soit. Vous estes le seul à qui je puisse et me veuille adresser, comme vous estes le seul qui avez en main le remède et qui seul estes capable de rompre tous les filets qui de touttes parts vous sont tendus de loin et de près. Toutte ma confiance est en Vostre Majesté, et elle n'a jamais esté trompée.... »

Certes 3 il serait permis de croire que le Prince aurait trouvé suffisamment âpres le ton et la forme de ce message extraordinaire pour le Roi ^ son oncle ! Il serait permis de croire qu'à cette lettre se serait arrêtée sa pression sur T esprit de Louis XIV ! Mais il n'en fut pas ainsi. Les coups de boutoir furent plus durement portés encore dans un message plus étendu et plus formel encore, remis secrètement au Roi. Ce n'est plus une lettre^ c'est un énorme mémorandum parti du cabinet de M. de Saint-Simon pour le compte de M, le duc d'Orléans,

« Des raisons tres-pressantes m'obligent d'informer Votre Majesté de ce que j'apprends avec certitude depuis que j'ay eu l'honneur de luy escrire , et de luy parler de Madame des Ursins, dont les iaits seront tres-courtement éclaircis par ce petit Mémoire.

« M. le cardinal del Giudice fait sonner fort haut qu'il a deffense de me voir et s'en explique de manière à renouveller tout ce que Madame des Ursins fomente avec tant de soin dans l'esprit du monde pour me rendre odieux. Votre Majesté sçait avec quelles instances je l'ay conjurée de faire éclaircir tout ce qui s'est présenté, et avec quelle affectation de mystère on ne cesse de se conduire en Espagne pour entretenir les idées qui conviennent à Madame des Ursins, et qu'elle fait maintenant soustenir dans leur décadence par un personnage dont le poids et la nouveauté rendra l'un et l'autre à ces choses , qui sans cela tomboient enfm d'elles-mesmes. Tout ce qui forme icy la cabale de Madame des Ursins et qui conduit le cardinal del Giudice , tient le mesme langage sur moy avec une liberté que sa présence leur donne de pousser fort loin , et que le caractère ou les emplois de la plupart de ces gens fait recevoir avec considération ce qu'ils avancent, et surtout avec crainte de paroistre n'estre pas de leurs sentiments. Mais ce

qui me touche le plus vivement, c'est l'opinion que la place de quelqu'un d'eux donne de l'uniformité de leurs pensées avec les vostres, des apparences dont tout cela se couvre, et de l'impossibilité où je me trouve d'opposer aucune vérité à ces artifices que l'on semé avec une autorité qui achève de me perdre.

ce Ce Cardinal compte de rester icy le plus longtemps qu'il pourra et compte publiquement de faire le voyage de Fontainebleau. Marly le tient un peu séparé de tout ce qui n'est point la cabale de celle qui l'envoyé , Versailles sera peu suivi et ne le mettra pas encore au fil de l'eau , mais Fontainebleau le fera nager au milieu de la Cour ou sa cabale le faisant valoir à l'appuy de ce qu'il est, rinitiera dans tout et mettra un homme aussy adroit, aussy fin et aussy rompu qu'il l'est, à portée d'agir immédiatement par luy mesme, et de faire les intrigues par lesquelles il est venu.

« Vous le dirai-je , Sire , en vous aimant et vous respectant aussy parfaitement que je fais, seray-je toujours forcé par l'oppression estrangere à vous dire choses que je me cache à moy mesme , qui puissent devenir possibles mesme aux temps les plus reculés. Le projet de Madame des Ursins pour ces temps qu'on ne peut envisager sans horreur est de laisser une Régence à Madrid , et que le roy d'Espagne avancé dès lors sur la frontière suivant la nouvelle de cette cabale, arrive en personne à Paris, pour y disputer à M. le duc de Berry ce qui luy devra appartenir alors. Depuis ce projet la Reine est morte, et comme son nom et l'appuy

de sa maison n'estoient pas un petit objet, il ne ÊLUt pas moins qu'un Cardinal aussi délié et aussy abandonné à Madamedes Ursins, pour remettre les choses en ordre , s'informer de tout , prendre des mesures de toute espèce, en un mot , pour ne rien obmettre de tout ce qui est possible pour l'exécution d'un tel projet. S'il l'exécute, Sire, oti en sommes-nous, M. le duc de Berry et moy? que deviennent les renonciations , les traités , les serments, quel sera le sort de vos volontés sur vos enfants, sur vostre famille, sur vos sujets? et tout cela psLT l'ambition démesurée et sans exemple d'une femme qui ne se soucie de régner despotiquement en Espagne que pour se fraier un chemin de domination en son païs, au mépris de touttes les loix divines et humaines?' Ce n'est pas d'aujourd'huy que ces desseins me sont connus , et je suis demeuré dans le silence, mais comment me taire dans ces extrémités, et tandis que je vois avec quel concert, quelle suite et quel succez tout s'arrange , se prépare et se conduit pour une exécution certaine, parce que vous Tignorés et que vous seul y pouvés ajuster le remède.

« Le pluspromt, Sire, c'est de vous défaire de ce dangereux Cardinal, de délivrer vostre Cour de cet espion , et vos sujets d'un suborneur qui ne peut estre autre chose. Il n'est venu, disent ses émissaires (qui en cela se donnent pour repeter le langage qu'il vous a tenu) , il n'est venu que pour vous demander vos ordres sur le gouvernement d'Espagne, et supplie Vostre Majesté de luy permettre une explication de diverses choses avant

que de donner ses ordres, qui seront les loix du Roy son petit-fils. Cette explication sera bientost faitte et vos ordres donnés ainsy, tout prétexte de séjour épuisé, après quoy le premier roy de l'Europe peut bien envoyer le ministre d'un autre Roy, quand cet autre Roy est son petit -fils nommé par luy plus d'une fois, qui cependant vient de chasser son ambassadeur et Ta traitté avec opprobre par l'avis de ce mesme Cardinal, et qui a refusé de recevoir le maréchal de Berwick , tandis qu'il envoie son ministre sans sçavoir si Vostre Majesté, justement indignée, le voudra bien recevoir.

(c Deux mots, Sire, finiront ce Mémoire, mais qu'il me soit permis d'espérer que Votre Majesté les lira, et que la conduitte de Madame des Ursins luy sera ainsy fidèlement retracée depuis douze ans, que par Votre Majesté seule elle est montée au point de fortune sous lequel je suis près d'estre accablé avec M. le duc de Berry et toutte la France, si Votre Majesté ne daigne nous secourir, ou plustost, si je l'ose dire, se secourir elle-mesme.

a Madame des Ursins (i), tirée de Rome pour estre mise auprès delà reyne d'Espagne à son ma-

(i) Depuis cet endroit, l'auteur donne à son n Mémoire » le ton et le tour d'un a historique» rapide de l'accueil fait par Madame des Ursins aux ambassadeurs et personnages divers que Louis XIV avait envoyés successivement à la Cour de Philippe V son petit-fils.

4o8 MÉMOIRE

nage, n'a jamais veu M. d'Harcourt en Espagne, et leur liaison ne s'est formée que de loin. M. de Marsin, qu'elle trouva à son arrivée en Catalogne, suivit le roy d'Espagne en Italie, et n'a eu le temps ny l'occasion d'avoir rien à demesler avec elle, sa fonction d'ambassadeur ayant fini sans retourner en Espagne.

a La Père d'Aubenton, choisi par Vostre Majesté pour confesseur du roy d'Espagne, a esté sa première victime pour s'estre acquitté de vos ordres et proposé de vostre part au Koy vostre petit-fils de ne communiquer pas tout ce qui se passoit de Vostre Majesté àluy, à la Reynequi estoit un enfant et à Madame des Ursins. Elle ne se cacha point du sujet de sa disgrâce pour epouventer tous ceux qui approchoient du roy d'Espagne, et le Père d'Aubenton fut chassé avec ignominie. Il faut pourtant que ce soit un homme d'un mérite peu ordinaire , puisqu'apres cet affront il a esté élevé sans contredit à la première place de sa nation dans sa compagnie qui asseurement ne se méprend pas en sujets.

« M. le cardinal d*Estrées, choisi comme le meilleur et le plus ancien ami de cette dame, comment en a-t-il été traitté , et M, Vabbé d'Estrées, ensuitte jusque-là que Votre Majesté s'y crut intéressée, et que malgré la Reyne il fallut que Madame des Ursins quittast l'Espagne. Elle le fît tout le plus tard qu'elle put et n'eut garde de prendre le chemin d'Italie et un estât de consistance. L'insolence n'ayant pas réussi, elle eut recours à tout le contraire et triompha enfin à force

de soumissions au delà de touttes ses espérances, tant pour elle que pour ses deux frères en puissance , honneurs et argent. Le premier des deux seuls hommes avec qui elle se soit accomodée , fut le maréchal de Tessé, qui allant à Madrid de votre part fit le crochet de Tolose pour l'y voir en son exil, et en fut faist grand d'Espagne le soir mesme qu'il arriva à Madrid.

(( Le duc de Gratnmont, vostre ambassadeur, n'a receu que des affronts d'elle et de la Reyne. Elle l'appaisa en partant par une toison , et depuis son retour, leur reunion n'a pas été difficile.

« Af. Amelot, convenu avec elle à condition de luy estre tout soumis , a si bien exécuté ses ordres , que c'est le second avec qui elle ne soit pas brouillée, lui et le maréchal de Tessé, les deux seuls.

<( M. de Betwick qui paroist maintenant si modeste et qui en a de bonnes raisons , a esté continuellement brouillé avec elle et outré contre tous ceux dont elle s'est servie. Touttes les deux fois qu'il a esté en Espagne , M, le maréchal de Besons en a essuyé les contre -temps les plus fascheux et n'en a tiré aucun secours pour vostre service et pour vos trouppes.

« A l'égard de Puysegur, A'Hasfeld, de Renaud et d'autres gens de confiance sans caractère , ils ont tous été les objets de sa constante persécution.

c( M. de Vendosme n'a cessé d'estre brouillé

avec elle que lorsque par un interest commun

d'autorité auquel celuy du traittement leur fit

ouvrir les yeux, ils se réconcilièrent fort peu de

' temps avant sa mort.

c< Le duc de Noailles, que ses services étant de raisons , dévoient luy rendre considérable , en a plus éprouvé qu'il n'en a dit en touttes les feçons possibles et les plus préjudiciables au service des deux couronnes.

« De tnoy. Sire, je m'en tais, et que n'aurois-je pas à en dire ! A Tégard de M. deBrancas, la chose est si récente et si estonnante d'un bout à l'autre, comme tout ce qui a suivi sur le refus de M. de Berwick et Tenvoy de M. le cardinal del Giudice , qu'il est plus digne encore d'en taire et de le laisser aux reflections de Votre Majesté.

Voilà, Sire, de tant de gens de toutte espèce et portant tous en caractères différents la recommandation de vostre nom et de vos affaires, deux hommes qui n'ont pas eu lieu de rien avec madame des Ursins : deux, l'un payé d'avance, l'autre uniquement chargé de soumission, qui sont les deux seuls qui ont esté bien avec elle , tous les autres douze ou quatorze, ambassadeurs, généraux, confesseurs , gens de confiance , tous en ont esté maltraités jusqu'aux opprobres. Voyons maintenant les Espagnols (i).

(i) Le DUC d^Orléans était, comme on le sait, allé en Espagne. Il avait séjourné à Madrid et il avait pu être très au fait de ce qui s'était passé, ou de ce que Ton disait s'y ctre passé, à Tégard de tous les personnages espagnols dont il énumère ici les noms. Il y a donc lieu de penser qu'il avait fourni les Notes au duc de Saint-Simon qui, malgré toute sa curiosité pour les choses politiques de son temps, n'aurait pu être aussi particulièrement instruit de faits tout personnels, arrivés à la Cour de Madrid avant

c< De tous ceux qui composoient le Conseil d'Estat du feu roy d'Espagne et qui ont fait faire ou fait accepter son testament en faveur du Roy vostre petit-fils , aucun n'a échappé à madame des Ursins.

« Le cardinal Portocarrero fut réduit à quitter les Conseils à force de mauvais traittements et en est plus tost mort de douleur que de vieillesse, car il n'estoit pas extrêmement aagé. Votre Majesté peut se souvenir de tout ce qu'il fit pour le Testament et par le for de la conscience et par son autorité, et de tous ses autres services, tant le Roy présent que pendant ses deux Régences.

« Don Arias, le premier homme de la monarchie en capacité et par sa place, qui fut l'instrument principal du testament et de la jonte ensuite, a esté des premiers chassé , son exil fut couvert de la prelature de SeviUe et pallié de la nomination au chapeau.

« Rivas^ qui eut tout le secret du testament et le minuta de sa main, a eu le mesme sort. Ces trois ont pourtant mis la couronne sur la teste au roy d'Espagne, et nul depuis leur disgrâce ne les a soubçonnés mesme de quoy que ce soit.

c< Le duc de Médina Sidonia, Grand Escuyer, et le cardinal de Benevente, somelier du corps du mesme Conseil d'Estat et d'un attachement inviolable et universellement reconnu , en ont esté exclus dès que madame des Ursins a esté la maistresse , et l'extresme vieillesse du célèbre marquis de Maniera a esté le prétexte du mesme traittement.

c( Le seul marquis de Frigillane y fut conservé et y est encore. Ce fut aussy le seul de tout le Conseil d* Estât qui s'opposa au Testament et qui le fit avec tant d'emportement qu'il mit Fespee a la main pendant ce débat pour charger les autres.

<c Le duc de Veraguas, rapelléde sa vice-royauté de Sicile pour avoir esté convaincu par un traitté écrit de l'avoir voulu livrer, fut fait en arrivant Conseiller d' Estât, et le marquis de la Jamaïque son fils dont la friponnerie de bleds a cousté la Catalogne et la Sardaigne, a eu aussy tost après une place au Conseil d'Estat.

c< Ceux-cy sont les plus aisés à retenir d'une foule d'autres.

(c La duchesse de Bejar ayant esté iaitte dame d'honneur lorsque madame des Ursins vint en France, elle a persécuté à son retour cette maison avec tant d'estendue et de fureur que la dispersion y est générale , et que cette dame en est morte de douleur.

« L'exil tout nouveau de don Pedro Ronquillo et de plusieurs autres suit de près le changement de plusieurs ministres, et madame des Ursins ayant osté touttes les dames et femmes espagnoles d'auprès de la Reyne, pour n'y mettre que des estrangeres excepté des Françoises, vient d'en user de mesme auprès du Roy depuis qu'il est veuf, tant pour les affaires que pour sa privance, et pour empescher que personne n'en puisse approcher ; voicy les noms des courtisans mis de sa main qui ont ordre de se relever les uns les autres pour ne laisser jamais le Roy en d'autres mains.

« Le duc d* Havre y Flamand, neveu par sa femme de madame des Ursins , et colonel des gardes wallonnes.

« Le duc d'Atri, Napolitain.

« Le prince Pio, autre Italien , feit , depuis le mary de la Reyne , gouverneur de Madrid et de sa province, et commandant des armes qui s*y trouvent.

« Le prince de Robec, Flamant, qui vient d'espouser mademoiselle de Solve.

<( Le marquis de Crevecœur, Italien, fils d*un légitimé de Savoie.

« Le prince de Cellamare^ qui est aussi dans le Ministère et qui a accompagné icy le cardinal del Giudice, son oncle.

<( Le comte de Montijo, sans père ni mère, et qui a environ vingt ans, est le seul Espagnol admis, pour qu'on ne dise pas qu'il n'y en ait aucun, mais les Espagnols blessés au dernier point Font obligé à s*en retirer.

ce La personne du Roy ainsi gardée par tous estrangers, l'administration des affaires est également dérobée aux Espagnols et à luy.

« Orry est le maistre de tout et le montre sans mesure. Ses ordres sont les seuls exécutés et respectés en affaires, il attire par son insolence la haine la plus violente au gouvernement , et par sa nation tout retombe sur Vostre Majesté. Leur projet est de vous faire trouver bon qu'il demeure encore un an , parce que dans un an touttes les paix d'Espagne seront signées et peut estre le roy d'Espagne remarié; alors, tranquile dedans et de-

hors, ils auront moins besoin de Vostre Majesté et se passeront de son attache pour leurs affaires, qu*Orry gouvernera sans se plus mettre en peine de vostre permission. Si ce personnage n'estoit suffisamment connu à Vostre Majesté , je m'y estendrois davantage.

« Tous les autres qui se meslent d'affaires ne sont que sous luy en effet. M. de Bergheick lassé de n'avoir d'employ que celuy de revestir Orry dans touttes ses démarches sans estre consulté sur pas une, n'a pu souffrir davantage d'estre le protecteur malgré luy de touttes les choses qu'il déteste, et revient, après avoir tout risqué pour obtenir la liberté de se retirer sans recompense et sans retour.

« Le cardinal del Giudice, moins délicat, preste à Orry son nom et son manteau pour avoir part aux affaires et y mettre son neveu et se souffriront ainsy tant qu'ils auront besoin du crédit et de l'autorité de l'un de l'autre (i).

(( Le duc de Popoli est à la teste des armées et

(i) A cet endroitde la minute du «Mémoire» qui est, nous le répétons, tout entier de la main du duc de Saint-Simon, suit une phrase fort embourbée. On lit : a Un grand inquisiteur et une manière de premier ministre de nom ou d'effet n*ont guères esté estrangcrs en Espagne bien moins estrangers plus sujets comme celuy-cy ; s*il ajoute Tolède au reste, quel traitement pour les Espagnols. » Le duc d*Orléans a écrit de sa main : (c Cela est un peu obscur », au-dessus des mots « plus sujets comme celuy-cy ». Cétait bien de la complaisance ou de Textréme politesse, car cela n*est aucunement compréhensible. Il se peut que Saint- Simon ait oublié un mot ou un membre de phrase.

y monstre bien qu'il n'a jamais servi qu'un an ou deux capitaine de cavalerie, par le danger où il a mis quatre ou cinq fois les affaires en Catalogne. Mais il est Napolitain et fisivori , quand à présent, de Madame des Ursins , qui luy a donné un autre estranger pour conducteur qui n'en sçait pas plus que luy. Les emplois de guerre ne sont remplis que d'estrangers de touttes nations. Ce sont les seuls ou elle souffre des François. Le régiment du prince des Asturies, elle Fa donné au marquis de Crevecœur, et la charge de grand maistre de l'artillerie au duc de Popoli. C'est encore luy qu'elle se destine pour lieutenant auprès des enfants du roy d'Espagne à qui eUe a donné pour sous-gouverneur, un nommé Don Fernando (i), Esi)agnol à la vérité, mais qu'eUe tient de la main de Madame de Vaudemont, dont il a été longtemps capitaine des gardes et qui est dévoué à luy.

« Que ne fourniroient pas les détails après une chaisne continuelle de choses de cet éclat et que ne vous en pourroit-on pas dire , si on respectoit moins vostre temps? Telle est pourtant. Sire , cette femme qu'on dit toujours qui fera si bien lorsqu'elle sera la maistresse, et qui depuis qu'elle Test, élit détester le roy d'Espagne , l'expose à une révolution par le desespoir des Espagnols, et la France à en sentir tout le contre-coup, fait blas-

(i) Le mot « Don Fernando » est écrit de la main du duc d'Orléans au-dessus d'un autre nom que Saint-Simon avait, sans doute, indiqué par erreur.

4i6 MÉMOIRE

phemer vostre nom dans toutte TEurope, compte pour rien la prolongation de ses malheurs , la dignité des deux couronnes, ny la parole des deux Rois qu'elle fait démentir pour avoir une souveraineté par la paix avec despends de Fhonneurdu roy d'Espagne, et machine sans cesse au milieu de vostre Cour, où. elle fait accroire à force d'artifices, qu'il faut bien compter avec elle, puisqu'il est impossible de la déplacer.

« Vostre Majesté voit par le desespoir des Espagnols et par ce qui est arrivé à M. de Brancas, avec quelle horreur ils subissent le joug et avec quelle joye ils s'en verroient délivrés. Vostre seul nom la protège et il n'y a qu'à tenir bon à renvoyer le cardinal del Giudice et à refuser tout secours et tout commerce au roy d'Espagne, jusqu'à ce que Madame des Ursins soit effectivement abordée en Italie , et vous verrez combien promptement elle succombera sous sa propre foi blesse, au milieu des acclamations qne vous recevrés dans toutte l'Espagne où elle ne se soutient qu'à l'ombre de Vostre Majesté. Quiconque s'emparera ensuitte du roy d'Espagne craindra par cet exemple de vous déplaire et d'irriter trop les Espagnols. Quoy qu'il en arrive, ce futur ministre a bien du chemin à faire pour résister douze ans durant à vos interests , à cause du roy d'Espagne, et . à touttes vos volontés, pour fiestrir votre £Eimille des crimes les plus noirs , pour préparer les avenirs les plus funestes et pour avoir l'adresse de vous faire paroistre vous-mesme complice par toutte l'Europe de tous ces desseins. C'est ce qu'a lEait

Madame des Ursins en attendant pis. Il y a douze ans, Sire, que vous en essayez avec une persévérance que rien ne rebutte, essayez d*un abandon plus seur et Vostre Majesté mesme sera surprise de la facilité du succès d'une cheutte qu'elle ne peut pas ne point désirer, puisque sa gloire ny sa maison ne peuvent avoir une plus dangereuse ny une plus ingratte ennemie , et comprendra à peine la séduction de ses artifices. Le plus grand de tous est de persuader qu'elle est invulnérable dans le temps mesme qu'elle monstre toutte sa foiblesse par Tenvoy du cardinal del Giudice faire touttes les soumissions les plus éloignées de son caractère, et ou elle ne se porte que par l'extrémité de son besoin qu'elle sent d'autant plus qu'elle le cache, et de joindre à cette adresse l'art de faire croire l'intelligence parfaitte à toutte l'Europe attentive à cette singulière démarche, et de charger par conséquent Vostre Majesté de ces fautes de plus en plus, tandis que pour troisième et principale fonction , ce Cardinal vient icy sonder chacun et fortifier la cabale contre M. le duc de Berry pour le grand dessein que j'ay eu l'honneur de vous expliquer d'abord.

(c En voilà trop. Sire, de touttes les fiiçons pour vous montrer la nécessité pressante et la facilité de la justice que vous devez à vous mesme et à toutte l'Europe, d'une femme qui se croit tout permis par des attentats toujours croissants et toujours impunis. Rome et ses richesses immenses ne doivent pas sembler un grand chastiment. Mais quel qu'elle se trouve, j'espère que vos en£Eints et

4i8 INFLUENCE PROBABLE DU ^J^'^O/iîJE:.

vostre Estât, que vostre gloire mesme, et si j'ose le dire, vostre conscience, vous détermineront a un parti si facile et si périlleux à ne pas prendre ou à trop dififerer (i).

De quelle influence fut sur l'esprit de Louis XIV ce souffle presque enragé du duc d'Orléans, son neveu? Nul ne le peut savoir. Mais si on rapproche les dates , en regardant au détail et au mouvement de la Cour à cette époque; si on constate le peu de cas réellement fait de la personne du cardinal del Giudice, — apparences et dehors honorifiques réservés ; — si on considère avec quelle extraordinaire froideur j malgré l'aimable billet de condoléance de madame de Maintenons le Roi apprit ou feignit d'apprendre l'inconcevable éclat de l'expulsion de madame des Ursins par la nouvelle Reine d'Espagne, on est bien tenté de croire que les messages secrets du neveu n'avaient pas été sans action sur l'esprit , sur l'humeur.

(i) Copié sur Toriginal écrit entièrement de la main du duc de Saint-Simon, et qui appartient au recueil formé par M. Feuillet de Conches» De même pour les trois pièces suivantes*

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