CHAPITRE NEUVIÈME
danie, consternée, ne sait que répondre, Choiseul s'éloigne et raconte Taventure à Soubise, à Chauvelin, puis à toute la cour» Le jour même, non seulement on retirait à Mme d*Esparbès son apparteïiient de Marly, mais la pauvre comtesse recevait une lettre de cachet qui Fexilait à Montauban auprès de son père, le marquis de Lussan.
Encore une foisj Choiseul triomphait de ses ennemis.
En quittant la France, les jésuites se berçaient de Tespoir que leur absence serait de courte durée, que le jour de la réparation était proche, que leur plus ferme appui, le dauphin, ne tarderait pas à monter sur le trône, et que son premier soin serait de les rappeler. La Providence allait porter un coup fatal à la Compagnie de Jésus et lui enlever ses dernières espérances .
La santé du dauphin, toujours assez fragile j s'altérait de plus en plus, en dépit de soins empressés. Au mois de juin 1765, il partit pour Cornpiègne. Le régiment dauphin- dragon s étant venu l'y rejoindre, le prince le fit manœuvrer à pied et à cheval; il prit froid pendant une manœuvre, et peu de jours après une maladie de poitrine se déclarait; elle fit eu quelques mois des progrès
effrayants. Le prince supporta son mal avec autant de sang- froid que de fermeté, bien qu'il se sût irrévocablement condamné; il attendit la mort avec la résignation du chrétien,
La dauphine suivit de près son mari dans la tombe. Pendant sa maladie, Chois eul tint un propos inconsidéré qui donna naissance à la plus horrible calomnie.
Ladâuphine se mourait. Tronchin (i) avait été appelé et se disputait avec les médecins de la cour, Le roi se trouvait à Choisy. Choiseul, revenant à Paris pour souper, conta d'un air fort échauffé que le roi avait reçu un billet de Tronchin dans lequel il disait que Tétat de la dauphine mani*
(l) Le docteur Trôncbîn (1709*1781) était déjà venu à Paris en 1756 pour inoculer les enfants du duc d'Orléans; ce prince, qui avait pour lui une grande admiration, le nomma son premier médecin j poste qu'il occupa jusqu'à sa mort. Tronchin s'installa donc à Paris et fut logé au Palais-Royal ; il jouit bientôt d'une vogue incroyable. La ville et la cour couraient pour le consulter; son salon ne désemplissait pas; chacun passait à son tour, et pour un louis qu'on laissait sur la cheminée on obtenait les avis du célèbre docteur. 11 portait une perruque pour ne pas fronder le costume des médecins de Paris, qui du reste le traitaient de charlatan ; dès qu'il était seul ou avec des amisj il enlevait cette odieuse perruque, insigne de sa fonction, et l'accrochait à un clau placé dans la boiserie de son cabinet.