CHAPITRE NEUVIÈME
un libelle diffamatoire contre vos ministres. L*abbé de Broglie lit les minutes des siennes à qui veut les entendre; Mme d^Esparbès se donne pour être votre maîtresse dans Paris et se décîiaîne contre moi et contre ma famille dans les termes les plus odieux; la considération du ministère, qui n'est autre que la vôtre ^ est anéantie dans la capitale, sa chute se fait sentir dans les provinces ; à la cour, une Mme de Marsan, aussi dangereuse que folle, fronde toutes les opérations du ministère sans être réprimée; tout le monde, sire, se croit en droit de dire du mal de vos ministres et de les critiquer, parce que tout le monde sait que vous permettez au rebut de votre royaume de vous en écrire encore plus de mal qu'on ne se hasarde à en dire. »
Choiseulj du reste, est et restera plein de reconnaissance pour le roi.
a J'ai fait par vous^ par vos bontés, sire, la plus grande fortune qui ait été faite pendant le cours de votre règne; il ne se passe pas un jour, peut-être une heure, que je ne me rappelle toute l'étendue de vos bienfaits. Outre les grâces signalées que vous m 'avez faites, j'ai joui avec un bonheur inex primable des bontés particulières de Votre Ma
jesté. Ces bontés, sire, m*ont plus attaché à votre personne que vos bienfaits, et mon arnour pour vous ne m'inspire pas la crainte que vous puissiez douter des sentiments d'une âme comme la mienne. Je puis, sire, ne pas mériter votre confiance, mais vous me feriez plus de mal que vous ne pensez si vous ne me croyiez pas digne de votre estime, et par conséquent le plus fidèle, le plus reconnaissant, j ose dire le plus tendre et le plus respectueux de vos serviteurs. »
Enfin le duc donnait sa démission de tous ses emplois en souhaitant au roi de trouver des ministres « sans défauts s .
Le roi^ après avoir lu ce mémoire, fît appeler Choiseul, et après une longue conversation il lui demanda avec instance de garder le ministère. Le duc céda, mais sans se faire de grandes illusions sur Tavenir, « Votre Majesté l'exige, dit-il, je reste ; mais il viendra un temps où, après tous ces témoignages de bonté, elle m'exilera- » C'était une prophétie.
Le lendemain, Choiseul, rencontrant Mme d*Esparbès sur le grand escalier, en présence de toute la cour, lui prend le menton et lui dît en raillant : « Eh bien, petite , comment vont vos affaires? » La