‹ Le duc et la duchesse de ChoiseulChapitre 121 sur 244 · CHAPITRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIÈME

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Sur ce, violente colère du marquis, qui jette feu et flamme t s'adresse à Mme de Choiseul, qu'il connaissait beaucoup, en réclamant justice.

La duchesse se fait mettre au courant, étudie le dossier, et elle écrit à M. de Mirabeau des lettres qui sont des modèles de bon sens et de saine raison.

« Monsieur, votre frère et vous avez eu tort, lui dit-elle, de vouloir que M. de Choiseul décidât du sort de M. le chevalier de Mirabeau. Il n*arrive guère que l'on se hasarde à décider du sort de quelqu'un, surtout dans une matière aussi délicate que celle de quitter ou de rester au service du roi. S'il arrive que Ton hasarde un conseil dans cette occasion, ce ne peut être qu'à son ami intime dont on connatt l'intérieur comme le sien propre, et ce n^est qu^après avoir beaucoup réfléchi que Fon risque de donner son avis ; or, il faut beaucoup de temps pour réfléchir et il ne reste pas beaucoup de temps à un ministre, et M. de Choiseul n^avait pas Thonneur d^être Pami intime de M . de Mirabeau ou le vôtre. Quand il l'eût été, sa qualité de ministre TeAt en* core empêché de décider pour un homme qui se trouvait dans son département ; toute décision eût paru un ordre. Lui conseiller de rester dans le

service^ c'était s'obliger à l'y retenir par des grâces que les circonstances ne lui permettaient peut-être pas de faire; lui conseiller de quitter, c'était l'en chasser. Ainsi, M, de Choiseul ne pouvait que répondre à vos lettres et non à vos questions. » (Inédite.)

Le marquis de Mirabeau, dans ses plaintes à Mme de Choiseul, avait eu l'impertinence de désigner le ministre sous le nom de seigneur vizir. La duchesse relève cette boutade,

c Ce mot est équivalent dans votre idée à celui de tyran j or, si l'application était juste et si j'aimais moins mon mari, je serais obligée de m'en fâcher surtout contre mon ami, mais au lieu de m'en fâcher, je me contenterai de rapporter un mot du seigneur vizir que Ton appelait en badinant : tyran. « Oui, dit-il j tyran de coton ! »

Elle poursuit j discutant pied à pied les arguments du marquis :

d Quant à l'article de la réforme, je me crois obEgée d'y répondre, quoiqu'il soit étranger à notre sujet. Le roi ne pouvant entretenir en temps de paix le même nombre de troupes qu'il a en temps de guerre, il faut donc renvoyer celles qu'il ne peut payer, à moins de commettre une plus grande injus-

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