‹ Le duc et la duchesse de ChoiseulChapitre 123 sur 244 · CHAPITRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIÈME

vous assure de mon respect en attendant que vous ayez assez de loisir pour m^écrira. » (Inédite.)

La duchesse répond aussitôt à son ironique correspondant :

(f M y a deux choses dans le mal : celui qui le fait et celui qui réprouve. Le premier fait une action morale, le second reçoit une impression positive; le sentiment en est le même, soit que le coup qui le frappe soit dirigé par la main dont il part, soit qu'il lui arrive par cas fortuit ; mais quant au premier, qui est l'auteur du mal, son action peut être plus ou moins mauvaise, à cause de sa moralité, ou ne Tétre pas du tout. Je m'explique : celui qui tire un coup de fusil dans Tintention de tuer celui qu*il met en joue est un très méchant homme, qui commet une très méchante action et qui ne peut pas être assez puni. Celui qui, connaissant r effet du fusil) badine indiscrètement avec sans s'être assuré qu'il le pouvait sans risque, s'il blesse quelqu'un mérite d'être puni en proportion de son imprudence, car il doit se la reprocher. Eniin, celui dont le fusil part entre ses mains à la chasse et blesse son voisin, sans que ce malheur ait été occasionné par aucune imprudence, n'est pas plus coupable que M. de Saint-Florentin ne

rétait quand son fusil lui a crevé dans la main, car Fun n'avait pas plus envie de blesser son voisin que ceîui-ci n'en avait de perdre sa main. Tous deux sont malheureux et ne sont point coupables, car leur conscience n'a rien à leurreprocher; ils ne peuvent être jugés criminels ni aux tribunaux des hommes, ni aux tribunaux de Dieu, Ainsi donc, monsieur, avec votre permission^ votre bon roi David ne savait ce qu*il disait quand il priait Dieu de lui pardonner les péchés inconnus^ car un péché est une faute ou contre Dieu, ou contre les hommes^ ou contre soi-même. Or, toute faute est une action volontaire et par conséquent connue; si elle est involontaire et inconnue, elle est hors de nous et par conséquent nous n'en pouvons pas être responsables. Sa prière aurait été beaucoup plus raisonnable et plus charitable d'épargner aux hommes tous les maux qu'on ne voulait pas leur faire ; c'aurait été les soulager du plus grand nombre; l'autre n'était que personnelle et insensée. Si donc monsieur votre frère a éprouvé une injustice de M . de Choiseul, il a raison de s'en plaindre, parce que tout homme est en droit de crier quand on le blesse, mais je réponds que cette injustice n'a été ni de la volonté ni de la connaissance de M. de

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