‹ Le duc et la duchesse de ChoiseulChapitre 132 sur 244 · CHAPITRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIXIÈME

jointe une très spirituelle lettre datée des Champs- Elysées et signée de Mme de Sévigné.

Walpole, assez intrigué tout d'abord, interroge M. de Guerchy et finit par soupçonner Mme de Choiseul d'être l'auteur anonyme de la surprise ; comme cette idée flatte prodigieusement sa vanité, il s'y arrête, et il montre la tabatière à ses amis sans trop dissimuler qu'il la doit aux bontés de la duchesse; mais il n'en reste pas moins profondément troublé.

M. de Guerchy écrit à la duchesse, le 11 juin 1766:

« M. Walpole a trouvé sur sa table l'envoi mystérieux sans savoir qui l'avait apporté. Il est enchanté de la boîte, qu'il ne trouverait comparable à rien si la lettre qui y était jointe ne lui était fort supérieure. Il paraîtrait indispensable, par un sentiment d'humanité, que pour le repos de M. Walpole on le tirât incessamment de l'état violent où il est. Il est d'une agitation singulière et au suprême degré de la fatuité. »

Peu de jours après, une lettre de son amie avertissait Walpole de la grave méprise dans laquelle il était tombé. Il fut horriblement confus d'avoir vu sa sagacité ainsi mise en défaut, et Mme du

DefFandne fut pas moins vexée du mauvais succès de son envoL

Quelque temps après, Walpole^ que poursuit toujours sa passion, déclare qu'il serait bien heureux de posséder une lettre authentique de Mme de Sévigné. Aussitôt Mme du Defïand et Mme de Choiseul se mettent en campagne. La duchesse, après mille recherches, réussit la première. Elle déniche enfin Fautographe rêvé, et elle renvoie sans perdre une minute. Mais l'Anglais, qui n*est pas toujours de bonne humeur, témoigne peu de satisfaction.

«Je me flatte, lui écrit Mme du Deffand furieuse, que vous remercierez îa grand'maman de la lettre de Mme de Sévigné. Ce n^est pas sa faute si elle ne vous a fait nul plaisir, mais vos envies sont comme celles des femmes grosses, ce ne sont que des caprices ; si on ne les satisfait pas sur-le-champ, il n'est plus temps d'y revenir. » (Janvier 1768.)

11 semble du reste qu^un sort jaloux s'acharne sur les petites amabilités réciproques que ces dames et Walpole veulent se faire. Elles tournent toutes à la confusion de leur auteur.

Un jour la duchesse, par l'intermédiaire de Mme du Defïand, prie qu'on lui envoie du taffetas

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