‹ Le duc et la duchesse de ChoiseulChapitre 152 sur 244 · CHAPITRE DOUZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIÈME

Les rendez-vous du comédien et de Mme de Stainville avaient lieu tantôt dans une loge grillée de la Comédie-Italienne, tantôt chez Clairval luimême. Une femme de chambre et un laquais furent mis dans la confidence, et Mme de Stainville poussa la folie jusqu'à recevoir son amant chez elle, dans l'hôtel qu'elle habitait. Le comédien y pénétra à plusieurs reprises déguisé en servante.

Cependant, on commençait à soupçonner l'intrigue. Le mari ne négligea rien pour pénétrer la vérité, et l'imprudence des deux amants lui facilita singulièrement sa tâche. Mme de Stainville n'en vivait pas moins dans la plus grande confiance. Il n'était question à ce moment que d'un bal costumé que la vieille maréchale de Mirepoix, toujours enragée de plaisirs, projetait de donner à l'hôtel de Brancas aux jeunes gens de la cour et de la ville.

A peine le bal est-il annoncé que toutes les têtes travaillent à l'envi; dans la société on ne s'occupe plus que des merveilles qui doivent y figurer, chacun imagine un costume; toutes les femmes rivalisent pour écraser leurs amies. Mme de Stainville doit être habillée en paysanne allemande, et elle a pour partenaire le prince d'Hénin. Elle ne manque pas une répétition; elle

s*y fait remarquer par sa grâce et sa beauté radieuse.

Le mardi, trois jours avant la fiHe, un joyeux souper réunit chez Mme de Valcntinois les interprêtes du fameux bal Set ; toussent pleins d'entrain et de gaieté; seule Mme de Staîn ville laisse voir une morne tristesse ; ses yeux sont remplis de larmes, et tous les efforts de ses compagnons ne peuvent l'arracher à ses pensées. L'accablement de la jeune femme s'expliquait aisément. Son marij arrivé la veille de Nancy, où était son commandement, lui avait reproché sa conduite dans une scène violente, puis il l'avait prévenue qu'il allait user de ses droits et la faire enfermer dans un couvent.

Comment le mari se montrait-il si susceptible après avoir si longtemps fermé les yeux? Pourquoi rompait-il brusquement avec la large tolérance admise par les mœurs du temps? On a prétendu que, rentrant un jour à l'improviste chez sa maî tresse, Mlle Beaumesnil, de TOpéra, il y avait trouvé installé l'inévitable Clairval; par un sentiment de vengeance bas et mesquin, il aurait fait payera la femme légitime l'infidélité de la maîtresse.

Ce qui est certain, c'est qu'il obtint de son

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