‹ Le duc et la duchesse de ChoiseulChapitre 153 sur 244 · CHAPITRE DOUZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIÈME

frère le duc de Choiseul une lettre de cachet. Mme de Stainville, que nous avons laissée soupant chez Mme de Valentinois^ rentra chez elle remplie des plus vives appréhensions. Elles n'étaient que trop justifiées. Dans la nuit même, c'est-à-dire dans la nuit du 20 au 21 janvier 1767, à trois heures du matin, le comte fit monter la malheureuse femme dans une chaise de poste, il s'assit près d'elle, et il la conduisit à Nancy, où, armé de l'ordre du roi, il la fit enfermer pour le reste de ses jours au couvent des filles de Sainte-Marie.

Le scandale fut effroyable. Cette jeune femme enlevée brutalement à la veille d'un bal dont elle devait être la reine fut regardée comme une victime, et le monde fut impitoyable pour le mari.

Mme de Choiseul avait le cœur trop bon et trop haut placé pour ne pas plaindre sincèrement sa belle-sœur et pour ne pas s'attendrir sur le sort des deux enfants qu'elle laissait derrière elle. Elle fit tout ce qui était en son pouvoir pour adoucir leur isolement, et elle s'occupa d'eux avec la plus tendre soHicitude, autant du moins que le comportaient les mœurs de l'époque.

Le départ annuel pour Chanteloup, qui devait avoir lieu au commencement de mars, fut retardé

par ces regrettables événements et par les soins que la duchesse dut prendre de ses malheureuses nièces.

L'hiver se passa assez tristement. Plus que jamais Mme de Choiseul chercha des consolations dans Tesprit et la conversation de Mme du Deffand et leur intimité devint plus grande encore. Pour éviter le froid glacial qui régnait pendant rhîver dans ses appartements de réception, la duchesse fit arranger chez elle, au premier étage, un petit coin intime où elle ne pouvait recevoir que fort peu de monde, mais où Ton jouissait d'une douce température et d'un confortable relatif; elle y accueillait quelques amis privilégiés : Mme du Deffand, le grand abbé, M. de Thiers, surnommé le petit oncle; Mme de Choiseul- Betz, surnommée la petite sainte; Gleichen, etc., et Ton s'y divertissait parfaitement. C'est dans ce buen retirOi à Tabri des bruits du monde et des impor* tuns, qu'avaient lieu presque chaque soir ces petits soupers où Ton causait si agréablement, où Fon discutait si savamment, ou l'on riait si bien, et qui se poursuivaient jusqu'à une heure avancée de la nuit, quelquefois même jusqu'au matin. Ces réunions étaient si charmantes, si pleines de laisser

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