CHAPITRE DOUZIÈME
on retrouvera une immense succession de bâtiments, d'ailes, de constriictions qui formeront une demeure splendide.
Le jardin j le parc, sous la direction de la duchesseï subissent la même transformation. Elle crée des cascades, des jets d'eau, des quinconces; bref, tout change d*aspèct, à grand renfort d'ouvriers et surtout d'argent.
Elle ne se contente pas de transformer le château et le parc qui l'entoure, elle s^occupe encore d'enrichir le pays qu'elle habite en fertilisant le sol et en perfectionnant les races d'animaux. Les récoltes, qui étaient plus que médiocres avant son arrivée, deviennent plus belles de jour en jour à force d'engrais et de soins. Elle a fait venir de Suisse soixante vaches et deux taureaux. Elle est la bienfaitrice du pays.
En juin, il est question d^un voyage à Compiègne^ où va la cour. Aussitôt Mme du Deffand s'émeut, elle qui ne peut plus vivre sans sa grand'mamanjet qui se consume de chagrin de son absence*
a Est-ce que vous ne passerez pas deux fois vingt-quatre heures à Paris avant Compiègne ? lui écrit-elle. Est-ce que je ne ferai pas un de ces charmants petits soupers? un de ces petits sou-
3o6 DUC ET DUCHBSSK DE CHOISHUL
pers bien simples, dans le petit appartement, avec une poularde et rien de plus I n
Hélas! cet espoir ne se réalise pas; le voyage est retardé. Dans sa déception^ Mme du Defïand devient injuste, elle se plaint qu'on labandonne, qu'on ne lui écrit pas.
« Croyez-vous donc qu'il soit si facile décrire? » lui répond en riant Mme de Choiseul; et elle lui donne en exemple l'instant présent. « Je prends la plume, mais la tiendrai-je longtemps?..* Le dîner va sonner; mon oncle, Mme de Choiseul, l'abbé j tout cela va entrer dans ma chambre, tout cela va me faire des questions à la fois... Je les fais attendre, les plats se refroidissent {le désœuvrement est toujours pressé...). Allons, il faut quitter î il faut les suivre! Quand reprendrai-je ma lettre? Après dîner, c'est bien assez de digérer. Me voilà étendue sur un large canapé. La paresse, la douce paresse, la sainte paresse m ^endort et m^enchaîne. L'abbé est pourtant encore plus paresseux que moi, car il veut tous les jours vous écrire, et il ne vous écrit pas; la paresse seule Ten empêche... Prévenons-la. Ecrivons toujours, et nous finirons quand nous pourrons, n
Un jour, pour charnier les loisirs de la châte-