CHAPITRE DOUZIÈME
maman, la marquise veut du moins savoir ce qu'elle fait; elle veut connaître rarrangement de ses journées, si elle a un coup de cloche, c'est-à-dire s*il y a des heures marquées pour les différentes occupations. Ce lui serait un grand plaisir de la pouvoir suivre et de pouvoir dire : « Actuellement la grand' m aman lit, écrit, se promène, voit ses moutons, ses cochons, gronde son grand abbé, cajole son petit oncle. » Pour ces derniers articles, il ne doit pas y avoir de temps marqué.
Avec une charmante bonhomie, la grand*maman se conforme au désir qu*on lui exprime, et elle décrit de façon exquise leur vie si calme qui leur donne la paix du cœur.
« Vous voulez que je vous rende c^ompte de tout ce que je fais ici. Hélas! je n'en sais rien, et cet hélas n*est ni de pitié, ni de douleur, ni de regret. Nous n'avons de règle sur rien. La règle est une entrave, le plaisir n/en veut point. Seulement, le dîner et le souper sont fixes; mais encorei suivant que nos gens ou s*am usent ou s'ennuient, ils préviennent ou font languir nos pauvres estomacs. Un trictrac, des dés, des volants, des chevaux, la promenade, un pauvre clavecin que Tabbé assomme, et avec lequel parfois j'écorche aussi les oreilles,
et ma petite voix de fausset brochant sur le tout, sont nos passe-temps journaliers- Toujours contents de rinstant présent, nous ne formons pas de projets pour celui qui lui succède. Les projets ne sont que le désir du mieux être, fondé sur T inquiétude du présent j et nous passons chaque jour à faire et dire les mêmes choses sans croire nous répéter. La paix, la douce paix du cœur et de l'esprit n'a pas besoin de diversité; mais cette uniformité fait passer le temps avec une rapidité effrayante, quand on regarde en arrière. Nous avons cependant eu quelques visites et le temps en était plus long, car ce n'était pas ce qu'il y avait de mieux. Ce polisson d'abbé arrive qui veut que je vous présente ses hommages. »
Mme de Choiseul a encore d'autres distractions dont elle ne parle pas ; elle a l'amour de la truelle, et son plus grand plaisir est de diriger des ouvriers. Grâce à l'amabilité du ducj qui la laisse gracieusement se livrer à son goût favori, quelque dispendieux qu*il soit, elle fait élever des pavillons, construire des écuries, bâtir une colonnade ; peu à peu le château s'agrandit, tant et si bien qu'au bout de quelques années on ne le reconnaîtra plus ; au lieu du château assez simple qu'ils ont acheté en 1763,