‹ Le duc et la duchesse de ChoiseulChapitre 161 sur 244 · CHAPITRE DOUZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIÈME

Dans une épingle aussitôt embroché,

Aux feux ardents d'un flambeau rapproché, !

Cuit lentement et tombe goutte à goutte.

Mais Mme de Choiseul fort innocemment s'est rendue coupable d*un crime de lèse-majesté; cette puce était Tépouse du roi des puces Grand-Glouton. On devine la colère du monarque en apprenant le sort de sa compagne infortunée. Il 0 souille l'air des plus affreux serments ».

Comment, dit-il, on distille ma femme I O Belzébuth, Mahomet, Notre-Dame, Secourez-nous ! . . .

Un grand conseil de guerre se réunit; les plans les plus divers sont discutés; mais, alors que Grand-Glouton et ses amis ne respirent que la vengeance et le carnage, un conseiller plus raisonnable fait entendre quelques timides objections : Cette guerre est-elle légitime?

Philis, dit-on, a surpris dans son lit

Le digne objet dont la perte vous touche;

Quel droit a-t-on de partager sa couche P *

Eh ! laissons-la dormir toute la nuit, .

On l'importune assez dans la journée.

Notre jeunesse ardente, forcenée.

Voudrait la joindre et prendre entre ses draps

Des libertés qu'elle n'approuve pas

Cependant le Nestor des conseillers d'État de»

puces donne enfin son avis. Selon lui, on devrait s'adresser à l'araignée (Arachné), cette araignée dont Philis a la terreur , et la charger de la vengeance. Elle se tiendrait nuit et jour au-dessus de la tête de Philis comme une épée menaçante.

L'idée est adoptée, et sur l'heure un messager est envoyé à Faraignée pour lui demander de se charger de cette mission. L*araignée accepte,

hë lendemain était un jour funeste,

Un vendredi, jour que Philîs déteste,

Car il influe et jette un sort maudit

Sur ce qu'on fait : Château-Renaud l'a ditj

Elle Fa su par sa bonne nourrice,

Qui le tenait d'une excellente actrice,

Qui le tenait d'un jeune cavalier,

Qui le tenait d'une relij^ieuse,

Qui le tenait d'un père cordelîer,

Qui l'avilit su par une ravaudeuse.

Le fil heureux de cette vérité|

Se prolongeant par ces routes obliques,

Monte fort haut dans les fastes antiques,

Ira fort loin dans la postérité.

L^araignée se conforme fidèlement à la mission qu'on lui a donnée.

Elle va^ vîent^ descend ^ remonte, grimpe, Arrive enfin au sommet de l'Olympe, Précisément au-desiïus du fauteuil Oii tous les soirs Philis se tient asâîse.

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