‹ Le duc et la duchesse de ChoiseulChapitre 166 sur 244 · CHAPITRE TREIZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TREIZIÈME

l'argent à pleines mains. Plusieurs fois il échoua dans ses expériences, rien ne put le décourager. a Je ne me suis pas rebuté, écrit-il, et tout vieux et infirme que je suis, je planterai aujourd'hui, sûr de mourir demain; les autres jouiront. » Non seulement il défriche et favorise l'agriculture, mais il trace des routes, fait les travaux utiles ; personne n'est sans ouvrage dans le pays de Gex.

Ces travaux importants ne suffisent pas à calmer l'ardeur de l'insatiable vieillard ; il crée des fabriques pour exploiter sur place les richesses du sol ; à son instigation,, s'élèvent des manufactures de soie, d'étoffes, de blondes, etc.

Il n'avait pas affaire à des ingrats, et il était adoré des habitants. « M. de Voltaire mène la vie la plus douce et la plus heureuse, écrit le résident de France à Genève ; il est chéri de tout ce qui l'entoure ; il sera, je vous assure, mis au nombre des saints et des sorciers dans le pays de Gex, comme Virgile au Pausilippe. »

Il fallait naturellement écouler au dehors, c'està-dire en France, les produits de la colonie, et Voltaire s'y employait avec la plus touchante sollicitude. C'est ainsi qu'il se trouvait encore amené à adresser mille requêtes aux ministres du roi, et

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jamais il ii*hésitait à porter ses doléances aux pieds de celui qu'il se plaisait à nommer son « illustre protecteur ».

Choiseul, de son côté, ne dédaignait pas le titre de Mécène que lui octroyait si libéralement Fauteur de la Henriade, Le noble duc mettait même une certaine coquetterie à accueillir favorablement toutes les suppliques qui provenaient de Ferney.

Les troubles survenus à Genève en 1765 et Texode à Ferney d'un certain nombre des meilleurs ouvriers allaient amener des relations plus fréquentes que jamais non seulement entre le philosophe et Choiseul, mais encore avec la duchesse elle-même.

Dès le début de ces troubles, Voltaire naturellement se mêle de ce qui ne le regarde pas , et il intervient de la façon la plus active dans les dissensions qui déchirent la cité de Calvin. Convaincu du bon droit des natifs (r), il prend parti pour eux et s'efforce de leur venir en aide de toutes façon s j mais surtout en plaidant leur cause auprès du ministre tout-puissant.

(i) Oïl appelait .linsi les fiîs d'étrangers nés à Genève, Voifi pour l'histoire des troubles de Genève, Voitaire ei ^ean-yacques Roussêan, par M. G. Maugras, Calraann Lévy, 1890*

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