CHAPITRE QUINZIÈME
croyez bien qu*elle n'en manque pas ; elle n'a nulle haine contre vous, elle connaît votre esprit et ne vous veut point de mal. Le déchaînement contre elle a été affreux, à tort pour la plus grande partie; l'on serait à ses pieds si... ainsi va le monde. Elle est très jolie, elle me plaît, cela doit suffire. Veut-on que je prenne une fille de condition? Si l'archiduchesse était telle que je la désirerais, je la prendrais pour femme avec grand plaisir (i), car il faudra bien faire une fin, et le beau sexe autrement me troublerait toujours, car, très certainement, vous ne verrez pas de ma part une dame de Maintenon. En voilà, je pense, assez pour cette fois-ci. Je n'ai pas besoin de vous recommander le secret sur tout ceci : mon écriture n'est pas meilleure que la vôtre (2). »
L'insistance du roi, ses prières même restèrent sans effet; le duc, toujours poussé par « ses femmes », se montra intraitable.
A bout de patience et après avoir épuisé tous les
(i) Le 6 juin 1770, Louis XV écrivait au comte de Broglie pour lui demander d'obtenir des renseignements confidentiels sur l'archiduchesse Elisabeth d'Autriche, qu'il songeait sérieusement à épouser. Il voulait connaître « sa figure, de la tête aux pieds, son caractère », etc., etc.
(2) Revue de Paris ^ 1829.
moyens de conciliation, Mme du Barry se résigna à la lutte.
En attendant qoe les événements lui offrissent l'occasion de se venger de celui qui la traitait si cruellement, elle employa contre Choiseul les mille vexations qui étaient en son pouvoir; Elle se montrait triste devant le roi de temps en temps* « Qu'avez-vous? lui disait le monarque, — Ce sont ces Choiseul qui débitent des horreurs contre moi. » Et à l'appui elle racontait un propos de Mme de Choiseul ou de Mme de Gramont. Une autre fois elle paraissait en pleurs ; c'étaient toujours ces vilains Choiseul qui la tourmentaient* Le roi la consolait et lui promettait que cela finirait.
Mme du Deffand, qui du fond de son tonneau restait une observatrice désintéressée et entendait 'demeurer bien avec tout le monde, portait sur les hommes et les événements un jugement impartial. Elle écrivait à Walpole, le 22 novembre 1769 :
« Le grand-papa paraît de très bonne humeuri cependant il n'est pas sans inquiétude; la dame ne dissimule plus sa haine pour lui.,* Il reçoit journellement de petits dégoûts, comme de n'être pas nommé ou appelé pour les soupers des cabinets, et chez elle, des grimaces quand au whist il est