CHAPITRE QUINZIÈME
entourent Mme du Barry et que Votre Majesté connaît dans le fond de son âme aussi bien que moi, que je ne sois un des objets particuliers de leurs inventions malignes et de leur désir de nuire. Nous avons une expérience très suivie de l'estime que l'on doit avoir du caractère et de la personne de ceux qui ont soixante-dix ans ou qui en ont davantage... Quant aux jeunes gens, ils font pitié et croient être quelque chose en croyant fronder et braver votre ministre... (i). »
En apparence, les relations entre Choiseul et la maîtresse étaient courtoises; Mme du Barry écrivait souvent au ministre pour solliciter quelque faveur; ses lettres sont toujours extrêmement polies, presque gracieuses. Ils eurent même en plusieurs circonstances des entrevues assez longues qui faisaient croire un instant à un raccommodement. Mais rien ne put vaincre l'antipathie du duc, il refusait à peu près invariablement tout ce que lui demandait la comtesse. C'est ce qui faisait écrire à Walpole : « Choiseul se met à chaque instant sur le bord d'^ précipice en bravant Mme du Barry et en oubliant que son prédé-
(i) Revue de Paris, 1829.
jQÔ DUC ET DUCHESSE DE CHOISEUL
cesseur» le cardinal de Bernis, a été la victime de son insolence vis-à-vis de Mme de Pompadour; le duc de Choiseul marche sur ses traces. Le voyage de Fontainebleau vai je crois, décider de la victoire, à moins que le duc ne plie, ce qui n*est pas impossible, s (8 octobre 1769.)
Louis XV, qui était resté très timide et qui détestait les nouveaux visages ^ fit aussi tous ses efforts pour conserver le ministre auquel il était habitué; il alla même jusqu'à lui écrire une lettre des plus pressantes pour le conjurer de changer de conduite et de se réconcilier avec une femme dont il ne savait plus se passer. Il poussa l'aveuglement jusqu'à faire allusion à un mariage possible entre lui et la du Barry*
Cette lettre étrange montre jusqu'à quel point pouvait aller la faiblesse du roi et son ardent désir de ne point changer de ministre,
« Vous faites bien mes affaires, je suis content de vous, mais garez-vous des entours et des donneurs d'avis : c'est là ce que j'ai toujours haï et ce que je déteste plus que jamais. Vous connaissez Mme du Barry... elle est jolie, j*en suis content, et je lui recommande tous les jours de prendre garde à ses entours et donneurs d'avis, car vous