CHAPITRE DEUXIÈME
s'était rassemblé; les applaudissements et les vivats retentissaient de tous côtés ; on ne se lassait pas d'admirer la magnificence du cortège, mais ce qui enchantait encore davantage, c'était la politesse avec laquelle l'ambassadeur répondait aux acclamations du peuple. Choiseul descendit d'abord à l'ambassade ; de là, suivi d'un nombreux cortège, il se rendit à l'audience du pape : à son retour, les trompettes, les tambours, les hautbois et autres instruments du Sénat et des tribunaux civils de Rome saluèrent l'ambassadeur, qui trouva dans son appartement le maître d'hôtel du pape, qui lui présenta, de lapartde Sa Sainteté, trente-six grands
biche, galonné d'argent à la Bourgogne. Le maître d'hôtel, ayant un habit de même couleur galonné en plein, fermait la marche.
^*es coureurs de Choiseul, superbement vêtus et coiffés de beaux bonnets garnis de plaques d'argent aux armes de leur maître, précédaient le « carrosse du corps», oîi étaient, avec l'ambassadeur, le cardinal Porto-Carrero et les autres prélats; il y avait trente coureurs ; huit pages bordaient le carrosse du corps ; leurs habits étaient galonnés en plein à la Bourgogne, garnis de beaux nœuds d'épaules. Les quatre attelages du duc, composés de chevaux de toute beauté et de différents poils , suivaient le carrosse du corps ainsi qu'une quantité d'autres attelages {a),
(a) Choiseul à Rome, par le vicomte Maurice BoUTRY. Calmann Lévy, 1895. — Arch. Afi. ëtr.
bassins remplis des comestibles les plus délicats.
V.' entrée de campagne n'était que la première étape : la seconde était l'admission à l'audience publique du Saint-Père. Elle eut lieu quelques jours après. Cette fois, toute la maison de l'ambassadeur portait la grande livrée.
Au jour fixé, toutes les personnes invitées se rendirent chez l'ambassadeur pour lui faire cortège. On leur servit d'abord un splendide rafraîchissement de toutes sortes de fruits gelés ; on tira ensuite la portière de la salle d'audience. Les prélats, les cavaliers romains, les gentilshommes complimentèrent le duc, qui était debout sous un dais de velours cramoisi fond d'or auquel étaient attachés les portraits du pape et du roi. L'ambassadeur était revêtu d'un splendide costume fond d'argent tout brodé d'or, avec un manteau garni de dentelle d'or d'une magnificence inouïe; son chapeau était surhaussé de plumes et garni d'une agrafe et d'un très gros bouton de diamant.
Le cortège se mit en marche dans l'ordre suivant : la berline appelée l'avant-garde précédait le « carrosse du corps » ; elle était attelée de six magnifiques chevaux et portait un grand carreau de velours bleu céleste galonné d'argent et garni