‹ Le duc et la duchesse de ChoiseulChapitre 3 sur 244 · PREFACE · texte numérisé non relu

PREFACE

Au cours de nos recherches sur le dix-huitième siècle, deux figures nous ont particulièrement frappé, disons même passionné ^ la duchesse de Choiseul et le duc de Lauzun.

Nous avons déjà, écrit la vie du duc de Lauzun, ce grand séducteur, ce type charmant de rhomme de cour au dix-huitième siècle, et cette biographie, tout au moins sincère et vraie, nous a valu quelques anathèmes drames bien pensantes.

Par un juste esprit d'équilibre, nous voulons aujourd'hui esquisser le portrait de Mme de Choiseul. La dignité de sa vie, son énergie morale, ses hautes vertus formeront, avec le libertinage du duc de Lauzun, un saisissant contraste.

Mme de Choiseul est peut-être la figure la plus délicieuse du dix-huitième siècle. Ce n'est ni par sa beauté ni par ses succès mondains qu'elle Temporte sur ses contemporaines, mais par son charme incomparable, son esprit élevé, la noblesse de son caractère. Nous la verrons dans rextréme fortune aussi bien que dans Textrême détresse toujours la même, toujours égale à elle-même, supportant avec la même sérénité la richesse, les hommages, le premier rang, et aussi la ruine, la misère, roubli. Jamais le sort ne put avoir raison de cette âme si haute, et elle se montra toujours supérieure à la fortune.

Auprès de cette femme exquise vit un mari aimable, spirituel, séduisant au possible, mais infidèle autant qu on peut Têtre. Il n'en a pas moins été le plus adoré des maris. Le duc de Choiseul est une des plus grandes figures de Tépoque, un des hommes les plus remarquables de son temps ; c'est le type du Français par excellence, avec toutes ses qualités et ses défauts. Mais il cachait sous une

PRÉFACE ni

apparente frivolité ses rares qualités intellectuelles, et sa légèreté lui a fait du tort; aussi est-il mal connu, et la postérité n'a pas rendu à ses talents la justice qu'ils méritent. Tout en laissant à l'écart le côté politique, qui ne nous concerne pas, nous nous efforcerons de mieux faire apprécier le duc de Choiseul, la bonté de son cœur, l'élévation de son caractère et les qualités de premier ordre dont il était doué.

Autour du duc et de la duchesse nous verrons s'agiter leurs parents, leurs amis, tout ce que cette société contenait d'hommes distingués, de femmes d'esprit, de grands seigneurs : la marquise du Deffand, Voltaire, Walpole, l'abbé Barthélémy, la duchesse de Gramont, la comtesse de Brionne, Lauzun, le prince de Beauvau, la maréchale de Luxembourg, le chevalier de Boufflers, le docteur Gatti et tant d'autres, etc.

Mais avant tout et surtout celle qui s'imposera, celle qui occupera la première place, c'est Mme du Deffand. Cette femme d'un

esprit remarquable, d'une rare profondeur d*înte]lîgence, qui tient tête à Voltaire et lui donne la réplique non sans succès, a été Tâme de la vie de Mme de Choiseul.

En 1766, s'établit entre ces deux dames un commerce épistolaire qui dure jusqu'en 1778 et qui est un véritable joyau. Rien de plus , intéressant que cette correspondance quand on la débarrasse des répétition s , des inutilités et de tout le fatras inhérent à des effusions épistolaires fréquentes. Elle a été publiée en 185g et en 1877 par le marquis de Sainte-Aulaire chez Michel Lévy, et nous y avons fait de très fréquents emprunts. On voit défiler dans cette correspondance la plupart des contemporains, plus ou moins bien traités suivant Thumeur de la vieille aveugle j on y voit apprécier tous les événements marquants de l'époque, mais ce qui est incomparable, ce sont les réflexions philosophiques de Mme de Choiseul, les ripostes de Mme du Deffand, cet échange perpétuel d'idées, ce feu qu'elles remuent

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