‹ Le duc et la duchesse de ChoiseulChapitre 73 sur 244 · CHAPITRE SIXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIEME

fâcheux qui couraient sur la nature de leur intimité, bruits que Walpole lui-même rapporte complaisamment. On avait même surnommé Choiseul Piolêtnée, par allusion à Ptolémée II, roi d'Egypte, qui avait épousé sa sœur Arsinoë. Le duc n^igno* rait pas la plaisanterie dont il était l'objet, mais il ne faisait qu*en rire. Rien ne justifiait | hâtons nous de le dire, ces bruits infâmes; on peut hardiment les regarder comme une de ces calomnies dont les gens en place sont si souvent l'objet. Connaissant le caractère de Mme de Choiseul comme nous le connaissons, comment admettre qu'elle ait pu tolérer Tinceste sous son propre toit et conserver pour son mari coupable des sentiments inaltérables?

Outre ces bruits blessants pour Tamour-propre de Mme de Choiseul, l'influence de Mme de Gramont sur son frère, les hommages qu'elle s'attirait, l'autorité qu^elle prétendait exercer dans Tintérieur de sa belle-sœur, étaient de nature à amener bien des froissements, Mme de Choiseul^ douce, modeste, se voyait éclipsée par son éclatante belle-sœur et réduite à jouer un rôle secondaire dans sa propre maison, « Le public vénérait et négligeait l'épouse, en détestant la sœur et en se courbant devant elle. »

Après avoir beaucoup aimé sa belle-sœur, Mme de Choiseul se montra jalouse d'une influence que seule elle prétendait exercer, et elle entreprit contre sa rivale une campagne où elle ne fut pas la plus forte; de guerre lasse, elle se résigna, et elle accepta avec une bonne grâce attristée le rôle secondaire qu*on lui imposait. Il en résulta une hostilité sourde que le temps lui-même ne put apaiser, mais la duchesse n'en conserva pas moins beaucoup d'estime pour une femme qui en était digne à tous égards*

Cette situation tendue amenait souvent des mots aigres-doux et de pénibles froissements. Un jour, à dîner, Mme de Choiseul exprimait gracieusement combien elle serait heureuse de vivre seule avec son mari dans la retraite. Mme de Gramont rinterrompit pour lui dire aigrement : « Reste à savoir s'il le voudrait aussi, lui. »

L*orgueil de la maison de Choiseul s'était fort bien accommodé que le duc épousât la fille du partisan Crozat, dont la fortune devait servir à favoriser les projets les plus ambitieux; mais, une fois la situation acquise, on trouvait mauvais que la duchesse jouît des avantages qu^on n^aurait jamais obtenus si elle n'en avait pas fourni les moyens.

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