‹ Le duc et la duchesse de ChoiseulChapitre 72 sur 244 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

de retour, et elle se connaissait bien des rivales. Elle était peut-être, après tout, la femme que son mari aimait le mieux, mais « uniquement », il n*y . fallait pas compter. Choiseul était trop de son temps pour ne pas aimer les femmes avec passion et pour ne pas le leur témoigner (i). Dès son entrée dans le monde, son esprit, sa gaieté, son audace, lui avaient valu mille succès auprès des femmes, même « parmi les plus huppées », et il avait pris le rôle d'homme à bonnes fortunes, « ce qui prouve bien, dit méchamment Duclos, que tout le monde peut y prétendre. » Son mariage ne changea rien à ses habitudes de galanterie, et il ne parut jamais se douter des humiliations et des chagrins qu'il infligeait à la délicieuse créature qui vivait près de lui.

Les infidélités publiques du duc furent longtemps pour Mme de Choiseul un cruel déchirement; elle finit cependant, sinon par en prendre son parti, du moins par se faire une raison, et ne pouvant trouver le bonheur tel qu'elle Pavait rêvé

(i) Un contemporain a pu écrire de lui : « Il a été le mari le plus volage et le plus prodigue; il a eu et payé toutes les femmes, même les plus grandes dames de la cour, qui se vendaient honteusement à lui à prix d'argent. »

d*abord, elle sut se créer, dans son admiration pour celui dont elle portait le noirij des compensations aussi nobles qu'élevées. Bien que fort mauvais mari, le duc était pénétré d*estime, de respect et de reconnaissance pour une femme qui l'adorait, qui lui faisait honneur et dont les vertus formaient avec son libertinage un si saisissant contraste, M a même écrit d'elle cette phrase charmante : « Sa vertu, ses agréments, son sentiment pour moi, celui que j'ai pour elle, ont mis un bonheur dans notre union bien supérieur à tous les avantages de la fortune, »

La légèreté avec laquelle Choiseul traitait le lien conjugal n^ et ait pas le seul grief de Ja pauvre duchesse ; elle souffrait encore dans son propre intérieur d?une situation amoindrie qu'elle ressentait cruellement.

Nous avons vu qu'après s'être séparée de son mari Mme de Gr amont était venue habiter chez son frère. Son esprit ferme et énergique, sa rare aptitude pour les affaires, ses vues élevées, lui donnèrent bientôt sur le duc un grand crédit. Elle avait Part de savoir Tarn user ; il en arriva bientôt à ne plus pouvoir se passer d'elle. Cet empire, qu'elle affichait avec insolence, motivait les bruits

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