‹ Le duc et la duchesse de ChoiseulChapitre 75 sur 244 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

Deffand, qu'elle avait bien souvent rencontrée autrefois chez sa mère, Mme du Châtel; leurs relations, après n'avoir été d'abord que de simples relations mondaines, firent place bientôt à une affection des plus vives, à un attachement profond, qui dura autant que leur vie.

Nous aurons si souvent à parler de Mme du Deffand, elle jouera dans notre récit un rôle si considérable, elle sera pour Mme de Choiseul une amie de tous les jours si fidèle et si constante, qu'il est intéressant pour nous de la bien connaître.

Mme du Deffand avait autrefois vécu à la petite cour de Sceaux, chez le duc et la duchesse, du Maine, et elle n'en était sortie qu'à leur mort. Elle vint alors habiter à Paris une petite maison de la rue de Beaune. Dès qu'elle fut à elle-même, elle eut bientôt fait des connaissances; le nombre s'en augmenta, et de proche en proche sa maison n'y put suffire. L'âge arrivant, et aussi les infirmités, elle trouva plus commode de prendre un appartement au couvent de Saint-Joseph (i). C'était assez l'usage à cette époque pour les femmes seules ; on

(i) Rue Saint-Dominique, dans la partie gauche du bâtiment voisine de l'hôtel de Brienne. C'était le même appartement qu'avait occupé Mme deMontespan, qui avait fondé la maison.

ija DUC ET DUCHESSE DE CHOISEUL

gardait du reste la pi os entière liberté et Ton recevait ses amis comme l'on voulait. En même temps qu'un appartement, la marquise prit une dame de compagnie, Mlle de Lespinasse (i)* Elle ouvrit ses salons; ses soupers du lundi attirèrent beaucoup de monde et devinrent fort à la mode. Ses relations appartenaient surtout à l'aristocratie. Bientôt il se rassembla chez elle la meilleure compagnie et la plus brillante, a et tout s^y assujettissait à elle. »

Elle recevait aussi des hommes de lettres : La Harpe, Marmontel, d'Alembert; mais ils disparurent avec Mlle de Lespinasse, quand celle-ci, en 1 764, se sépara de sa bienfaitrice, après une rupture retentissante, et alla fo:ider dans le voisinage un salon rivaL

A l'époque dont nous nous occupons, Mme du Deffand était une petite vieille, maigre, pâle, blanche, qui n'avait jamais dû être belle et qui portait sur son visage l'expression d'une morne tristesse. Elle avait largement partagé toutes les erreurs de son siècle et avait été autrefois la mai-

(i) Lespinasse (Claire-Françoise de) (17 13-1776) est restée célèbre par sa liaison avec d'Alembert. Son salon rivalisait avec ceux de Mme du Deffand et de Mme Geoffrln.

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