‹ Le duc et la duchesse de ChoiseulChapitre 76 sur 244 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

tresse du régent, du président Hénault et de beaucoup d'autres, vraisemblablement (i). Puis, l'âge arrivant, elle s'était rangée, et Ton avait cru même un instant qu'elle allait tourner à la dévotion. « Je me suis mise tout à fait dans la réforme, écrivaitelle à Formont; j'ai renoncé aux spectacles; je vais à la grand'messe de ma paroisse (2). Quant au rouge et au président, je ne leur ferai pas l'honneur de les quitter. »

Pour la bien connaître, nous pourrions nous fier à elle-même, c'est-à-dire au portrait qu'elle a tracé de sa propre main; mais s'il est sincère, il est aussi trop peu flatté, et l'auteur a péché par excès de modestie.

« On croit plus d'esprit à Mme du Deffand qu'elle n'en a : on la loue, on la craint, elle ne mérite ni l'un ni l'autre; elle est, en fait d'esprit, ce qu'elle a été en fait de figure et ce qu'elle est en fait de

(i) « Belle affaire vraiment que des bonnes fortunes, répondait un jour le régent à un des roués qui le félicitaient à ce sujet! comment n'en aurais-je pasP... le président Hénault et le petit Fallu en ont bien!... n

(2) Dans cette société sceptique et qui faisait parade de ne croire à rien, Mme du Deffand s'efforça à plusieurs reprises de devenir dévote; elle était tourmentée du besoin de croire, mais sans pouvoir y parvenir. Elle eut même un moment un confesseur, le père Boursault.

naissance et de fortune, riend^extraordinaire, rien de distingué ; elle n*a pour ainsi dire point eu d'éducation » elle n'a rien acquis que par l'expérience : cette expérience a été tardive et a été le fniit de bien des malheurs,.. Née sans talents, incapable d'une forte application ^ elle est très susceptible d*ennui, et, ne trouvant point de ressources en ellemême, elle en cherche dans ce qui l'environne, et cette recherche egt souvent sans succès; cette même faiblesse fait que les impressions qu'elle reçoit, quoique très vives, sont rarement profondes; celles qu'elle fait y sont assez semblables; elle peut plaire, mais elle inspire peu de sentiments, C'est à tort qu'on la soupçonne d*être jalouse, elle ne l'est jamais du mérite et des préférences qu'on donne à ceux qui en sont dignes, mais elle supporte impatiemment que le charlatanisme et les prétentions injustes en imposent. Elle est toujours tentée d'arracher les masques qu'elle rencontre, et c'est ce qui la fait craindre des uns et louer des autres» u

Ce qu'elle ne dit pas, et ce qui est pourtant la vérité, c'est qu'elle avait un jugement libre, indépendant, dégagé de tous les préjugés vulgaires^ un esprit absolument supérieur.

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