CHAPITRE VII
Bontés des Choiseol |KJiir l'abbé Barthélémy. — Dîsgrrâce de MarmonteL — On lui enlève le privilège du Mercure pour le donner à Tabbé. — Joie de Mme de ChoiseuL — Choïseul conseille à Barthélémy de refuser. — Embarras de l'abbé. — . Il refuse, mais garde une pension. — Correspondance du baron de Gleîchen avec Mme de Choiseul. — Ses efforts pour rentrer à Paris.
La duchesse n*était pas moins bonne et généreuse que son mari, et elle sut s'attirer d'inaltérables dévouements.
Parmi le grand nombre de gens qo^elle a obligés, il en est deux qui ont été plus particulièrement robjetde ses bontés; ce sont Fabbé Barthélémy et le baron de Gleichen. L'abbé avait déjà reçu de sa part de nombreuses marques d^intérêt; mais elle ne se tenait pas encore pour satisfaite .
Quand les Choiseul, après leur ambassade de Vienne, revinrent à Paris, l'abbé abandonna le modeste logement qu'il occupait et prit un appartement plus conforme à sa nouvelle situation. Mme de Choiseul eut la charmante idée de meubler
secrètement cet appartement; elle y fit transporter des meubles confortables; elle le décora d'une façon sobre et discrète, comme il convient à la retraite d'un savant ; elle daigna Tomer de plusieurs ouvrages brodés de ses propres mains, enfin elle fit installer des bibliothèques qu'elle remplit des livres préférés du cher abbé.
Quand Barthélémy fut admis à visiter toutes ces merveilles, sa stupéfaction et sa reconnaissance n'eurent pas de bornes; il se croyait transporté dans le « boudoir des fées », et il ne savait comment remercier la duchesse d'une si délicate attention -
Malgré tout, l'abbé restait dans une position de fortune fort modeste, d'autant plus qu'il avait à sa charge une partie de sa famille. Mme de Choiseul, en amie fidèle, ne disait rien, mais elle s'inquiétait de cette situation, et elle cherchait par tous les moyens à Taméliorer. Non contente de s'en occuper elle-même, elle en parla à Mme de Gramont, à Mme de Pompadour^ et toutes s'ingénièrent à trouver un bénéfice que Ton pût faire accorder à leur protégé. Un jour on apprend qu'il court dans Paris une satire sanglante contre le duc d' Aumont ^ premier gentilhomme de la chambre ; que Marmontel passe pour en être Fauteur et que le duc, furieux,