CHAPITRE SEPTIEME
Mme de Choiseul ne peut résister au plaisir d'annoncer elle-même à rabbé l' heureux événement
qui lui arrive,
«Ce 17 janvier, à Versailles.
If C'en est fait^ Tabbé, vous avez le Mercure, Mme de Pompadour et moi sommes bien fâchées qu*il ne vous vaille à présent que 7 à 8,000 livres, parce que Ton a été obligé de mettre quelques pensions dessus j nous espérons qu'il s'en éteindra, et à la paix le profit du Mercure sera beaucoup plus considérable; j*espère que vous viendrez ici dès que vous aurez reçu la lettre de M. de Saint- Florentin, Mon avis est que vous alliez chez Mme de Pompadour avant d'aller chez lui, c'est à elle à qui vous devez toute robligation ; il faut aller lui faire l^hommage de votre choix; elle vous dira comment il faut vous conduire auprès de M. de Saint-Florentin ; outre que cela est politique, ça vous sera encore fort commode. Il faut rendre justice à qui il appartient. Le ministre a mis assez de grâce à m^annoncer une nouvelle qui m^est aussi agréable* Mais pour Mme de Pompadour ^ vous savez combien elle es-t aimable, elle Ta été mille fois plus que jamais , » (Inédite.)
La joie de Barthélémy, en recevant cette lettre,
fut loin d^être sans mélange. D abord le bruit commençait à se répandre que Marmontel n'était pas le vrai coupable. Et puis, n'était-il pas pénible pour un homme de lettres de profiter du malheur d*un autre homme de lettres? L'abbé fit part de ses scrupules à la duchesse, mais elle ne voulut rien entendre.
Barthélémy en était là de ses perplexités, très inquietj très ennuyé, craignant dVne part de commettre une assez vilaine act ion | d'autre part redoutant de blesser sa bienfaitrice par un refus, lorsque surgit un incident nouveau qui vint tout compliquer. Marmontel, après quelques jours passés à la Bastille, fut remis en liberté. Son premier soin fut de demander une audience au duc de Choiseul et de lui donner sa parole qu'il était innocent de la satire qu'on lui imputait, mais en homme d'honneur il refusa de livrer le nom du véritable auteur (i). Assez troublé par des déclarations qui
(i) Cette satire j en effet j n^était pas rœuvrc de Marmontel g mais bien celle de Cury, hotnme d'esprît et poète assez connu de cette époque. Voici à quelle occasion elle fut écrite î Cury était intendant des menus plaisirs. S^étant permis quelques plaisanteries sur les gentilshommes de la chambre, il fut oblio^é de donner sa démission • le principal auteur de