‹ Le duc et la duchesse de ChoiseulChapitre 84 sur 244 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

respiraient la sincérité la plus complète, le duc l'assura qu'il ferait son possible pour qu'on lui laissât le Mercure.

La lettre qu'il adressa à l'abbé Barthélémy à la suite de cette conversation fait au ministre le plus grand honneur; elle montre ce qu'il y avait d'honnêteté, de droiture, de générosité dans l'esprit de cet homme qui passait pour léger, superficiel et sans grands scrupules.

« A Versailles, ce 17 janvier 1760.

« Vous avez le Mercure j mon cher abbé ; cette affaire a été décidée hier; ma femme vous l'apprendra. Aujourd'hui vous ne doutez pas de l'intérêt que je prends et prendrai toujours à ce qui peut vous être avantageux. C'est d'après cet intérêt que je dois vous dire librement ce que je pense dans cette occasion. Vous jouissez de la réputation que vous méritez. Vous convient-il d'occuper pour 6,000 livres une place ôtée à un innocent que l'on

cette disgrâce était le duc d'Aumont. Pour se venger, Cury composa une parodie de Cinna où il couvrait le duc de ridicule. Il communiqua ces vers à Marmontel, qui eut le tort de les retenir et celui plus grand encore de les réciter dans quelques salons : bien entendu il refusa de dire le nom de l'auteur, si bien qu'on lui en attribua la paternité.

prive par là de son honneur et de son état? Cette réflexion^ mon cher abbé, me poursuit si vivement et j'ai des convictions si certaines de Tinnoceiice et du malheur de Marmontel, que j'ose même à votre détriment vous conseiller de mander à M. de Saint- Florentin qu'étant persuadé que Marmontel n'est pas coupable, vous croyez que votre réputation souffrira de profiter de son malheur, que vous demandez en grâce que l'on vous donne la pension que l'on lui réservait sur le Mercure Gt que l'on lui laisse le privilège ^ sauf à augmenter votre pension à mesure qu'il en vaquera d'autres sur cet objet. Je pense qu'un tel procédé vous fera un honneur inflm. J'aime l'honneur de mes amis par-dessus tout. Je vous conseille en même temps d'allez chez M- d'Aumont avec Marmontel j de le toucher, d'implorer sa justice et de le faire consentir à cet arrangement. Je vois, mon cher abbé» ce procédé en beau, je crois le voir juste, et que d'ailleurs il vous méritera des grâces bien supérieures BMÂfer-cure; j'en réponds tant que j^aurai une once de crédit.

tf Ne mandez rien de tout ceci à Mme de Choîseul; c'est-à-dire écrivez- lui le parti que vous prendrez sans lui apprendre le conseil que je vous

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