‹ Le duc et la duchesse de ChoiseulChapitre 89 sur 244 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

Gleichen ne se contente pas de porter ses doléances aux pieds de Mme de Choiseul; il s'adresse aussi à l'abbé, en le suppliant d'appuyer également requête pressante et de l'aider de toute son influence.

« Je suis consolé, mon cher abbé, à peu près comme Job l'était par ses amis^ et tous les miens me disent : « Tu Tas voulu ^ George Dandin. »J^aitort» mais ce n'est pas de m*ennuyer horriblement ici» c'est d'avoir voulu venir dans un pays si ennuyeux ; toutefois, pouvais- je prévoir un mal qu'on ne connaît véritablement qu'ici? LVnnui y est aussi épais que leau qu'on y boit et Tair qu'on y respire. Hors d'ici on ne s*ennuieque par raffinement; cela n'ap* proche pas même de nos plaisirs! Il n^y a que les femmes que je trouve charmantes dans ce pays. On est dispensé de toute sorte de galanterie à leur égard» aussi sont-elles d*une sagesse extrême, prudes, bégueules, maussades et froides. Voici à peu près les discours les plus éloquents que m'a tenus la femme la plus coquette de Copenhague, celle qui donne le ton aux autres!.,. « Monsieur n est ici depuis peu, j'espère? — Monsieur a pris « maison, j'espère? — Monsieur joue gros jeu, j'esi père? — Au quadrille, j'espère? — Monsieur y

« perd son argent, j'espère? » Eh! oui, morbleu, mesdames, monsieur crèvera, j'espère, s'il ne sort pas bientôt d*ici! »

Mais la situation reste la même, et la nomination tant souhaitée j tant espérée, ne vient toujours pas. Le baron, tombé de Charybde en Scyila, redouble de sollicitations; il écrit lettres sur lettres et fait de son désarroi moral, de son isolement intellectuel, un tableau si navrant que la duchesse, toujours bonne et compatissante, s-efforce de le consoler; elle lui donne les meilleurs conseils, les plus sages avis, pour Fencourager à prendre patience,

« Votre imagination, monsieur le baron, vous forme des fantômes auxquels vous ne donnez Têtre que pour vous déchirer le sein. Je souffre des maux qulls vous causent, et je voudrais bien y parer, mais il n'appartient qu*à Hercule seul de vaincre la chimère. Ce n'est pas comme ceux qui ne partageraient ni vos inquiétudes ni vos embarras que je vous exhorte à la patience et au courage ; c^est comme un moyen de diminuer vos malheurs : le désespoir aveugle et le courage éclaire, N ^abandonnez pas votre âme; calmez votre imaginationj

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