CHAPITRE SEPTIÈME
servez-vous de la justesse de votre esprit pour apprécier les choses à leur juste valeur. N'appelez pas malheur ce qui n*est souvent qu'une suite des contrariétés ordinaires de la vie : c'est en luttant contre elle que le courage les surmonte. Vous croirez peut-être que l'habitude du bonheur m'a ôté ridée du malheur ou la sensibilité pour les malheureux: non, monsieur, vous vous tromperiez; mais sachez qu^iî n'est impossible àpersonne de n'être pas malheureux, et croyez en même temps qu'il n'est pas plus impossible d'être heureux. Pour vous convaincre de cette vérité, examinez les hommes, et vous verrez qu^à l'exception d'un fort petit nombre, c'est à leur moral qu'ils doivent le bonheur dont ils jouissent ou le malheur qui les opprime* a N'allez pas j je vous prie, vous imaginer, monsieur le baron, que ces réflexions soient des préceptes que je vous donne ; je ne fais que vous rappeler au besoin ce que vous avez sans doute pensé autrefois. Dieu nous garde de ces censeurs sévères qui veulent nous rendre insensibles à tout événement; je vous dis, au contraire, dépitez- vous s'il le faut contre les contrariétés de la fortune; soyez ce que vous êtes, mais laissez ensuite la raison reprendre ses droits; et ce conseil n'est que pom
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VOUS marquer l'intérêt que je prends à ce que vous souffrez actuellement et celui que je preadrai toujours à tout ce qui vous regarde. »
Mais^ hélas ! ces sermons bien mesurés, bien pondérés, n^a valent guère d'action sur le moral du pauvre baron : une bonne place à Paris aurait bien mieux fait son affaire.
La duchesse lui écrit encore, le 27 octobre de la même année :
« J 'allais répondre à votre lamentable lettre du premier de ce mois, quand j'ai reçu celle du 8. Le pinceau en est un peu moins tragique, mais permette a-moi de vous le dire, il Test trop encore. Vous devez assez de justice à l'intérêt que je prends à ce qui vous regarde pour que mes conseils ne puissent vous être suspects, et la pitié que je dois à l'ennui, s'il en était besoin, me justifieraitde reste. Croyez donc que je plains le vôtre autant qu*on doit le plaindre, mais je veux que cette pitié même me serve à le combattre. Quoique jeune encore, vous avez vu assez de paySj vous avez connu assez d'hommes pour savoir que cette maladie règne dans tout l'univers, et le soin que l'on prend pour réviter ne vous a-t-îl pas montré son empire? Peu de gens s'y soustraient ; je n'en connais que deux