‹ Le duc et la duchesse de ChoiseulChapitre 93 sur 244 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

« me semble qu'elle serait longue et maigre, « l'arrière-main traînante, la révérence profonde, « la voix douce et basse, le teint parfois luisant « et parfois allumé, l'œil élastique et la vue rapa prochée, parlant peu et toujours dans des coins, a écoutant beaucoup et soupirant parfois. »

a Vous voyez, mon très cher, que cette ressemblance-là ne vous coûtera pas tant à attraper que pourrait faire celle d'un homme gaillard qui va la tête en l'air, parle haut, gesticule et donne dans tous les pots au noir qui se trouvent en son chemin; or on ne saurait avoir tout.

ft Vous croyez donc, mon cher baron, que votre bouffonne destinée vous fera envoyer calciner en Espagne? Vous y aurez le pied sec comme les cèdres du Liban, vous y trouverez des pierres gravées, si les Maures en avaient; vous y serez déféré à l'inquisition pour plus d'un fait, et en partirez pour l'Angleterre tout préparé à aller finir votre cours des singularités humaines avec la secte des ennuyés de la vie.

« Oh ! mon cher baron , vous savez que j 'ai un faible pour vous, quoique vous ne valiez rien, mais je suis tout plein de ces faibles-là, et vous êtes un des plus forts. Voulez-vous que je vous parle sérieusement?

il en est temps encore. Remplissez votre destinée, puisque vous vous Têtes choisie, et profitez de vos courses pour vous bien persuader de la vérité du mot de Salomon, qui avait tout vu et joui de tout, c'est que « tout est vanité, si ce n'est de bien faire « et se réjouir » ! A cela vous avez deux empêchements que vous pouvez vaincre : l'un est votre santé, que vous pouvez rendre très bonne par la sobriété; l'autre, votre volonté, qu'il serait temps de songer à vaincre, sans quoi elle vous martyrisera toute la vie, sans vous rendre un instant heureux. En outre, diminuez beaucoup, si vous m'en croyez, de ce souci de lendemain qui vous a pris bien jeune et qui devient un tic, et désespère en vieillissant. Vous n'en ferez rien, mon très gracieux, et je compte sur la vanité de mon sermon; vous n'en serez que plus réjouissant, mon très cher, pour votre très affectionné et plus que dévoué.

« Je suis parti pour la campagne trois jours après votre départ et conséquemment n'ai plus vu ni M. ni Mme de Choiseul (i). »

(i) Gleichen, Denk'wûrdigkeiten : eîne reihe aus seiner feder geflossenen Aufsâtze ûber Persoiien und Verhàltnisse aus der ZTveiten Hàlfte des i8 Jahrhunderts (1847).

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