‹ Le duc et la duchesse de ChoiseulChapitre 92 sur 244 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

tage. La guerre de Sept ans durait toujours, les deux parties belligérantes mettaient tout en œuvre pour faire sortir le Danemark de sa neutralité, et les envoyés de Prusse et d* Angleterre insistèrent auprès de M. Bernstorff pour qu'il n'envoyât pas à Paris un homme que l'on savait à la dévotion de Choiseul,

Victime de son attachement connu pour le ministre, Gleichen fut nommé en Espagne, et il dut, la mort dans l'âme, accepter ce nouveau poste, bien différent de celui qu'il avait espéré. Il y passa trois longues années !

Au moment de partir pour sa nouvelle destination, le cœur serré et agité des plus tristes pressentiments, Gleichen avait fait part de ses déboires au marquis de Mirabeau (i), un des amis qu'il s'était créés pendant son court séjour à Paris. Le marquis répond en prodiguant à son jeune correspondant les encouragements, mais sous une forme vraiment originale et bizarre :

« Du Bignon, le 30 octobre 1760.

C'est une chose fort honorable de recevoir dans nos champs une petite lettre toute puante et

(i) Voir la note, p. 227

toute musquée, datée de Copenhague. Elle m^est venue fort à propos, car on était en peine le jour môme de nommer une bouteille de vin doux qui s'est trouvée dans mon cellier, et je Tai appelé muscat de Copenhague; c'est cela et je vous en suis bien obligé.

f Je vous plains^ mon pauvre baron, de ce que Tennui monte en croupe et galope avec vous, qu'il traverse même des bras de mer, pour vous tenir compagnie. Oh ! cosmopolite longin, vous seriez ultra sanromaia , que vous trouveriez toujours le iu auiem de Rabelais, Croyez-moi , mangez moins, dormez moins, digérez mieux et faites de fortes promenades le matin au lieu du soir, mais de très bonne heure, et petit à petit vous verrez que tous les pays se ressemblent et quW peut être gaillard partout, à moins que le cœur ne soit fort attaché quelque part, sorte d'encombre dont la providence a garé (préservé) votre contenu moral et physique* En outre, vos pénibles attributs peuvent ainsi se trouver compris dans les décrets d'en haut, pour vous rendre plus habile à remplir supérieurement les devoirs de l'état auquel votre étoile et votre volonté vous ont appelé ; car, si nous faisions un être imaginaire et fantastique de la politique^ a il

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