‹ Le duc Job: comédie en quatre actes et en proseChapitre 11 sur 104 · SCÈNE VIL JEAN, VALETTE · texte numérisé non relu

SCÈNE VIL JEAN, VALETTE

VALETTE

Ohl mon brave Jean... bonjour et rebonjour I Laisse-moi te regarder. A-t-il une paire de moustaches î

JEAN, souriant.

N'est-ce pas? Elles seront bientôt plus grandes que moi? — Mais comment te trouves-tu ici d'aussi bonne heure?

Je te savais de retour, et j'ai pris ce matin le premier convoi pour te serrer la main plus tôt, et te voir un peu seul... avant déjeuner (piug bas), ayant bien des petites choses à te dire.

JEAN

AUl très-bien... Qu'est-ce que c'est? parle vite.

VALETTE

Oh! tout à l'heure! Que je sache d'abord comment tu vas... car tu as élé blessé,là-bas?

ACTO: L SCÈNE Vil. 9

JEAN

A IMriden, une niaiserie qui m'a retenu trois semaines à l'hôpifal, et a été un prétexte à congé de convalescence.

VALETTE

Et on t'a nommé sergent, j'ai su cela!

JEAN, gaiemont.

Oui, je croyais qu'on me nommerait général... mais c'est ajourné 1

VALETTE

Sergent!... Pourquoi ne t'es-tu pas mis dans la cavalerie? Au moins, on a un cheval.

JEAN

On l'affirme, et puis je serais, à cette heure, maréchal... des logis ! Pékin, va! tu ignores donc l'axiome : « In pedite roburi » La vérité est que je m'étais engagé, moins par pensée d'avenir que pour me distraire... et aller passer quelques mois en Kabylie : or, la campagne projetée étant une guerre de fantassins, je me suis fait incorporer dans le 54"»® pour y retrouver quelques amis.

A propos d'amis... tu as vu, je crois, à Tunis, ce pauvre Bréniont? Je dis pauvre, avec un père quatre fois millionnaire I

JEAN

Edouard? oui... E a été bien mal!

VALKTTE.

Vraiment? Il va mieux ?

J EAN.

Oui! mais toi , voyons! je ne te demande pas de tes nouvelles

( Le regardant. )

VALETTE

Oui... tu ne me trouves pas maigri, hein? ne m'en parle pas; c'est mon seul chagrin !

JEAN

Oh I il n'est pas lourd

VALETTE

Eh! sil (ba», gaiement) cout cinquante-scpt ! et encore n'est-ce qu'à force de valser, cet hiver, que j'ai perdu huit livres I Ah! heureux les maigres!

JEAN

Bahl

Ça vieillit... J'ai Tair d'avoir dix ans de plus que toîl

JEAN

Gros fatl

VALETTE

Heureusement que j'ai le caractère jeune... et que j'ai su aussi oa'arrondir un peu sous d'autres rapports I

JEAN

Au fait, oui; j'ai appris cela : tu es dans les alliaires?

VALETTE

Jusqu'au cou.

JEAN

11 paraît que tu y as fait fortune.

VALETTE

Eh! eh! ça va bien! J'ai aujourd'hui trois cent mille francs h moi, et il y a un an, je n'avais rien !

JEAN

Peste ! Tu as gagné cela à la Bourse ?

VALETTE

Naturellement... — mais qui t'a appris?

JEAN

Mon oncle, qui me disait,hior,boaucoup de bien de toi !

VALETTE

Ah!

Oui , oui, il semble faire grand cas de ton habileté.

VALETTE

Il est très indulgent, c'est vrai, très bon pour moi... — et, m^n Dieu! puisqu'il est question de ton oncle...

JEAN , Tiremeni.

Ah! pardon si je t'interromps; mais,à propos d'oncle, je ne le parle pas du tien I

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