‹ Le duc Job: comédie en quatre actes et en proseChapitre 12 sur 104 · ACTE I, SCENE VIL fi · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE VIL fi

VAI.KTTE.

Du mien?

JKAN "^

C'est vrai ; je ne t'ai pas revu depuis ma visite militaire à C mieux...

VALETTE, uup«u troabM.

A Crémieux ?

JKAN

Chez ton oncle, à toi... Ton oncle Solié î

VALETTE

Tu le connaissais ?

JEAN

Non, mais je le connais, depuis un an environ ; pardieu! depuis mon départ pour TAfrique! Je voulais t' écrire de là-bas, mais, le lendemain de mon arrivée à Alger, notre bataillon se mettait en campagne.

VALETTE

Tu as VU mon oncle Solié à...

JEAN

A Crémieux ! Il ne te Fa pas écrit, non plus t

VALETTE

Non, mais...

JEAN

Oh ! mon cher, quel homme charmant !

VALETTE, à part.

En voilà une chance I

JEAN

Que je te conte donc cela. ( n le prend sons le bra». ) Imagine-toi que notre détachement, en garnison à Lyon, avait reçu ordre de s*acheminer par petites étapes jusqu'à Marseille, d'où nous devions nous embarquer pour l'Afrique. On nous avait, comme d'habitudo, éparpillés, sur les grandes routes pour gagner nos localités respectives; et, wn ma qualité de caporal, j'avais à faire loger quatra hommes et ton serviteur très humble dans un petit village du nom de Crémieux. J'en casai deux à une auberge de rouliers qui m*était désignée, et allai avec les deux autres sonner à la maison

d un M. Solié auquel échéait, de par M. le Maire, Tinsigne honneur d'abriter mon gaion. Une bonne grosse mère vint m'ouvrir.

VALETTE, à part.

Marianne.

Elle m'introduisit près du maître; et, pendant que mon amphitryon... de parla loi, examinait mes lettres de créance, je vis en face de moi, à la cheminée, une miniature qui te ressemblait beaucoup. J'allai droit à elle ; ton oncle vit le mouvement : — Eh bien, dites donc, caporal, fit-il en arrêtant sa lecture, ne vous gênez |Kis, hein ? J'ai encore là-bas des portraits de dames, si vous êtes amateur? — Pardon, Monsieur, lui dis-je; je croyais reconnaître un de mes camarades de collège... — Qui s'appelle?... — Henri Valette. — Vous connaissez mon neveu ? —Vous êtes son oncle? -— il y a apparence 1 — (Le fait est que mon mot était naïf! ) — Puis, regardant le billet de logement : « Le caporal de Rieux... » J'ai connu autrefois un marquis de Rieux... —C'est mon oncle! — Vous êtes son neveu? — J'avais grande envie de lui riposter : il y a apparence ; mais il ne m'en laissa pas le temps! — « Ah ! vous connaissez mon neveu ? /) — puis, allant et venant : Marianne! tu mettras deux couverts!... (Il me néglige!)... et les deux perdreaux, pour rôti! nous ferons demain une friture au curé, c'est plus orthodoxe! — puis, il me demanda bien vite de tes nouvelles. Je lui répondis qu'à un ir.ois de date, tu allais à merveille : « Bravo 1 me dit-il ! Moi, il y a plus d'un an que je ne l'ai vu... mais c'est jeune, et je ne lui en veux pas : je n'aurai à lui laisser après moi que cette bicoque... et il est ambitieux ! Aussi, je me résigne à l'aimer de loin... vous voyez... son portrait est là qui me regarde avec ses yeux bleus, ceux de sa mère que j'aimais tant! » — Je n'en finirais pas de te répéter tout ce qu'il me dit, durant cette demi-journée, de toi, de ta famille! Depuis, tu as eu de ses nouvelles? Comment va-t-il?

VALETTE

Mon anrî, je l'ai perdu...

JEAN

An ! mon Dieu I... Et quand cela, donc?

VALETTE

Il y a dix mois.

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