‹ Le duc Job: comédie en quatre actes et en proseChapitre 14 sur 104 · ACTE I, SCENE VU · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE VU

VALETTE, areo plus d'aplomb.

Mon cher, je n'avais pas le sou: depuis trois ans, commis au5 finances à 2,200 fr. ! Je rongeais mon frein; et, je l*avoue... en lisant ladite lettre... (je l'aimais toujours bien! mon oncle!) Mais dan«î!,.. mon premier mouvement fut : Je suis sauvé 1

JEAN, avec un sourire fin.

f l Ton dit qu'il est généralement bon !

VALETTE

(^uoi ! veux-tu que je mente ?

JFAN.

Oh ! non ! Sois franc, va ; avec moi surtout, et continue, (u s'assied pris de la table ; Valette s'assied aussi.)

Le matin même, je partais ; le lendemain, je lui rendais les derniers devoirs; et, deux jours après, je recevais du notaire de Grémieux avis qu'il avait acquéreur pour la maison et dépendances a 55,000 fr., contrat en main. C'était un prix très raisonnable, et j'acceptai, mais en convenant avec ces messieurs qu'on rempliraiï sans bruit les formalités relatives à la vente et à la succession ellemême, car voici le conseil que la nuit m'avait porté : 55,000 fr. venant tout bonnement de leur village, montant d'une petite succession, c'élait le fait banal et vulgaire; 55,000 fr., comme tous les autres, représentant chacun cinquante louis, et puis plus rien après ? Mais 55,000 fr. que l'on montrerait d'abord un à un... puis deux à. deux... puis quatre à quatre... comme le résultat journalier d'opérations habiles... comme la conquête de l'intelligence sur le terrain des affaires... quel aspect différent... quel autre capital? Comme chaque billet allait proclamer ma valeur et offrir à la galerie un appât précieux 1 Commences-tu à comprendre? Voyons, ne fronce pas le sourcil! Qu'avait voulu mon oncle en me laissant ces 55,000 fr. ? Qu'ils me fussent utiles! Eh bien, j'en allais décupler la valeur, voilà tout... et c'est ce qui arriva : « Ce diable de Va- « lette, è'écria-t-on bientôt, comme il va! 10,000 fr, depuis trois « mois! X\ est actif... (j'allais à la Bourse, l'air affairé, profond) t habilel (j*annonçaîs d'avance mon gain, je l'avais en poche;) et t discretl On ne sait jamais pour qui il opère... » (Je n'opérais

pas du tout.) Je fumais des cigares sous les colonnes, disant, çà et là, myslcrieusement bonjour à quelques gros bonnets de la finance, ce qui contribuait à m'accréditer comme faiseur sérieux... et des niïairos magnifiques, dans lesquelles on m'intéressa, m'arrivèrcnt bientôt de tous côtés; et les gros bonnets eux-mêmes commencèrent à me donner des ordres, genre d'affaires qui consiste en ceci : « Vendez! » On vend. « Achetez! » On achète... et ce qu*on gagne à faire ce balancier, c'est à ne pas le croire! — Ma foi, voyant l'effet, deux mois après je montrais 20,000 fr. : les ordres décuplèrent; trois mois plus tard, j'en lâchai trente, ils centuplèrent! Aujourd'hui, j'ai tout mis dehors... le feu y est! Je suis... posé! Tout est là! Posé, mon bon, épelle bien ce mot! Grâce à lui, j'ai à cette heure triplé mon capital et acquis une clientèle solide, importante, qui prélève annuellement pour moi, sur le simple mouvement de ses millions, un traitement de maréchal de France I Saisis-tu, maintenant? Ah ! quand, depuis des années, je demandais à tous les diables, en les tirant par la queue, la science et le secret des affaires, je savais bien qu'il ne me manquait pour m'élever que l'épaule du voisin, c'est-à-dire la confiance... sur laquelle en affaires le génie même a besoin de s'appuyer! J'avais le jarret, mais non le tremplin ! Eh bien, l'occasion est venue, et je m'en suis donné un. Jean, mon ami, tu me garderas le secret, hein?

JEAN, un peu bourru.

C'est bon, mon Dieu, n'aie pas peur... Ce n*est pas moi qui Is dirai, ton secret! Mais tes billets de faire part ont dû l'ébruiter?

VALETTE

Les billets?... Mon oncle ne connaissait personne..,

JEAN

Il m'avait nommé quelques amis.

VALETTE

Oh! quelques relations... et si peu que...

JEAN , TobscTTaot.

Que tu n'en as pas envoyé ?

VALETTE

Ça aurait, comme tu dis, appelé Tattention...

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