‹ Le duc Job: comédie en quatre actes et en proseChapitre 87 sur 104 · ACTE IV, SCÈNE VIIL · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE VIIL

LE MARQUIS

Que veux-tu dire?...

JEAN

Mon Dieu!... le voici : J'avais songé, ce matin, à m'appropricr quelques objets chers k Edouard, surtout dans la crainte que la négligence trop probable de son père ne les laissât passer aux mains des marchands et des juifs.

LE MARQUIS, à part, touolié.

Cette coïncidence!

JEAN

Ne trouvant pas dans ma chambre de quoi écrire au chancelier de Tunis, je descendis à la bibliothèque, et j*y étais depuis une demiheure, quand j'entendis M. David entrer avec Emma dans le petit salon voisin et lui demander si elle avait réfléchi au projet de mariage dont il Tavait entretenue, favant-veille ?

LE MARQUIS, à part.

Aïe! aïe!

JEAN

La porte était restée eutr*ouverte, masquée seulement par une légère tenture, et si j'avais été aussi vertueux que quelques amis veulent bien me le reprocher, je n'avais, je l'avoue, qu'à bouger pour leur signaler ma présence... mais je n'en eus pas le courage: Je ne tardai pas à en être puni. Son père parla d'abord de Valette, de ses gros bénéfices; bientôt» Emma hasarda timidement mon nom : je rends à mon oncle David cette justice que son langage fut parfait ; il finit même par ces mots que je n'oublierai de ma vie : « Maintenant, Emma, que je t'ai parlé en conscience, vois, décide... « je te laisse libre!...» 11 se fît un silence... qui me parut bien long !..• puis, elle répondit d'une voix indécise : «Merci, mon père... je verrai!... »

LE MARQUIS, àpari.

Didbleî,-

JEAN

Je verrai! Quand mon cœur battait à briser ma poitrine... et quand, à ces mots : « Je te laisse libre, » je me figurais qu'elle allait tout de suite...— brute, val (Mourement du marquu. ) Oh! elle ne m'aime pas, voilà tout... je le savais, je vous l'avais dit... Ce n'est

iîO LE DUC JOB.

pas sa l'aute !... N'en parlons plus!... Il est donc inutile que vous cherchiez à tuer son dernier cheval!... Elle en aura deux, quatre, qui la traîneront au bois, dans un bel équipage, oij elle sera charmante! et, sérieusement, je vous serai obligé, mon oncle, de ne

pas aller plus loin dans cette voie, (jeao, aprii lul arolr serré la main, ra t'assooir pris du guéridon, à gauob«.]

LE MARQUIS, à part, après un sil«nco.

Il a le cœur fier ! Lui dire maintenant qu'il est plus riche qu'elle, il ne voudra jamais se croire aimé!... il doutera toujours!... Moi qui m'imaginais que ce brave Lebrun, avec ses millions, arrivait là, à point nommé, comme dans les comédies! Vraiment, oui: ils gâteraient tout, à cette heure, — pourtant je suis sûr, qu'au fond,

Emma... — Ahl (n «st allë rers Jean, qu'U roit asds au guéridon, la tèlearroudie •ur sa maU, «t le Moniteur ourert derant lui.) Y a*t'il du UOUVeaU danS le

Moniteur?

JEAN

Hein?... Non... je ne voispas...

LE MARQUIS, qui s'est approché darantage.

Tu ne vois pas... je crois bien! Il est à l'envers!...

JEAN

Ah !.. . Tiens, c'est vrai ! . . . (ii le retourne. )

LE MARQUIS, après aroir souri à pari.

Voyons, Jean... Ne crains-tu pas de t'eicagérer un peu les choses?

JEAN

Moi ? NuHement...

LE MARQUIS

Je comprends ton mécompte! Le cœur va vite en besogne; et, sur un vague indice, le tien se croyait plus près du but; moimême, après tes confidences, je l'avais espéré; mais, que veux-tu, mon enfant, il ne faut pas se faire illusion ; tu ne lui as pas inspiré un amour... foudroyant, 13'est clair.

lEAN.

Foudroyant I

LE MARQUIS

Mais, que diable!... Tu ne tiens pas, j'imagine, à trouver en elle l'exaltation que sa beauté, sa grâce et le charme de toute «a personne ont pu faire naître en toi?

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