‹ Le duc Job, comédie en quatre actes et en proseChapitre 16 sur 103 · ACT1< I, SC|>NF, VII · texte numérisé non relu

ACT1< I, SC|>NF, VII

mais que nos meillours camararlos aillent s'y commettre... on se demande oîi on en est?... C'est terrible, ma parole !...-

VALETTE k part.

Maudit maire de Crémieux !

JEAN

Et ce qui m'agace encore... ce sont les riantes perspectives dont tu égaies le paysage... Te voilà avec ton capital triplé, quintuplé... et un traitement de maréchal !... Est-ce assez réussi, galant? Blâmez après si vous l'osez! (c'est là, mon bon, ce qui est atroce !)... — Au moins, avec des chenapans, la morale de la fable ne se fait pas attendre!... Le mal crée le mal : l'héritage raflé sans vergogne, va rouler dans l'orgie ; la maison des champs héberge les courtisanes; les joyaux de famille, la montre, la chaîne, les breloques du bonhomme s'enroulent en colliers, sur l'épaule des créatures!... C'est hideux, oui; mais on sait ce que c'est; ça ne trompe personne, ça a sa couleur, son nom... C'est le vice!.. Ça chante haut, ça se voit de loin... on s'en gare... et tout est dit ! Mais avec toi, ce n'est pas ça. Tu n'es pas vicieux, toi ; tu es un bon enfant, laborieux, rangé... n'aspirant qu'à te faire une position... honorable; à trouver quelque jour une bonne petite famille, qui te donne une bonne petite femme... avec une bonne... grande dot. Le tout, grâce à ta ruse ! c'est-à-dire que c'est à en faire prendre la mode! Et, en effet, la mode en prend! A voir ainsi le mal créer le bien, d'autres s'en mêlent... qui vous dépassent... et ça devient alors sur toute la ligne un trompe-l'œil général où le cynisme lui-même a ses délicatesses, où beau et laid, droit etbancroche s'accouplent en bâtardises pour créer un petit monstre malin... plus mauvais que les pires... gangrené et correct, noir au fond, gris à la surface... et même d'un gris tirant si bien sur le blanc, qu'on se demande à le voir si le corbeau n'est pas un'cygne!... - Mais, pardon ! Je deviens d'un bavard et d'un sérieux déplorables!... C'est l'existence des camps, vois-tu... L'habitude de vivre sur soi-même, seul, muet... on se rattrape!., et puis, vrai (lui serrant u main), je t'en ai peut-être voulu de ne pas m'avoir appris en son temps la mort de ce cher homme; je lui aurais donné sur l'heure un souvenir! tu sais, je suis un peu rêveur, moi... nullement pratique, comme tu dis : je me rappelais en t'écoutant la bonne soirée qu'il me fit passer à Crémieux, sous

son grand marronnier, en compagnie de ses meilleurs cigares... Eh bien, j'aurgis brûlé là-bas, sous un palmier, une pipe en son honneur... et qui sait si en montant avec la fumée de mon tabac, ma pensée ne l'eût pas croisé en route! N'en parlons plus, va... — Tiens, veux-tu une cigarette?...

VALETTE

Non, merci !... (un peu décontenancé.) Commcnt faire à présent?

JEAN

Pourquoi ?

Pour réparer le mal...

JEAN, souriant.

Oh! que veux-tu... la question n'est pas là... c'est fini!... une autre fois, si tu as une tante, tu seras moins... réservé!...

VALETTE, naïvement.

Je n'en ai pas...

JEAN, gaiement.

C'est fâcheux !

VALETTE

Mon brave Rieux... tu me garderas le secret, hein?...

JEAN

Oui, oui, sois tranquille : la cour te blâme, mais ça ne t'empêchera pas de conduire ton fiacre! et c'est l'important, hein?

VALETTE

Non, mais tu en comprends les conséquences? Un seul mot pourrait briser...

JEAN

Le tremplin.

VALETTE

Sérieusement... je t'en prie...

» JEAN

Sérieusement, dors en paix avec moi : un secret n'a pas besoin d'être respectable pour être respecté.

Merci! c'est très-délicat... très-joli ce que tu dis-là!..

Page 1