DAVID, MADAME DAVID, EMMA, JEAN, ACHILLE, VALETTE
VALETTE, à part.
Il est parti... Je respire!
ACHILLE
Eh bien, ma mère, si vous permettez, je fais une proposition : c'est d'aller là, sous le quinconce. Il y fait frais; il y a une toupie hollandaise, et nous ferions une poule... (àjean) en fumant.
EMMA
Ah! oui, une poule!
MADAME DAVID
Pleine liberté... Mais moi, je reste. Le bruit de votre toupie hollandaise me donne mal à la tête pour toute la journée.
42 LE DUC .lOB.
DAVID, qui s'est levé.
C'est cela, allez : mais, après, on me conduira à la glacière, où j'ai à inspecter mes travaux; car c'est bien le moins qu'on se donne la peine de visiter un peu une charmante rotonde pour laquelle je me ruine...
Oui, papa!
ACHILLE, présentant son porto-cigares à Valette.
Valette... tiens... Eh bien, qu'est-ce que tu as?
VALETTE
Rien!
ACHILLE, offrant à Jean.
Jean !...
JEAN, roulant une cigarette.
Merci... j'aime mieux le caporal.
EMMA
Vous voulez bien, maman, que je joue aussi?
MADAME DAVID
Miss Brown n'est pas là.
Pardon! elle y est précisément assise... (uegardant à droite au dehors.) Voyçz...
MADAME DAVID
Alors, soit; mais ne t'échaulTe pas.
EMMA
Non, non... merci! (tlle l'embrasse.)
MADAME DAVID
Jean, je te la recommande. '
Oui, ma tante.
E M M A , sortant avec lui .
Oh! ce mentor!
JEAN, s'e:! allant.
Vous ne fumez donc pas, mon oncle?
DAVID
Je n'ai jamais pu, mon ami.
ACTK 11, SCÈNE III. 43
Ail! riioinme n'est pas né parfait.
SCÈiNE III.
DAVID, MADAME DAVID
DAVID, à part.
A propos, j'ai oublié de demander à ma femme ce que Jean lui a répondu. (Haut.) Eh bien! tu lui as parlé pendant j'étais au chemin de fer?
MADAME DAVID, ua peu embarrassée.
A Jean? Oui.
DAVID
C'est vrai?
MADAMt: DAVID.
DAVID
Il a pris 40,000 fr. chez son notaire ?
MADAME DAVID
Oui.
DAVID
Tu vois ! Et qu'en a-t-il fait ?
M AD A M E DAVID
C'est un secret...
DAVID
Un secret de jeu... de dettes?
MADAME DAVID
Non !
DAVID
Quand je te dis que ce garçon-là est impossible!...
MADAME DAVID
Mon Dieu! je ne puis te rien répondre ; je lui ai donné ma parole de me taire ; mais je t'assure qu'il serait bien injuste d'accuser pour ce fait sa conduite ou son cœur.
DAVID
Son cœur... je ne l'accuse pas, et sans avoir besoin de rien connaître; c'est un brave garçon que j'apprécie, mais sa conduite, c'est autre chose; je l'accuse... et très-fort: on ne traite pas ainsi à la légère un patrimoine qui est un dépôt dont la garde oblige , et non une valeur aux ordres de nos fantaisies ! Ce qui nous donne à nous autres pères le courage de l'amasser, c'est la pensée d'abriter notre enfant contre les soucis de la vie... et le détourner de ce but, c'est blesser de grands sentiments, pour en servir de moindres.
MADAME DAVID
Il y a là, sans doute, beaucoup de vrai, mon bon Louis; mais, il faut le dire à l'excuse de Jean, son père s'est plus occupé d'exalter dans son cœur les nobles élans que les vertus prudentes : le patrimoine de la maison n'était pas pour mon frère dans ces deniers de la famille, si respectables qu'ils soient! Les perdre avec honneur n'exposait chez nous personne au reproche, car les nôtres, à tort ou à raison, en ont toujours fait peu de cas... y compris mademoiselle Jeanne de Rieux, qui s'en accuse... (prônant la main do son mari) et qui, en épousant M. Louis David, a été beaucoup plus attirée vers lui par ses bonnes qualités... que par son demi-million ! {David, en souriant, lui embrasse affectueusement la main.) LaisSOIlS donC
là ce pauvre Jean, digne fils son père, le duc Job, et arrivons à un point sur lequel je voulais appeler ton attention.
DAVID
Qu'est-ce, ma chère amie ? Parle.
MADAME DAVID
Il s'agit de M. Valette.
DAVID
Ah!
MADAME DAVID
Ne crains-tu pas que ton accueil depuis quelque temps, et certaines paroles que tu auras sans doute laissé tomber sans importance ne lui fassent supposer de ta part des dispositions... plus particulièrement bienveillantes qu'elles ne le sont, je crois?
Par rapport...