ACTE III, SC|>NE VT
pas oublié!... Chère petitel... (voyant quu ne ma„ge pM. ) Eh bion , est-ce que tu ne la trouves pas bonne?
JEAN, Tivement.
Moi ?
LE MARQUIS, gaiement.
La salade!... Tu t'arrêtes...
JEAN, embarrassé.
Non... pour boire... (nboit.)
LE MARQUIS
Ah! —Oui, ce mouvement m"a fait plaisir... parce que, je l'avoue, j'ai quelquefois peur qu'avec les meilleures intentions du monde, son brave père, bon homme au fond, ne lui repasse aussi quelquesuns de ses travers; il peut déjà saluer son œuvre dans la personne d'Achille... qui, lui, résistera à bien des chocs, parce qu'un homme, c'est dur!... Tandis qu'avec ces petites pâtes tendres, un mauvais pli serait terrible!...
J E A X , vivement.
Oh!... je ne crois pas que ce soit à craindre!...
LE MARQUIS
Tant mieux! ça me ferait irop de peine!... C'est ma filleule, d'abord ; et puis, vrai, elle est charmante!...
JEAN, à part.
Ah! oui!...
LE MARQUIS
Franche, spirituelle!...
JEAN, laissant sa fourchette.
Ah!...
Ah! ça, décidément, tu ne la trouves pas bonne?
JEAN, vivement.
Moi!...
LE MARQUIS
La salade!... Tu la laisses...
Non!... Pour boire... (n boit).
UE MARQUIS
Ah! bien, oui ; mais prends garde!... il est capiteux !...
JEAN, déjà un peu troublé.
Oh! j'ai la tMe forte!...
LE MARQUIS
Alors... attends : à sa santé!
J EAN , avec élan.
Ah! oui!!!... (Ua saisi vivement son verre, pais s'arv.'tc, sentant qu'il vient de se trahir, et baisse les yeux, tout penaud. )
LE MARQUIS , le regardant; à part.
■ Tiens ! tiens ! ( n sourit a-abord, puis devient plus sérieux en l'observant, et en voyant le regard de son neveu traduire un sentiment plus profond qu'il ne s'y attendait. Après un assez lonç silence, il prend son verre. Le lui présentant) : bll DieU,
Jean, trinquons?
Oui , mon oncle ! (jean prend le sien, le choque k celui du marquis, et le boit lentement; après quoi il le pose, et reprend sa contenance un peu gi-^née. )
LE MARQUIS, après en avoir fait autant, se rapprochant un peu de lui , et lui prenant doucement la main.
Ah! ça, mais!... Tu l'aimes donc?
JE AN , s'abandonnant.
Comme un fou!... Je n'en puis plus!... C'est absurde!
LE MARQUIS
Absurde... Pourquoi donc ça?
JEAN
Parce qu'elle ne m'aime pas, parlileu!...
LE MARQUIS
Mais, si!...
.1 EAN.
Oh ! d'amitié, oui... mais...
LE MARQUIS
Bah! qui sait?...
JEAN
Moi, je le sais!... Ça se sent bien!... et elle a raison...
LE MARQUIS
l*;irc(' (lue?
ACTR ITT, SCKNE VT. 70
JR AN.
Parce que, d'abord, son [«'mp ne voudra il pas do moi.
Il refuserait de. faire ûo sa fille une duches-;e de Rieux?
JEAN
Il se moque bien d'un nom.
LE MARQUIS
Oui, c'est vrai, je le sais... et je l'en estime presque : ne juijeant pas d'assez haut pour en avoir l'ori^ueil... il n'en a pas, du moins, la vanité béte. Mais la marier à un homme comme toi!...
JEAN
Oh! un homme comme moi, mon bon oncle, n'est pas ce qu'il lui faut, et je crois qu'il a déjà fait son choix...
LE MARQUIS
I^ah!... Oui?
JEAN
Un de mes anciens camarades, Valette.
LK MARQUIS
Ah ! le gros Valette?
JEAN
Qui est aussi dans les affaires.
LE MARQUIS
Et ma sreur, qu'est-ce qu'elle en dit?
JEAN
Je crois qu'elle dit oui!...