DAVID, LEBRUN, MADAME DAVID, ACHILLE, VALETTE, JEAN, EMMA
Au lever du rideau, David, assis à la taldo de gauche, parcourt un ac<e : Lebrun est assis en face de lui; Emma est au piano à droite, où elle joue une valse, pendant qu'un domestique dispr'Sfi quelques tasses sur une petite taMi-, à droite de la véranda du fond; Achille est debout, au fond, près de madaa:e David, Valette est debout près d'Emma, et Jean est assis sur le cana[é, à droite.
MADAME DAVID, au fond, au domestique.
Apportez la cave à liqueurs; si ces messieurs en veulent...
Et mon porte-cigares que j'ai oublié... — (a Valette.) Après déjeuner...
DAVID
Ah! çà, il est bien entendu, mon cher monsieur Lebrun, que j'entre, dès après-demain, dans mon droit de chasse.
LEBRUX.
J'en ai fait mettre la clause très-expresse sur l'acte même.
DAVID
Ah! — du reste, vous chassez jeudi avec nous; et je vous préviens que si on nous dresse procès-verbal.
LEBRUN, souriant.
Je le prends à mon compte. Mais lisez ici : article 4.
VALETTE
Dieul que celle valse de ShulofT est jolie!,., et jouée!... Ah!
JEAN, crispo.
Ah!
EMMA
C'est très-aimable; mais on ne cause plus... c'était convenu! Si on a l'air de m'écouter, je m'arrête.
VALETTE
Non, non, mademoiselle, nous causons! Parle donc, Jean!
Parle, toi !
VALETTE
J'écoute!
JEAN
Et moi aussi!...
LEBRUN, regardant Valette.
Je ne me trompe pas...
MADAME DAVID
Calme-toi, Emma... voici le café! Un bon dérivatif... Quand il ' est bon. — Monsieur Valette?
VALETTE
Madame... (u Ta à eiie.)
MADAME DAVID
Emma, viens m'aider.
EMMA
Oui, maman.
JEAN, à Emma qui quitte le piano.
Ah! pas encore!
EMMA, passant pr&s de lui.
Tu es donc toujours fou de musique?
JEAN
Plus que jamais I
Emma! viens donc.
EMMA
Oui, maman. CsUe ya auprès de sa DiCre.)
ACTF H. SCÈNE l, 39
JEAN, k Achille, doscen'lu à sa droite.
Kt toi, tu on fais toujours beaucoup?
ACHILLE
De la musique?... Il y a un an que je n'ai ouvert mon piano!... J'ai la musique de la corbeille, à la Bourse, sur le coup d'une heure : (criant) à 30... 60... 80! tu ne connais pas cette musique-là?
JEAN, se levant.
Si! si!... mon notaire m'a fait, un jour, traverser votre grand bazar, pour aller signer quelque chose en haut.
ACHILLE
Un transfert?...
JEAN
C'est ça !... j'ai cru qu'il venait d'y entrer un dix-cors^ avec une meute à ses trousses.
ACHILLE
Eh bien! la mélodie r.e manque pas de charme, (u remonte près de
madame David.]
JEAN
Dans les bois...
LEBRUN, à part, se levant.
Eh! oui, bien sûr. (Haut.) Pardon, monsieur de Rieux... Ce jeune homme... ce gros monsieur... n'est-il pas M. Henri Valette ?
JEAN
Parfaitement.
LEBRUN
Ah! c'est cela, je l'ai connu : vous seriez bien aimable de me le présenter.
JEAN
Comment donc, monsieur! (Appelant.) Valette!
VALETTE
Mon ami !
LE BR UN, à Jean.
J'ai connu son oncle... monsieur Soliél
JEAN, à part.
Aïel Aïel
VALETTE, Tenant à Jean.
Qu'est-ce ?
JEAN
C'est M. Lebrun, notaire, qui me prie de te présenter à lui. (n
remonte au fond près de madame DariJ.)
VALETTE, saluant.
Enchanté...
LEBRUN
Veuillez nn'excuser, monsieur; mais je n'ai pas voulu me trouver ici avec vous, sans vous dire que j'ai connu, autrefois, votre excellent oncle... M. Solié...
VALETTE, à part.
Hein!!! lui aussi?... (Haut.)Ah! monsieur... vous avec connu....
LEBRUN
C'était un grand ami de mon ancien patron, M* Riboulet, notaire à Crémieux.
VALETTE, à part.
Allons, bon!...
LEBRUN
Je vous ai vu chez lui, il y a un an, pour la vente de la petite maison...
VALETTE, Tivement.
Ah! oui, je me rappelle, (a. pa'rt.) Pourvu qu'il n'aille pas...
LEBRUN
Il vous aimait bien !
JEAN , à part.
Tendons-lui la perche, (naut à Valette.) Ma tante demande si tu veux de l'anisette?
VALETTE
Moi? non... oui... merci! Ravi, monsieur, d'avoir eu l'honneur
de... (U le salue et le quitte.)
LEBRUN
Comment, monsieur, c'est moi que...
ACTK 11, SCLiMî II. 41
JEAN, à part, Bouriant.
Non... c'est lui qui... («as à vaiette.) Tu n'as pas trouvé le café
bon? Ta tasse est pleine... (lU remontent au fond.) DAVID, à Lebrun.
Voici... Tout est signé.
LEBRUN
RIille grâces : je vous demande pardon, maintenant, si je m'csqui\*e bien vite, il faut que je sois à Ghartres,avant une heure.
MADAME DAVID
Ne voyez-vous pas mon frère, demain ?
LEBRUN
Je lui porte, avant déjeuner, son quartier de rente.
MADAME DAVID
Veuillez lui dire que j'ai reçu sa lettre, et que nous Le verrons ces jours-ci, s'il ne peut venir jeudi, comme nous le désirons bien.
LEBRUN
Je n'y manquerai pas, madame, (u s'esquive discrètement par u gaucho,
pendant que Ces messieurs font groupe au fond.)