ACTE 111, SCÈNE \ I. "H
pas oublié!... Chère petite!... (voyant quii no mange pa..) Eh bien, est-ce que tu ne la trouves pas bonne?
JEAN, Tivement.
Moi?
LE MARQUIS, gaiomon
La salade!... Tu t'arrêtes...
JEAN, embarrassé.
Non... pour boire... (u bou )
LE MAKQUIS.
Ah! —Oui, ce mouvement m'a fait plaisir... parce que, je l'avoue, j'ai quelquefois peur (ju'avec les meilleures intentions du monde, son bra\e père, bon homme au fond, ne lui repasse aussi quelquesuns de ses travers; il peut déjà saluer son œuvre dans la personne d'Achille... qui, lui, résistera à bien des chocs, parce qu'un homme, c'est dur!... Tandis qu'avec ces petites pâtes tendres, un mauvais pli serait terrible!...
JEAN, Tivement.
Oh!... je ne crois pas que ce soit à craindre!...
LE MAllQUIS.
Tant mieux! ça me ferait trop de peine!... C'est ma filleule, d'abord ; et puis, vrai, elle est charmante!...
JE AN , à part.
Ah! oui!...
LE MARQUIS
Franche, spirituelle!...
JEAN, laissant sa fourchette.
Ahl...
LE MARQUIS
Ah! ça, décidément, tu ne la trouves pas bonne?
JEAN, vivement.
Moi!...
LE MARQUIS
La salade!... Tu la laisses...
JEAN
Non!... Pour boire... (n boi»).
LE MARQUIS
Ah! bien, oui ; mais prends garde!.., il est capiteux!...
JEAN, déjà un peu troublé.
Oh! j'ai la tête forte!...
LE MARQUIS
Alors... attends : à sa san(é!
JE AN , iTec élan.
Ah! oui!!!... (lla saisi Tlvement son verre, puis s'arrête, sentant qu'il Tient de se trahir, et baisse les yeux, tout penaud. )
LE MARQUIS, le rcfrardant; à part.
Tiens 1 tiens! (n sourit d'abord, puis devient plus sérieux en l'observant, et en voyant le refrard do son neveu traduire un sentiment 'plus profoni qu'il ne s'y attendait. Après un assez lonç silence, il prend son verre. Lo lui présentant) : llh Dien,
Jean, trinquons?
JEAN
Oui, mon oncle! (jean prend le sien, le choque à celui du marquis, et le boit Icnfeinent; après quoi il le pose, et reprend sa contenance un peu gênée.)
LE MARQUIS, après en avoir fait autant, se rapprochant un peu de lui > et lui prenant doucement la main.
Ah! ça, mais!... Tu l'aimes donc?
JEAN, s'abandonnant.
Comme un fou!... Je n'en puis plus!... C'est absurdcl
LE MARQUIS
Absurde... Pourquoi donc ça?
JEAN
Parce au'elle ne m'aime pas, parbleu!...
LE MARQUIS
Mais, si!...
Oh !. d'amitié, oui... mais...
LE MARQUIS
Bah! qui sait?...
JEAN
Moi, je lésais!... Ça se sent bien!... et elle a raison...
LE MARQUIS
Parce que?
ACTK III, SCJ:NF. VI. '79
JEAN
Parce que, d'abord, son pore ne voudrait pas do moi.
LE MAR QUI s.
Il refuserait de faire de sa fille une ducliesse de Ricux?
JEAN
Il se moque bien d'un nom,
LE MARQUIS
Oui, c'est vrai, je le sais... et je l'en estime presque : ne jugeant pas d'a-^soz haut pour en avoir l'orgueil... il n'en a pas, du moins, l;i vanité bête. Mais la marier à un homme comme toi!...
JEAN
Oh! un homme comme moi, mon bon oncle, n'est pas ce qu'il lui faut, et je crois qu'il a déjà fait son choix...
Dah!...Oui?
JEAN
Un de mes anciens camarades, Valette.
LE MARQUIS
Ah! le gros Valette? ^
JEAN
Qui est aussi dans les affaires.
LE MARQUIS
Et ma sœur, qu'est-ce qu'elle en dit?
JEAN
Je crois qu'elle dit oui!...
LE MARQUIS
Et Emma?
JEAN
Je crois qu'elle ne dit pas non!...
LE MARQUIS
Aïe ! aïe !
JEAN
Au fait, e'ie aura avec lui une voiture qu'elle n'aurait pas avec moi; les mêmes toilettes que ses amies, le même train de vie et de maison... ce à quoi elle tient beaucoup, elle ne s'en cache pas...
J'avais donc raison do craindre que son cœur...
JEAN, pénétré.
Non, mon oncle! Oli! son cœur... je ne suis pas bien fort; mais j'ai i'instincl que le jour où elle aimerait... son cœur ferait grand i\ de tout cela!... Et c'est bien parce qu'elle a pu me dire en face qu'elle y tenait que je n'ai pas demandé deux fois mon compte!... Wais d'ici là, que voulez-vous? elle se nourrit de la cuisine paternelle... et vous savez que son père est pour le solide... Oh! le solide!... Sont-ils fiers quand ils ont lâché ce grand mot, sonnant creux dans leur bouche comme une vieille guimbarde! Solide... (s'auimant.) Qiiol, solldc?... Qu'cst-cc qui est solide? Les Bonnard? Ce n'est donc pas solide, ça?... (ii se frappe lo cœur.) C'est révoltant, ma parole ! — A votre santé !
LE MARQUIS
Merci... mais prends garde!
JEAN
Avec leur fortune!... Que diable! c'est une très-bonne chose... si elle reste derrière, pour verser le sauterne. atteler la voilure... et faire... tout ce qui concerne son état!... Eux, font de la servante la maîtresse du logis... ils se doivent à leur 'argent... qui les fait valeter à droite, à gauche... et, au lieu de mettre les écus dans leur poche, ce sont les écus qui les fourrent dans leur sac! Voyons, ça n'est pas écœurant de bêtise?-
LE MARQUIS
Oui... vrai fils de ton père! Mais ne t'anime pas trop 1
JEAN
Oui, je suis le fils de mon père... (prenant la main du marquis) Ct lo
neveu de mon oncle, je m'en vante!... et à votre santé!... Ça me fait penser que je n'y ai pas encore bu 1...
LE MAR&UIS, à part.
Il ne fait que ça... (Haut.) Prends garde, mon ami.
Oh ! j'ai la tête forte !... — solide!. ..(Montrant son Terre plein de tauterne.)
Ce n'est pas du solide, ça... c'est du liquide... et du fameux !..