‹ Le Duchesse de la Vaubalière, drame en cinq actesChapitre 14 sur 46 · LES TROIS SEIGNEURS · texte numérisé non relu

LES TROIS SEIGNEURS

Eh! bonjour, La Vaubalière!

(Dargenville s'incline.) LE DUC.

Bonjour, Clairvault; bonjour, Sabran; bonjour, Saint-Aignan. {Saluant,) Monsieur Dargenville, j'ai bien l'honneur; et par quel hasard l'élite de la iioblesse...et la plus grosse tète de la finance viennent-elles faire irruption dans le château d'un pauvre reclus ?

SAIIVT-AIGNAN.

Nous venons, mon cher, te prier de recevoir nos félicitations.

DARGENVILLE.

Nos coinplimens sincères.

Et que m'est-il donc arrivé de si singulièrement heureux depuis hier matin que je suis absent de la cour ? . . . De quelle fortune le destin a-t-il jugé à propos de gratifier mon faible mérite ?

SAINT-AIGNAN

Tu épouses, dit-on, une femme adorable.

DARGENVILLE.

Une des plus riches héritières de France.

LE DUC

La plaisanterie est ravissante !

SAINT-AIGIVAN.

Ce matin , au petit lever du Palais-Royal... Noce a parlé à tout le monde de ton mariage avec la marquise de Lubersac... comme d'une chose arrêtée . . . conclue .... tous tes créanciers y croyent.

CLAIRVAULT.

Ce pauvre Caylus en était tout triste , tout déconfit... La duchesse de Berry a boudé son père. . . et Ravannes prétend qu'en faveur de ce mariage .... tu seras fait clievalier des ordres. LE DUC , leur prenant la main.

Merci, merci, mes bons amis, de votre empressement à venir m'annoncer une nouvelle , à laquelle il ne manque que d'être vraie pour êtie fort agréable.

SAIÎMT-AIGNAN.

Mais tu fais ta cour à la marquise ?

DAUGENVILLE.

Vous rendez des soins à sa f^iriune ?

CLAIRVAULT.

Tu es dans les bonnes grâces de la famille ?

LE DUC

Eh! certainement!... j'adore la marquise!... je suis fou de sa fortune... Et quand elle n'aurait pas celle grâce qui captive.... qui révèle sa haute origine , je n'en serais pas moins le plus amoureux de ses chevaliers!... Mon nom, mon rang, mon titre... sont des avantages qui m'ont toujours persuadé que la balance pencherait un jour de mon côté... Je l'espère , je le crois ; mais.... je n'en suis pas encore anivé à la certitude.

SAÏNT-AIGNAN.

Si je te disais de quelle bouche je tiens la nouvelle de ton mariage. ... tu commanderais à Brossin tes habits de noces.

DARGENVILLE.

Moi, je n'y mets pas tant de mystère.... je l'ai appris chez la Desmares, de la Comédie- Française.

CLAIRVAULT.

Moi , je l'ai su par la petite Florence , de l'Opéra.

SATNT-AIGNAÎM.

Et moi!... c'est M"''' deParabère qui m'en a fait confidence.

LE DUC , à part.

Tous ces bruits-là viennent de la même source.

SAINT-AIGEVAN.

Je parie mille louis... à prendre dans la caisse de Dargenville, que la journée ne se passera pas sans que tu en sois positivement informé par un message du régent.

CLAinVAULT.

Qui sait? peut-être par le régent lui-même, car le prince a commandé ses équipages.

LE DUC

Oui!..eIi bien! va pour mille louis... à prendre dans la caisse de M. Dargen ville.

DARGENVILLE.

Je suis la bourse commune... n'importe celui qui gagnera...

LE DUC

C'est vous qui perdrez.

DARGEN VILLE.

J'y consens. (Aooîoo basse au duc.) Mais sous une condition...

LE DUC , aussi à voix basse.

Laquelle ?

SAINT-AÏGIVAN.

Des secrets!., ah! oui, M. Dargen ville nous a prévenus

qu'il avait à traiter avec toi d'une affaire majeure d'un

marché d'or!... Nous te laissons., nous allons parcourir tes* jardins., ton parc.

LE DUC , à part.

Pourvu qu'ils ne se dirigent pas vers le pavillon où elle est. (HauL) Allez, allez, messieurs, je vous retiens pour dîner.

SAINT-AIGNAN

Et après le Champagne, nous te ramenons à Paris.

(Ils sortent tous trois. )

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