SCÈNE Y
LE DUC , DARGENVILLE.
LE DUC
Voyons, monsieur Dargenville, quelle est cette condition ?
DARGENVILLE.
Monsieur le duc me doit tant argent prêté en son
nom, qu'argent prêté à lui-même...
LE DUC
Mais je vous ai dit cent fois que ces choses-là ne me regar-* daient point... adressez-vous à mon homme d'affaires... DARGENVILLE , souriant.
Qui n'a jamais d'argent.
LE DUC
Eh bien ! alors, qu'est-ce que vous demandez ?
DARGENVILLE.
Je ne demande rien.
LE DUC
Cet original de Dai gen ville. . . il débute toujours d'une façon effrayante, et au demeurant c'est le meilleur de nos partisans.
DARGEIVVILLE.
Quand on se marie, d'ordinaire on se range.
Ce n'est pas d'obligation.
DARGENVILLE .
M'^^ Quinault va être désolée... de ce qu'elle appellera votre infidélité.
LE DUC
Est-ce que vous auriez la prétention de la consoler ?
DARGENVILLE.
Pas directement... mais indirectement.
LE DUC
Regardez-vous donc.
DARGENVILLE.
J'ai l'habitude de me voir: ça ne me fait plus d'effet.
LE DUC
Et M^^^ Quinault sait-elle que vous avez des prétentions à lui plaire ?
DARGEÎMVILLE.
Monseigneur., elle sait que je sjjisfort riche I LE DUC.
Et vous prenez cela pour des espérances?
DARGENVILLE.
Les dames de la plus haute distinction m'ont accoutumé à ne jamais désespérer.
LE DUC
Comment donc. . de l'esprit î . . .
DARGENVILLE.
En portefeuille.... au service de votre seigneurie.
LE DUC
Enfin, jusqu'à présent, je ne vois pas encore..
DARGENVILLE.
Ah! Monsieur le duc, celte petite Quinault me tourne la tête.
LE DUC
Je vous croyais attaché au char de M"^'^ de Tencin ?
DARGENVILLE.
Il est vrai, monsieur le duc... que cette dame s'était éprise pour moi de la passion la plus... la plus... je cherche le mot.
LE DUC
La plus extraordinaire.
Archives de la Ville de Bruxelles ArchiefvandeStadBrussel
DARGEXVÏLLIi:.
Oui, la plus extiaordinaiie.
LE DUC
Et comment êtes-vous parvenu à l'en guérir?
DARGENVILLE.
Je lui ai confié que j'étais ruiné .. et elle m'a fait l'amitié de le croire... Mais vous le savez, vous, monsieur le duc, jamais fortune ne fut plus brillante, plus solide que la mienne.
Eh! eh !.. vous prêtez beaucoup aux grands seigneurs.
DARGENVILLE.
Je ne compte pas cet argent-là dans mon actif... et pour vous en convaincre... j'anéantis, le lendemain de votre mariage avec M™® la marquise de Lubersac, les deux cent mille francs de titres que j'ai à vous... sous la condition...
LE DUC
Ah ! nous y revenons !
DARGENVILLE.
Sous la condition que votre seigneurie rompra toutà-fait avec la charmante, l'adorable Quinault... et me permettra de déposer aux pieds de cette actrice inimitable... un château, deux châteaux,~trois châteaux...
(On fait beaucoup de bruit. ) LE DUC.
Eh î mais d'où vient ce mouvement, ce bruit ?
DARGEIXVILLE.
C'est un bruit fort indiscret qui vient me couper la parole !
UN DOMESTIQUE , entrant.
Monseigneur, M. le régent de France entre à l'instant dans le château.
LE DUC
Le régent I
DARGENVILLE.
Vous êt€S marié !.. vous avez perdu, je paierai.
Courons au-devant de lui.
(Au moment oîi il s'y dispose, ou voit entrer, avec l'escorte du duc , les pages , les gentilshommes des scènes prece'dentes.)
UN PAGE , annonçant.
Le régent !