‹ Le Duchesse de la Vaubalière, drame en cinq actesChapitre 15 sur 46 · SCÈNE Y · texte numérisé non relu

SCÈNE Y

LE DUC , DARGENVILLE.

LE DUC

Voyons, monsieur Dargenville, quelle est cette condition ?

DARGENVILLE.

Monsieur le duc me doit tant argent prêté en son

nom, qu'argent prêté à lui-même...

LE DUC

Mais je vous ai dit cent fois que ces choses-là ne me regar-* daient point... adressez-vous à mon homme d'affaires... DARGENVILLE , souriant.

Qui n'a jamais d'argent.

LE DUC

Eh bien ! alors, qu'est-ce que vous demandez ?

DARGENVILLE.

Je ne demande rien.

LE DUC

Cet original de Dai gen ville. . . il débute toujours d'une façon effrayante, et au demeurant c'est le meilleur de nos partisans.

DARGEIVVILLE.

Quand on se marie, d'ordinaire on se range.

Ce n'est pas d'obligation.

DARGENVILLE .

M'^^ Quinault va être désolée... de ce qu'elle appellera votre infidélité.

LE DUC

Est-ce que vous auriez la prétention de la consoler ?

DARGENVILLE.

Pas directement... mais indirectement.

LE DUC

Regardez-vous donc.

DARGENVILLE.

J'ai l'habitude de me voir: ça ne me fait plus d'effet.

LE DUC

Et M^^^ Quinault sait-elle que vous avez des prétentions à lui plaire ?

DARGEÎMVILLE.

Monseigneur., elle sait que je sjjisfort riche I LE DUC.

Et vous prenez cela pour des espérances?

DARGENVILLE.

Les dames de la plus haute distinction m'ont accoutumé à ne jamais désespérer.

LE DUC

Comment donc. . de l'esprit î . . .

DARGENVILLE.

En portefeuille.... au service de votre seigneurie.

LE DUC

Enfin, jusqu'à présent, je ne vois pas encore..

DARGENVILLE.

Ah! Monsieur le duc, celte petite Quinault me tourne la tête.

LE DUC

Je vous croyais attaché au char de M"^'^ de Tencin ?

DARGENVILLE.

Il est vrai, monsieur le duc... que cette dame s'était éprise pour moi de la passion la plus... la plus... je cherche le mot.

LE DUC

La plus extraordinaire.

Archives de la Ville de Bruxelles ArchiefvandeStadBrussel

DARGEXVÏLLIi:.

Oui, la plus extiaordinaiie.

LE DUC

Et comment êtes-vous parvenu à l'en guérir?

DARGENVILLE.

Je lui ai confié que j'étais ruiné .. et elle m'a fait l'amitié de le croire... Mais vous le savez, vous, monsieur le duc, jamais fortune ne fut plus brillante, plus solide que la mienne.

Eh! eh !.. vous prêtez beaucoup aux grands seigneurs.

DARGENVILLE.

Je ne compte pas cet argent-là dans mon actif... et pour vous en convaincre... j'anéantis, le lendemain de votre mariage avec M™® la marquise de Lubersac, les deux cent mille francs de titres que j'ai à vous... sous la condition...

LE DUC

Ah ! nous y revenons !

DARGENVILLE.

Sous la condition que votre seigneurie rompra toutà-fait avec la charmante, l'adorable Quinault... et me permettra de déposer aux pieds de cette actrice inimitable... un château, deux châteaux,~trois châteaux...

(On fait beaucoup de bruit. ) LE DUC.

Eh î mais d'où vient ce mouvement, ce bruit ?

DARGEIXVILLE.

C'est un bruit fort indiscret qui vient me couper la parole !

UN DOMESTIQUE , entrant.

Monseigneur, M. le régent de France entre à l'instant dans le château.

LE DUC

Le régent I

DARGENVILLE.

Vous êt€S marié !.. vous avez perdu, je paierai.

Courons au-devant de lui.

(Au moment oîi il s'y dispose, ou voit entrer, avec l'escorte du duc , les pages , les gentilshommes des scènes prece'dentes.)

UN PAGE , annonçant.

Le régent !

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