‹ Le Duchesse de la Vaubalière, drame en cinq actesChapitre 16 sur 46 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

LE REGENT, LE DUC, SABRAN, CLAIRVAULT, SAINT- AIGNAN, DARGEN VILLE, Gentilshommes, Pages, Valets.

LE REGE]\T, au.r personnes flans la coulisse. Messieurs, messieuis. . . qu'on ne maltraite point cet homme, qu'il soit gardé à vue... je veux l'interroger moi-même.

LE DUC

Grand Dieu ! comme votre altesse est émue I

le régent.

Ce n'est rien. Depuis ma sortie du Palais-Royal, j'ai été suivi par un homme dont les yeux hagards , la parole brève et saccadée, ont inspiré quelques craintes à mes gardes , qui l'ont éloigné de ma personne. Je l'avais peidu de vue et je m'en croyais délivré. . lorsqu'à l'entrée de la forêt il a reparu de nouveau... les traits renversés, les habits en désordre... il a couru vers moi et s'est élancé^ à la tête de mon cheval... Au cri d'effroi jeté par le groupe qui m'environnait , cet homme , épuisé de fatigues, est tombé... et j'ai eu beaucoup de peine à empêcher que , dans l'ardeur qui les animait , mes gentilshommes ne l'immolassent à ma sûreté.

le duc.

Mon prince, si cet homme avait de mauvais "desseins ? si c'était quelqu émissaire du comte de Laval?.. le régent. Nous saurons tout cela plus tard. {A la Vauhalïère,) Mon cher duc , je ne suis venu ici que pour vous.

LE Dî C.

Votre altesse est trop bonne.

LE RÉGENT

Le vent tourne de votre côté. . , J'ai fait pressentir les I^ubersac sur votre désii^ d'entrer dans la famille; j'ai trouvé moins d'obstacles que je n'en redoutais ; on m'a bien fait quelques objections sur vos liaisons..

LE DUC

Quand votre altesse daigne m'honorer de son amitié...

LE RÉGENT

Oh ! les Lubersac ne sont pas de ce temps-ci ! ce sont d'hon*nêtes gentilshommes, en arrière du siècle. Ils en sont encore, regarder une maîtresse comme un crime. Je ne sais qui a été leur raconter vos folies pour M"« Quinault !.. au surplus, j'ai annoncé que cette liaison était rompue.

La Duchesse de la Vaubalière. 3

DARGEIVVILLE.

Ah ! monseigneur , que de bontés !

LE RÉGENT , regardant Dargemnlle en souriant.

Fort bienl. je suis enchanté d'avoir deviné juste... On

m'a parlé aussi de l'état de vos finances qui ressemblent un peu aux finances de l'état. Mais si cela faisait obstacle, nous le lèverions avec l'agrément du roi.

Ah! prince, ma reconnaissance!..

LE RÉGENT

Ainsi donc , mon cher la Vaubalièie, l'affaire est en bon train... son succès dépend maintenant de vous. La marquise ne vous est point contraire; quoiqu'elle vous reproche un peu de légèreté, il est aisé de voir qu'elle consentira volontiers à vous devoir son tabouret à la cour..j iVlais les grands parens J n dont elle est entourée, et qui exercent sur ses déterminations! I une certaine influence , ne sont pas à beaucoup près aussi iïi-| I dulgens qu'elle, et l'essentiel est de mettre les grands parensi f dans vos intérêts.. V Allons, duc, une belle résolution, trêve aux* joyeux ?plaï sirs , aux folles amours... réforme complète. La main d'une riche héritière vaut bien un mois de sagesse. LE DUC , à part.

S'il se doutait que dans ce moment !

DARGEN\^ILLE.

Comme disait Henri IV, l'aïeul de votre altesse: Paris vaut bien...

LE RÉGENT

Oui, dans ce monde chaque chose a son prix. {^Au duc.) C'est un sacrifice momentané que vous vous devez à vous-même... à votre nom dont ce mariage va rehausser l'éclat... Je reçois votre parole.

DARGENVILLE.

C'est comme moi... je suis censé recevoir l'argent qu'ils ne me donnent pas.

LE DUC

Mon prince , je croirais mal reconnaître Tintérêt que vous daignez porter à ma fortume. .. si j'hésitais un instant à vous promettre de me conformer aux désirs de votre altesse royale.

LE RÉGENT

Bien!

LE DUC , à part.

Pourvu qu'il n'aille pas découvrir !...

LE RÉGENT

Faites avertir vos gardes, vos piqueurs. . . nous tirerons quel-

ques pièces de gibier... avant de reprendre le chemin de Paris.

(Le doc s'incline et sort avec quelques personnes.)

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