‹ Le Duchesse de la Vaubalière, drame en cinq actesChapitre 19 sur 46 · LE RÉGENT , RAYMOND · texte numérisé non relu

LE RÉGENT , RAYMOND

LE RÉGEI\T.

Voyons nous sommes seuls, tâche de te calmer.

Me calmer !

LE RÉGENT

De mettre un peu d'ordre dans tes idées. Tu te plains d'un enlèvement?

RAYMOND

Oui, monseigneur*

LE RÉGENT

Mais, es-tu bien sûr que ta fille soit tout-à-fait étrangère?..

RAYMOND

Ma fille !.. ma Julie!., elle! ah! vous êtes donc assez malheureux pour ne pas croire à la vertu ?..

LE RÉGEÎMT.

Si... si... j'y crois; mais l'amour, l'ambition, le désir de briller... ont tant d'empire sur un jeune cœur!., il y a des sentimens, des faiblesses qui sont des secrets pour un père.

RAYMOND

Ah! mon prince, vous ne m'avez pas compris !.. ma Julie est pure. . . c'est la violence ! . . des misérables, malgré ses cris. . . son désespoir, l'ont arrachée mourante du .toit paternel... la nuit !.. la nuit ! . . mon prince ; et moi. . . immobile.*, anéanti. . . fasciné par la vue du scélérat !.. oh ! mon Dieu, pardonnez-moi de ne l'avoir pas tué...

LE RÉGENT

Mais cet homme...» quel est-il?..

RAYMOND

Un lâche... qui est venu chez moi... qui a eu la bassesse d'emprunter le nom de son laquais !.. et il s'est assis à ma table ! et il m'appelait son ami !.. Son ami ! moi dont il cherchait à déshonorer la fille!..

LE RÉGENT

Mais enfin son nom?..

RAYMOND

Son nom... je l'ai là... il ne peut pas sortir... ah ! c'est que depuis hier ma tête et mon cœur ont tant souffert!.. Mon prince, que Dieu vous garde à jamais d'une peine aussi grande!., son nom!., ah! pour lui je le reconnaîtrais dans cent ans!., je l'ai là... là... toujours devant les yeux... je suisprêtà m'élancer , à le saisir !.. son nom !.. ah !.. le duc de la Vaubalière.

LE RÉGENT

Eh ! malheureux, nous sommes chez lui !

RAYMOND

Chez lui !

Dans son château .

Où est-il ? où est-il ?

Paix !.. paix !..

RAYMOND

Ah ! qu'on ne croie pas le soustraire à ma vengeance.

LE RÉGENT

Pas un mot de plus.

LE REGENT

RAYMOND

LE RÉGENT

Que je me tftise. . . moi !

LE RÉGENT

Oui.

Raymond:

Vous allez doue me rendre justice ?

LE RÉGENT

Le roi de France la doit à tous ses sujets.

RAYMOND

Et VOUS ferez bien !. enlever un enfanta son père ! déshonorer une honnête famille.. . la plonger dans la douleur... la faire mourir de honte et de désespoir... de pareils crimes ne peuvent pas rester impunis!.. Ma fille!., oh! qu'on me rende ma fille l., les misérables !.. aucun frein ne les arrête !.. Et savez-vous de quel exemple ils s'autorisent pour se livrer à leurs coupables excès?., savez-vous ce qu'ils osent dire pour justifier leurs déréglemens ?. .

LE RÉGENT

Oui... je sais tout ce qu'ils osent dire.

RAYMOND

Ah ! qu'à défaut du remords, la j ustice humaine vienne au moins une fois les atteindre , les épouvanter ; qu'à l'avenir les^ pères ne tremblent plus pour leurs enfans... que l'innocence repose avec sécurité sous le toit du pauvre... que nos épouses^ que nos filles soient à l'abri de la séduction, de la violence !... Ah! mon prince, tous les jours nous prierons Dieu pour vou&, pour les vôtres.

( 11 veut s'^agenouiller. )

LE RÉGENT

Lève-loi... je t'ai promis justice, tu l'auras

RAYMOND

Oui, je l'aurai !

(Le rëgent sonne, on entre.)

LE RÉGENT

Farincourt, reconduisez ce brave homme, gardez-le de nouveau... et surtout empêchez qu'il n'ait aucune communication avec les gens du château.

RAYMOND

Votre altesse me défend de chercher à voir...

LE RÉGENT

Eh bien! n'as-tu plus de confiance dans ma parole ?

RAYMOND

Si, si, mon prince! (En sortant.) Ma pauvre fille, je te reverrai donc.

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