LE RÉGENT , RAYMOND
LE RÉGEI\T.
Voyons nous sommes seuls, tâche de te calmer.
Me calmer !
LE RÉGENT
De mettre un peu d'ordre dans tes idées. Tu te plains d'un enlèvement?
RAYMOND
Oui, monseigneur*
LE RÉGENT
Mais, es-tu bien sûr que ta fille soit tout-à-fait étrangère?..
RAYMOND
Ma fille !.. ma Julie!., elle! ah! vous êtes donc assez malheureux pour ne pas croire à la vertu ?..
LE RÉGEÎMT.
Si... si... j'y crois; mais l'amour, l'ambition, le désir de briller... ont tant d'empire sur un jeune cœur!., il y a des sentimens, des faiblesses qui sont des secrets pour un père.
RAYMOND
Ah! mon prince, vous ne m'avez pas compris !.. ma Julie est pure. . . c'est la violence ! . . des misérables, malgré ses cris. . . son désespoir, l'ont arrachée mourante du .toit paternel... la nuit !.. la nuit ! . . mon prince ; et moi. . . immobile.*, anéanti. . . fasciné par la vue du scélérat !.. oh ! mon Dieu, pardonnez-moi de ne l'avoir pas tué...
LE RÉGENT
Mais cet homme...» quel est-il?..
RAYMOND
Un lâche... qui est venu chez moi... qui a eu la bassesse d'emprunter le nom de son laquais !.. et il s'est assis à ma table ! et il m'appelait son ami !.. Son ami ! moi dont il cherchait à déshonorer la fille!..
LE RÉGENT
Mais enfin son nom?..
RAYMOND
Son nom... je l'ai là... il ne peut pas sortir... ah ! c'est que depuis hier ma tête et mon cœur ont tant souffert!.. Mon prince, que Dieu vous garde à jamais d'une peine aussi grande!., son nom!., ah! pour lui je le reconnaîtrais dans cent ans!., je l'ai là... là... toujours devant les yeux... je suisprêtà m'élancer , à le saisir !.. son nom !.. ah !.. le duc de la Vaubalière.
LE RÉGENT
Eh ! malheureux, nous sommes chez lui !
RAYMOND
Chez lui !
Dans son château .
Où est-il ? où est-il ?
Paix !.. paix !..
RAYMOND
Ah ! qu'on ne croie pas le soustraire à ma vengeance.
LE RÉGENT
Pas un mot de plus.
LE REGENT
RAYMOND
LE RÉGENT
Que je me tftise. . . moi !
LE RÉGENT
Oui.
Raymond:
Vous allez doue me rendre justice ?
LE RÉGENT
Le roi de France la doit à tous ses sujets.
RAYMOND
Et VOUS ferez bien !. enlever un enfanta son père ! déshonorer une honnête famille.. . la plonger dans la douleur... la faire mourir de honte et de désespoir... de pareils crimes ne peuvent pas rester impunis!.. Ma fille!., oh! qu'on me rende ma fille l., les misérables !.. aucun frein ne les arrête !.. Et savez-vous de quel exemple ils s'autorisent pour se livrer à leurs coupables excès?., savez-vous ce qu'ils osent dire pour justifier leurs déréglemens ?. .
LE RÉGENT
Oui... je sais tout ce qu'ils osent dire.
RAYMOND
Ah ! qu'à défaut du remords, la j ustice humaine vienne au moins une fois les atteindre , les épouvanter ; qu'à l'avenir les^ pères ne tremblent plus pour leurs enfans... que l'innocence repose avec sécurité sous le toit du pauvre... que nos épouses^ que nos filles soient à l'abri de la séduction, de la violence !... Ah! mon prince, tous les jours nous prierons Dieu pour vou&, pour les vôtres.
( 11 veut s'^agenouiller. )
LE RÉGENT
Lève-loi... je t'ai promis justice, tu l'auras
RAYMOND
Oui, je l'aurai !
(Le rëgent sonne, on entre.)
LE RÉGENT
Farincourt, reconduisez ce brave homme, gardez-le de nouveau... et surtout empêchez qu'il n'ait aucune communication avec les gens du château.
RAYMOND
Votre altesse me défend de chercher à voir...
LE RÉGENT
Eh bien! n'as-tu plus de confiance dans ma parole ?
RAYMOND
Si, si, mon prince! (En sortant.) Ma pauvre fille, je te reverrai donc.