LE DUC , JULIE, LE RÉGENT, MORISSEAU , RAYMOND
LE RÉGENT , S avançant au milieu d^eux. Qu'on fasse venir un prêtre et un notaire.
LE DUC, surpris.
Ciel ! le régent !
JULIE 5 a^ec joie.
Ah!...
MORISSEAU , entrant aoec Raymond.
Un notaire ! me voici. J'ai sur moi tout ce qu'il faut poui un contrat de mariage.
RAYMOND , courant à Julie.
Ma fille !
JULIE
Mon père !
(Elle se jette dans ses bras.)
LE RÉGENT
Duc , cet homme est venu se plaindre ; il a demandé justice.
LE DUC , souriant.
Justice !
LE RÉGENT
Je l'ai promise au nom de Louis XV.
LE DUC, légèrement.
Altesse... j'avouerai mes torts, ils sont de la nature de ceux qui se pardonnent aisément. Emporté par une passion que la beauté de cette jeune fille rend bien excusable.. . j'ai voulu m'en faire aimer, j'ai tenté tous les moyens de lui plaire. RAYMOND , se contenant à peine.
Mon prince !.. il a violé ma maison.. . il y est entré de vive force. . . il l'a fait enlever. . , par ses gens. . . Ah ! sans le notaire. . . je rétendais raide.
LE RÉGENT
Duc, il s'agit d'un rapt, et la loi est inexorable.
LE DUC , ai^ec un peu d'ironie.
Monseigneur sait bien que la loi est tombée en désuétude ; ces choses-là sont devenues si communes ! LE RÉGENT , sévèrement.
Monsieur de la Vaubalière , vous êtes ici devant votre juge.
LE DUC , étonné.
Quoi î votre altesse prend sérieusement une plaisanterie !...
RAYMOND , à part , monlranl ses poings. Ah ! si nous n'étions que nous deux !
LE RÉGENT , froîdé'menl .
Répondez.
LE DUC
Eli ! mon Dieu !... je ne crains pas de convenir avec Immilité que la vertu de mademoiselle a résisté à toutes mes attaques... et j'offre à son père... à elle-même dont je proclame hautement la sagesse... une réparation... ( A Morlsseau qui écrit.) Que faites-vous là ?
MORISSEAU.
Je prends acte de vos paroles, afin que la réparation soit authentique.
LE DUC
Et en dédommagement du tort dont se plaint M. Raymond, autant que pour me punir d'avoir échoué, je lui abandonne en propriété la ferme qu'il exploite maintenant !... C'est payer cher une défaite.
MOniSSEAU.
Allez, allez, j'écris toujours.
LE RÉGENT , regardant Julie.
La jolie duchesse que cela ferait. ( A Raymond. ) Eh bien ! monsieur Raymond , êtes-vous content ?
RAYMOND
Non , mon prince : dans notre famille , l'honneur ne se vend pas ; s'il était à vendre , le trésor d'un roi de France ne suffirait pas pour le payer.
LE DUC
Monsieur Raymond est difficile.
RAYMOND
J'avais un frère : un séducteur s'introduisit auprès de sa femme. Mon frère le surprit et le tua. Le parlement de Rennes n'osa pas le condamner. Si son altesse me permet d'en faire autant !
LE RÉGENT
Non , certes.
LE DUC
Mais enfin , que voulez-vous ?
RAYMOND
Justice... et réparation.
LE RÉGENT
Duc , je ne vois qu'un moyen de vous tirer de ce mauvais pas.
Et lequel, mon prince?
LE RÉGENT
Vous êtes gentilhomme.
LE DUC
Et je m'en fais gloire.
LE RÉGEiXT.
Un gentilhomme n'a que sa parole.
LE DUC
Je n'ai jamais manqué à la mienne.
LE RÉGENT
Offrez donc voire main à mademoiselle, que sa jeunesse, sa vertu, sa beauté, rendent digne de l'alliance que vous lui proposiez tout à l'heure.
MORTSSEAU.
Voilà Raymond entré dans la noblesse.
JULIE, timide et chagrine.
Mais, monseigneur...
LE DUC, aoec dépit.
Votre altesse exigerait ! . . .
MORISSEAU , au duc.
Quand je vous ai dit que ça pouvait aller loin,
RAYMOND
Voilà une justice!. ..
LE DUC
Je supplie votre altesse de considérer...
LE RÉGENT
Demain, à la chapelle du roi... son aumônier bénira votre union.
JULIE, se jetant^ en pleurant ^ dans les hras de son père. Ah î mon père ! vous m'avez perdue !
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Le théâtre représente an salon moins riche que celui du deuxième acte ; une table à droite, et un cabinet du même coté,