SCÈNE PREMIERE
DARGENVILLE , LE DUC.
DARGENVILLE.
Eh bien ! mon cher duc, le lëgent est donc inexorable ?..
LE DUC
Que voulez-vous ? il a décidé qu'il n'écouterait ni la raison , ni la justice.
DARGElXVItLE.
Il fallait aller le voir...
LE DUC
J'ai remué le ciel et l'enfer! je lui ai fait parler par M°^® de Parabère et par l'archevêque de Paris... J'ai mis après lui la duchesse de yalois, le comte deRiom, la magistrature, l'église, l'Opéra.
DARGENVILLE.
Et il a résisté à l'Opéra !
Le duc de Saint-Simon lui-même n^a pas été plus heureux pour moi que pour ce pauvre comte de Horn , qu'ils ont tué , sous prétexte qu'il était convaincu d'avoir assassiné je ne sais qui... Et puis, j'ai Dubois contre moi dans cette affaire. Il pousse Caylus auprès de la famille Lubersac... Garçon, je suis un obstacle à ses projets, tandis que si j'étais marié, son protégé épouserait les millions de la marquise... Mais, morbleu! je ne céderai pas sans avoir combattu'., je n'épouserai qu'à la dernière extrémité.
DARGENVILLE.
Et vous ferez bien 1
LE DUC
Et si l'on m'y contraignait , ce mariage ne serait peut-être pas de longue- durée. De quel droit le régent dispose-t-il de nos personnes, et vient-il forcer sa nobesse à des mésalliances ?. .
DARGENVILLE.
La morale !..
LE DUC
La morale !.. vous croyez que la morale est pour quelque chose là-dedans?.. Non, le régent se venge.
DARGEIWILLE.
Il se venge , et de quoi ?
LE DUC
J'ai eu le malheur de l'emporter sur son altesse, auprès de quelques grandes dames qu'il honorait de ses attentions particulières, je lui ai disputé la petite Florentine... je lui ai enlevé Quinault. Ce sont là de ces crimes dont l'amourpropre garde la mémoire, et qu'on ne pardonne pas quand on est tout puissant.
DARGEIWILLE.
Bail ! le régent a pardonné bien d'autres crimes, plus sérieux que ceux-là et qui le touchaient de plus près. Je crois que pour son compte il est fort indulgent; mais on l'a tant calomnié, on l'a tant accusé de fermer les yeux sur les espiègleries de sa noblesse, qu'il aura saisi la première occasion de donner un démenti à ses ennemis, en forçant un gentilhomme à réparer publiquement l'offense faite à ime famille bourgeoise... C'est très-politique... c'est une satisfaction donnée au peuple.
LE DUC
Eh ! malheureusement il n'y a pas eu d'offense I la jeune fille est aussi pure qu'au sortir du berceau.
DARGEIVVILLE.
Bah ! c'est donc...
LE DUC
Une sotte, quia des principes; la vertu m'a toujours porté malheur...