SCÈNE
DARGENVILLE, MORISSEAU , LE DUC,
MÛRISSE AU
Monseigneur, je me présente devant vous avec une certaine assurance , car je suis porteur d'excellentes nouvelles.
LE DUC
Que dites-vous, monsieur?
DARGENVILLE.
Auriez- vous obtenu ?
Archives de la Ville de B-.x*s /«chiefvandeStadBrusseï
MORISSEAU.
Plus que je n'espérais !
LE DUC
En vérité !
MORISSEAU.
J'ai sur moi un acte du régent , qui ne peut manquer de vous être infiniment agréable... {Il cherche dans ses poches,)
Ce n'est pas ça.... ni ça ceci , c'est une lettre de cachet,
dans le cas où le mariage ne s'accomplirait pas.
DARGEIXVILLE.
Une lettre de cachet'..
LE DUC
Vos paroles semblaient m'annoncer que son altesse avait ' • changé d'opinion.
MORISSEAU.
Elle n'a changé que de notaire.
LE DUC , ironiquement.
Allons , vous finissez par être celui de tout le monde.
MORISSEAU, gaîment.
Dieu le veuille!., mon étude peut contenir dix clercs de plus. . Le régent m'a donc ordonné de dresser votre contrat. . . et de vous annoncer que sa majesté le roi Louis XV donne cent mille écus de dot à la future.
DARGEIWILLE.
Allons, voilà un petit adoucissement...
LE DUC
Monsieur, je suis sensible aux bontés dont le roi daigne m'honorer... le sujet ne peut refuser les faveurs du monarque... Mais le prix qu'il y met...
MORISSEAU. y
Doit vous les rendre encore plus chères^l L'aUiance dont | vous vouS étiez flMlé vous faisait espérer d'autres avantages. . . | mais, la marquise n'est plus jeune... ou ne se souvient pas f qu'elle ait étéjblie... Les frères, les parens n'étaient nulle- m menl disposés à se dépoi aller pour vous enrichir. Rien de \ moins certain pour vous que cette fortune que vous aviez j r^^ , Ifî^éeT tandisr^ât Tunion d^âù^^^ offre une per-
^' ' sonne jeune, jolie, sage; trois qualités roturières qui ennoblissent la femme qui les possède.
LE DUC
Une lettre de cachet !... le régent m'en veut donc bien !
MORISSEAU.
Vous n'avez pas de meilleur ami... cette lettre de cachet en est une preuve...
LE DUC
Ahî
DARGENVILLE.
Je le dispense de m'en donner de pareilles.
Je connais la Vaubalière, me disait-il; il est homme à refuser son bonheur. Je veux qu'il soit heureux malgré lui. Si par hasard il balançait à épouser sa victime.,. LE DUC, açec dépit.
Victime est délicieux I
MORISSEAU.
^ Quelques semaines de retraite à la Bastille l'éclaireraient sur ses véritables intérêts... et dans la solitude, n'étant préoccupé par aucune distraction, même involontaire, il aura tout le loisir de penser aux attraits de celle dont il aura refusé la main. Mais si , comme je l'espère, car le duc est un homme d'esprit, c'est l'opinion du régent, il se soumet franchement à ce que nous avons résolu, je m'engage, au nom du roi, à payer ses dettes, à dégager ses biens des hypothèques dont ils sont grevés.
LE DUC
Le roi paierait mes dettes ?
MORISSEAU , montrant un papier.
Voici un bon de cinq cent mille livres à ce destiné. LE DUC.
Il dégagerait mes biens?
MORISSEAU, montrant un autre papier.
Autre bon royal de dix-sept cent mille livres.
DARGENVILLE.
Diable! Pour peu que la future soit passable.
LE DUC
Elle est charmante !
DARGENVILLE.
C'est une superbe opération de finance.
Monsieur... quand on se conduit aussi royalement que le fait son Altesse... je suis vaincu... j'épouserai. UN DOMESTIQUE, entrant.
C'est de la part de M^*^ Raymond, qui prie M. le duc de vouloir bien lui accorder la fav£ur a'on entretien particulier.
LE DU
Dites à M^^® Raymond que je suis à ses ordres.
MORISSEAU.
Je passe dans ce cabinet, et je vais jeter sur le papier les articles du contrat.
Ija Duchesse de la V^aubaîière. 4
DAHGEIVVILLE.
Et moi, je retourne consoler nos amis... Notre arrangement tient toujours... je n'ai qu'une parole... Deux cent mille francs pour le divorce de Quinault.