SCÈNE II • MORISSEAU, ADRIEN
ADRIEN
Eh bien?...
MORISSEAU.
Rien de nouveau. Elle repose. Je viens d'entendre dire en bas à la livrée du duc qu'on l'attendait d'un moment à l'autre.
ADRIEN
Ah ! qu'il tarde !
MORISSEAU.
Ne vaudrait-il pas mieux le laisser continuer son voyage ?
ADRIEN
Sans le punir ?
La plus grande punition pour lui sera d'apprendre qu'il a échoué dans ses projets.
ADRIEN
Ah! je n'oublierai de ma vie... ce que j'ai souffert, lorsqu'après avoir reconnu cette pauvre Julie... je l'ai vue étendue sur ce lit... pâle, décolorée... n'ayant plus qu'un souffle de vie... lorsqu'interrogeant son pouls, je l'ai senti s'évanouir, disparaître sous mes doigts... j'étais mort,., mon cher monsieur Morisseau!
MORISSEAU.
Mais aussi quelle joie... quand vous avez senti les premiers battemens de son cœur.
ADRIEN
Qu'ils étaient faibles!
MÔRISSEAU.
Quand elle a rouvert ses beaux yeux ! . . UquftJidi mu n ioâ^ç
si^&^^omJt^&sà^è^a^a^^^i^m^^f^ j quand un soupir échappé
de son sein , un cri sorti de sa bouche , vous ont appris qu'elle respirait encore !
ADRIEN
Ah ! dix des plus belles années de ma vie ne payeraient pas un moment comme celui-là !... Et vous dites... qu'elle repose?...
MORISSEAU. .
Dans l'hôlel en face.|. La route l'a singulièrement fati4 guée... Nous ne sommes partis de Paris que deux jours après| £vous^ Le duc, qui redoutait un ecîàt, qui craignait tout de notre indignation , et surtout de la violence de votre caractère , s'est tenu caché... même après votre départ. Mon testament à la main , je l'ai forcé au silence, je Fai en quelque sorte tenu prisonnier dans son hôtel... Vous savez qu'il a le plus grand intérêt à ne pas être soupçonné d'avoir reparu chez lui pendant ces jours de deuil... J'ai donc pu agir à mon aise, faire auprès du prince toutes les démarches que j'ai jugées nécessaires.
ADRIEN
Quelles démarches? auprès du prince ?... et dans quel but?... de quoi s'agit-il?...
MORISSEAU.
Vous le saurez , si je réussis.
ADRIEN
Vous à qui je dois tant, vous me cachez quelque chose ?
MORISSEAU.
Je vous le répète... si je réussis , vous saurez tout., mais à quoi bon vous bercer à l'avance d'une espérance qui pourrait ne pas se réaliser? Si vous m'aviez cru, au lieu d'être venu vous placer sur la route de ce misérable , vous l'auriez abandonné à ses remords , vous auriez conduit Julie en pays étranger, et là vous auriez attendu tous les deux... ADRIEN, allant à la fenêtre.
Du bruit... un homme I... c'est lui !
MORISSEAU..
Au nom du ciel ! de la prudence , Adrien !. . .
ADRIEN
Oh ! soyez tranquille... je ne veux pas la perdre une seconde fois.