‹ Le Duchesse de la Vaubalière, drame en cinq actesChapitre 46 sur 46 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

Les Mêmes, JULIE.

JULIE

Deux frères!

(Etonnement et silence.) LE DUC , laissant tomber son épée.

Que vois-je?.. quoi!.. Julie!..

JULIE

Viens-tu lui demander sa vie en échange de la mienne, et le punir de t'avoir épargné un crime.

LE DUC

Non... non... ce n'est pas toi, je t'ai vue morte., froide...

ADRIEN

Et conservant, sous les apparences de la mort, une vie qui devait échapper à ta cruauté.

LE DUC

MalécUction!..

ADRIEN

Misérable, qui, jugeant mon ame d'après la tienne, m'as cru assez lâche pour immoler à ta cupidité la vie d'une fennne 1

LE DUC

Mort et enfer !

ADRIEN

Et sais-tu quelle est cette femme dont tu pressais la mort avec tant de barbarie ^ à laquelle mes mains devaient, à ta voix, ouvrir les portes du tombeau ?.. {Cette femme, c'est l'espoir, l'amour, l'idole de toute ma vie.

JULIE

Oui, le voilà... celui que j'aime, que je n'ai jamais cessé d'aimer, 'dont Timage s'est constamment placée entre vous et moi!., dont les paroles d'amour retentissaient toujours ] k mon oreille et glaçaient toutes celles qui m'étaient adres- |jsées ; le voilà, I celui dont la tendresse m'a préservée de la inort, qui m'a arrachée de la tombe oii vous m'aviez précipitée.

LE DUC, avec rage.

Mais par quel miracle ?

MORISSEAU , saQCinçan t.

Votre argent a tout fait.

LE DUC

Mon argent !

MORISSEAU.

Le prix du crime m'a servi à en empêcher l'accomplissement... aveci Tor de votre portefeuille, j'ai corrompu vos domestiques, j^en ai fait d'honnêtes gens , ik^ «i-OBt^-aidé^-àt I I à vous arracher votre proie 5 ceux même qui vous avaient ac-

♦ \^^-«, f compagne dans votre retour à Paris ont transporté nuitamment chez moi cette bonne Julie, leur maîtresse, dont le sommeil léthargique, si semblable à la mort, a fasciné tous les regards... C'est chez moi et par les soins d'Adrien que ce long sommçil a cessé et qu'elle a été rendue à la vie.

JULIE

Et c'est devant Dieu !.. que j'ai juré de lui consacrer les jours qu'il m'avait conservés.

^ MORXSSEiVU.

Or , tandis que la ^^^^^^z^s^:::::^:^ £

T un cercueil de plomb traversait la foule immense des œr ;ux et ecevait Jbénédicùons du peuple qu. para.ssau î^gTette; que, des deux époux, le plus âgé ne fut pas part, le

V^^^^^ ** LE DUC, attêré. \^ . .

Etpendant toutce temps-là , fotcé de me ta.re, reduU a >ne

'=^*'^^'"' ^oi^issTAV, se frottant les ma,m.

Oh ' votre position nous a merveilleusement servis. JULIE.

Je laisse à votre conscience le soin de vous faire les reproches eue mérite votre conduite. Mon père, en me forçant a recevouvotre ma n, ne croyait pas exposer ma vie aux violences d un IneurtrieT.. Je voul lerends, monsieur, ce nom que j ai subi Tec lésTgnation, et qui n'a reçu de moi aucune atteinte.

^ LE DUC

Ou'est-ce que vous dites, madame?

itiLlE ^aoec fermeté.

Je dis, monsieur le duc, que nos liens sont rompus., qu il y a ehtre vous et moi une tombe sur laquelle vous avez vousmême écrit notre séparation...

LE DUC

Morte ou vivante, vous êtes à moi...

La duchesse de la Vaubalière n'existe plus... des actes authentiques prouvent sa mort...

LE DUC , avec rage.

Nous les casserons ces actes, nous prouverons l'existence de madame, et n'en déplaise à ceux qm m'entendent, elle sera toujours la duchesse de la Vaubalière.

^ MORISSEAU.

Et sur ce point vous avez parfaitement raison... mais le duc,

le voici... ^jj montre Adrien.)

LE DUC, confondu.

Monsieur!

MORISSEAU.

Voilà la seule branche de l'arbre généalogique... Voilà le Za Duchesse de la Vaubalière, 1

duc delà Vaubalière... et vous, monsieur, né d'un second mariage, mariage nul, puisqu'il a été contracté avant la dissolution du premier, vous n'êtes pas même un enfant naturel.

LE DUC

Ahl du moins ce titre de frère, qui e^^cite en moi des transports de rage, m'est un sûr garant que jamais il ne sera son époux.

MORISSEAU.

Voici le bref de la cour de Rome, qui casse et annule votre mariage.

LE DUC

Casse. . . mon mariage !

Grand Dieu I

iVïORISSEAU.

Vous le disiez bien, Julie... il arrivera quand je serai morte. En effet, je l'ai reçu à Paris, pendant qu'on enterrait M™« la duchesse dans les caveaux de sa noble famille.

LE DUC

Tout m'échapperait !..

(Il s'assied atteré et au comble du desespoir.) JULIE.

Adrien !

ADRIEN

Julie!

MORISSEAU.

De triste , souffrante , opprimée que vous étiez , vous voilà maintenant heureuse , libre , au comble de tous vos désirs. {Montrant le duc) Monsieur était riche, puissant, tout ployait sous ses volontés, sous ses caprices despotiques... Il vivait au milieu des plaisirs, des fêtes.. . . peut-être mourra-t-il à la Bastille.

LE DUC, se releoant.

Mourir à la Bastille !

MORISSEAU.

Cela dépendra du temps que vous y resterez. {Un exempt et deux gardes paraissent à la porte du fond,) Un exempt vous attend pour vous y accompagner.

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