‹ Le Duchesse de la Vaubalière, drame en cinq actesChapitre 45 sur 46 · ADRIEN , MORISSEAU , LE DUC · texte numérisé non relu

ADRIEN , MORISSEAU , LE DUC

MORISSEAU , oitorant la porte.

Monsieur a cet honneur-là. {Il referme la porte.) Monsieuv se nomme Paul-Adrien Cressé de la Vaubalière.

ADRIEN

Moi !

LE DUC

Monsieur!..

MORISSEAU.

C'est le nom porté sur l'acte de naissance déposé dans l'étude de mon prédécesseur.

LE DUC, aQec dédain.

Monsieur, appartenir à notre famille !..

ADRIEN

Je ne le souhaite pas.

MORISSEAU.

Je vous demande pardon... monsieur appartient à votre famille...

LE DUC

A quel titre ?

MORISSEAU.

Il est votre plus proche parent.

LE DUC

Lui!

Lui.

LE DUC

Son père ! -

Le votre I Quoil..

Imposture I

MORISSi:\l ..

ADRIEIV , étonné.

LE DUC

MORISSEAU.

Vérité. . . voTis êtes frères.

LE DUC ET ADRIEN , s'éloignant, NousI...

MOUISSEAU.

Connue Abel et Caïn.

LE DUC

Mon père n'a jamais eu qu'un seul enfant...

MORISSEAU.

En France , mais dans les colonie?.

Les colonies... ali!... oui... ce nom. . ce nom-là!... je me rappelle maintenant... oui... c'est bien ce nom-là que ma mère prononçait si souvent... les yeux baignés de larmes, la Vaubalière... oui... oui...

LE DUC , ai^ec arrogance.

Ce nom-là , monsieur, je vous défends de le porter.

MORISSEAU.

Vous avez tort , il n'est pas homme à le déshonorer. ADRIEN , tti^ec fermeté.

Si ce nom est le mien , nulle puissance au monde ne me le fera quitter.

LE DUC , aoec ironie et dédain.

Et quand il serait vrai qu'une faiblesse de mon père, ce que je n'accorde pas, ait en quelque sorte autorisé cette ridicule prétention... encore faudrait-il la fonder sur quelqu'acte public... mon père a-t-il reconnu monsieur ? a-t-il signé son acte de naissance.

MORISSEAU.

. Non!

LE DUC

Ah :

MORISSEAU.

C'était inutile, il avait signé le contrat de mariage.

LE DUC, s"" emportant.

]^e contrat de mariage!

MORLSSEAU.

Phis bas, monsieur le duc, ces choses-là n'ont pas besoin d'èlre entendues de toiit le monde.

LE BLC.

Et vous croyez qu'il suffira d'entass.r caloiîiniis sur ca-lomnies ?..

MORISSEAU.

Ce que j avauce... je puis le prouver... j'ai sur moi la copie de tous les actes, lettres , contrats et déclarations qui attestent la possession d'état de Paul-Adrien Cressé de la Vaubalière. Les originaux sont en lieu de sûreté... or donc, M. le duc de la Vaubalière , gouverneur pour le compte de sa majesté dans les colonies françaises , y épousa , pendant son gouvernement , au commencement de Tannée 1694, Louise-Marie-Cécile-Lueie Déballas , fille unique d'un des plus riches liabitans de la colonie... il repasse en Europe... joueur, dissipé, libertin, grand seigneur dans toute l'acception du mot , il oublie qu'il est marié, et afin d'échapper aux poursuites par trop vives de ses créanciers , il n'attend pas que sa première femme soit morte pour en épouser une autre... immensément riche, comme de raison!.. Le contrat de mariage de M""^ votre mère est du 11 avril 1697; l'extrait mortuaire de la première duchesse est du 14 octobre 1699;, plus de deux ans après. Les dates sont précises... il n'y a rien de positif comme les chiffres. LE DUC, açec emportement.

Et qui prouvera que ces pièces' ne sont pas fausses?., qu'elles n'ont pas été fabriquées dans un dessein coupable?...

ADRIEN

J'apprends à l'instant leur existence.

MÛRISSE AU, avec malice.

Je la savais, moi , car j'avais trouvé toutes ces pièces en dressant l'inventaire du défunt... Mais ce que j'ignorais coiutplétement , c'est l'existence de monsieur... et voilà pourquoi je n'ai pas fait usage de cette découverte,' pourquoi je ne ;VOUS en ai jamais parlé..; A quoi bon vous tourmenter, ^ vous troubler dans la possession de votre nom , de votre for- J tune , si cet enfant de votre père n'existait plus?.. Avant ' tout, pour entamer Taifaire , il fallait être certain d'avoir un client... ce client, je l'ai trouvé!., et me voilà disposé à le soutenir, à l'appuyer de ma voix, de ma bourse et de mon crédit I

LE DUC

Libre à vous... mais enfin ces pièces ne sont pas venues là toutes seules... et le dépositaire de ces actes dont je persiste H soutenir la fausseté?

MORISSEAU.

Un vieux domestique de votre père.

ADUIEIV.

Celui.,, aux maias duquel ma inère me remit quand elle mourut dans la traversée... car elle venait en France, monsieur, rejoindre son époux, réclamer ses droits.

MORISSEAU.

Ce domestique, intrigant habile, mit l'enfant en pension , et à tout hasard ne lui laissa que son nom de baptême

ADRIEN

Depuis plus de vingt ans... je ne m'en connais pas d'autre... qu'Adrien !

MORISSEAU.

Il alla trouver M. de la Vaubalière... lui annonça la mort de sa femme et l'existence de son fils... puis il protesta de ses bonnes intentions, de son attachement à la personne de M. le duc, qui trouva tout simple d'acheter son silence. LE DUC, aoec arrogance.

La preuve ?

Elle est écrite dans vingt lettres de votre père... dont les originaux sont en lieu de sûreté.

LE DUC

Jamais... je ne reconnaîtrai un pareil acte... je plaiderai.

MORISSEAU.

Nous plaiderons.

ADRIEN, passant au milieu.

Traîner la mémoire de notre père devant les tribunaux!.. Non, messieurs, jamais. La tombe couvre ses fautes ; et tant que je vivrai, on ne la soulèvera pas pour y venir fouiller les actions de sa vie.

LE DUC , brutalement.

Voilà de belles phrases... qui ne prouvent rien.

MORISSEAU, virement.

Si parbleu.. . elles prouvent que monsieur est un véritable la Vaubalière , et qu'il tient plus que vous à conserver intact l'honneur de sa famille.

ADRIEN

Eh! monsieur, gardez vos biens, vos charges, vos dignités, soyez pour tous le seul fils, l'unique héritier du duc de la Vaubalière. J'y consens, et puisque le malheur a voulu que mon père soit aussi le vôtre... j'engage ici ma parole... la parole d'un homme d'honneur... qui n'a jamais failli à la sienne... que jamais ce secret ne sortira de ma bouche. MORISSEAU , à part.

Moi, je ne m'engage à rien.

LE DUC, Qi^ec fureur.

Le secret ! c'est ranéantissement de tous ces actes qu'il me faut... et que j'exige à Tinstant même.

MORISSEATT , froidement.

Vous ne l'aurez pas.

ADRIEN , avec cJialeur.

Non , vous ne l'aurez pas.

MORISSEAU.

Si vous voulez les copies collation nées pour en prendre connaissance... avçc le plus grand plaisir du monde; mais les originaux... /^ - ■i^f'fi

LE DVC ^ redoublant de fureur.

Je les veux , je les aurai!

ADRIEN

Vous ne les aurez pas, monsieur le duc!., quand vous devriez me faire assassiner !

LE DUC

Eux !.. ou ta vie , misérable !

MORISSEAU.

Monsieur ! ^

LE DUC

Quel qu'il soit, le duc de la Vaubalière ne doit avoir qu'un fils... viens, et que la Providence ou le hasard choisisse entre nous deux.

MORISSEAU.

Arrêtez ! . .

LE DUC

Défends-toi, faussaire.... en garde !..

ADRIEN

Au nom du ciel !

En garde, te dis-je!

(Il a tire son epee et force Adrien à tirer la sienne , Morisseau veut empêcher le duel , mais ils croisent le fer. Julie paraît à la porte du fond.)

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