‹ Le duel; comédie en un acte et en proseChapitre 11 sur 13 · SCÈNE XL · texte numérisé non relu

SCÈNE XL

GUSTAVE, LA BAllONNS; LE GÉNÉRAL ET DELPHINE,

dans le cabinet dont L porte est entr'' ouverte.

GUSTAVE , à part.

Je ne trouve pas le général... II faut absolument que je lui parle. [Fo)ant la baronne ) Ah! ma cousine, je n'ose me présenter à vos regards. Vous me voyez... confus de mon extravagance ; mais le colonel m'avait olfensé.

LA BARONNE

Je dois croire que l'insulte a été bien grave, pour qu'elle ait pu voiiS décider à répandre le trouble dans cette maison , et l'efl'roi dans le cœur de votre amie.

DELPHINE , à part.

Elle va le gronder, « présent.

( 5o) GUSTAVE , baisant la main de la Laronne.

Excusez-moi... Pardonnez à un emportement que je me reproche, autant que vous!... Et... de grâce, faites-moi parler ù M. le comte.

LA BARONNE

Le général ! il n'est plus ici.

LE GÉNÉRAL, à part.

Voilà du nouveau!

GUSTAVE

Que dites-vous ?

LA BARONNE

Il vient de partir.

GUSTAVE , avec une agitation croissante. De partir?

LA BARONNE

Oui, Gustave... avec sa fiUe.

LE GÉNÉRAL , bas à Delphine.

Ma belle-soç'ir nous fait voir du pays.

GUSTAVE , à part.

Je respire à peine! (^Haut.) Et.,, quelle est la cause de ce prompt départ?

LA BARONNE

Vous pouvez facilement la deviner... Le séjour de ce château ne dt^vait plus Être agréable au général... Après vous avoir attendu, m'a-t-il dit, fort long-teuips... GUSTAVE , se contraignant.

Oublions tout cela, ma bonne cousine.

LA BARONNE

Oh! de tout mon cœur ! ne songeons qu'au bonheur de nous posséder enfin , d'être seuls avec nous-mêmes !

GUSTAVE , a>vec quelque hésitation.

Et... que fera... le colonel de Senneville?

LA BARONNE

Retenu ici par sa blessure, pendant quelques jours encore ,. il partira dès qu'il pourra supporter la voiture , et ira...

GUSTAVE, avec agitation.

Oùira-t-il?

LA BAROrS-\E.

A Paris, retrouver le général.

GUSTAVE , de plus en plus agité.

Sans doute... pour...

LA BARONNE

Epouser Delphine: vous devinez juste.

GUSTAVE, à part. Je succombe! les battemens de mon cœur Tont m'étouffer.

LA BARONNE, avec inquiétude.

Qu'avcz-vous, mon cher Gustave, vous pâlissez? GUSTAVE.

Ce n'est rien.

LA BARONNE

Votre blessure peut-être vous fait souffrir?

GUSTAVE

Oh! vous avez raison : c'est une blessure... {A part.) dont je ue guérirai jamais !

LA BARONNE, avec épanchement.

Maintenant que nous voilà seuls, écoutez ; que je vous communique tous mes projets. .Les hiat jours qui précéderont nos noces, nous les passerons 'dans une solitude... délicieuse! après notre mariage . nous attendrons ici la fin de l'été; nous ferons des promenades matinales ; nous jouirons des derniers beaux jours... L'hiver... oh! je veux le passer à Paris, je vous en préviens! nous irons dans le monde; nous retrouverons le général avec lequel nous aurons bien fait notre paix d'ici-là... car je veux que vous soyez bien ensemble : c'est un si bon frère !... Il nous mènera partout avec lui !... M. et madame de Senneville... {Gustave fait un injuveinent. J Qu'avcz-vous, mon ami .' ne trouvez-vous pas mes projets charmaus ? y consentez- vous?

GUSTAVE , oppressé.

Oui , ma cousine... oui,

LA BARONNE

Comme vous dites ce mot avec peine! {Avec une émotion rcelle.) Gustaye, mon cher ami, pourquoi votre main tremb!e-t-elle si fort?... O ciel! je vois une lax'me dans vos

yeux I

GUSTAVE , cédant à sa douleur.

Madame la baronne , pardonnez! j'ai besoin. .. d'être seul un instant! (// s'éloigne de quelques pas. )

DELPHINE, à part.

Ah I mon Dieu ! voilà que je pleure aussi.

GUSTAVE, à part.

Ne plus la voir... que pour la retrouver l'épouse d'un autre !.*. L'avoir perdue... perdue pour jamais I... Celte idée me fait mourir.

LA BARONNE, se penchant vers lui, lui prend la main et le regarde avec tendresse.

Gustave... Il est donc vrai I...vous vouliez me tromper?

GUSTAVE , se relevant avec vivacité.

Vous tromper?... Que voulez-vous dire ?

LA BABONNE.

Voti's m'avez offert votre mairi. Cette promesse que j'ai reçue de vous...

GUSTAVE, l'interrompant.

Ne suis- je pas prêt à la remplir?

LA baronSé:^'

Je vous la rend?.

DELPHINE , Las au général.

Que dit-elle? ment-elle toujours?

LE GÉNÉRAL, bas à Delphine.

Non , mon amie , je crois qu'elle a uni.

LA BARONNE

Gustave, vous ne m'aimez pas ! je vous ai dépeint l'amour heureux, et ce tableau n'a excité que vos soupirs .. Je ne veux pas troubler le r'épos de votre vie. [Avec beaucoup (l'tmotion ) Mon ami, séparons-nous I Sans l'iuéj^alité de notre iîge, noire union eût été parfiiite... nos cœurs s'entendaient si bit n I Mais... vous n'avez que vingt ;ms... Je ne pourrais vous appoiler qu'une tendresse d'amie et de mère... vous n'auriez pour moi que celle d'un fils... Ces sentimens vous oht sulTi, tant que vous n'en avez pas connu d'autres; mais vous avez senti... depuis peu, que ce n'était point-là

l'amour... Ne cherchez pas à iiie répondre... Ne me trompez plus! Encore une fois, Gustave, séparons-nous! Ne nous chargeons point de chaînes sous lesquelles nous succomberions tous deux I

GUSTAVE

Ah I ne dites pas que je vous ai trompée I Hortense, si vous pouviez lire dans ce cœur que vos reproches déchirent I...

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